‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 47 sur 64 · RP PE PER · texte numérisé non relu

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. ÿ1!

était appelée à exercer une grande influence sur l'Europe. Le due de Parme ne cachait point au roi ses prévisions. Les succès militaires étaient à peu près impuissants contre une volonté si clairement manifestée. Alexandre Farnèse conseillait d'asseoir sur une base plus solide l'autorité ecclésiastique et royale. Il décida Philippe Il à concéder aux Jésuites le droit de propriété juridique sur le territoire belge, et celui de faire usage des priviléges que le Saint-Siége leur avait accordés. jusqu'à ce jour, le roi, par des motifs plus politiques que religieux, s’y était refusé. La force des événements et la prudunte audace du duc de Parme vainquirent ses résistances calculées. Au mois de mai 1584, Finstitut des Jésuites fut légalement constitué en Belgique. L'Université de Louvain essaya de faire quelque opposition ; mais le duc de Parme ne s'arrêta point à une démarche dont la cause était si peu cachée. A peine le décret de Philippe II fut-il publié que toutes les villes voulurent avoir leur maison de Jésuites, car les provinces belges étaient catholiques par le cœur. À Luxembourg, cependant, l'excès de zêle du gouverneur de ce duché, ou plutôt son avidité, amena un triste conflit. Ce gouverneur avait, en 1583, fait venir de Trèves quelques Pères pour prècher l'Avent. La station finie, les Jésuites sc disposent à partir; mais le gouverneur déclare qu'il ne les à appelés que pour fonder une colonie à Luxembourg, et s'ils s'obstinent à se retirer, il les menace de faire fermer les portes. En 1587, le Collége, commencé sous ces auspices, s'élevait. Les habitants s'étaient volontairement imposés, lorsque le gouverneur intervient. Afin d’accélerer la construction de l'édifice, il frappe de nouvelles taxes sur les principaux citoyens ; il arrache même des contributions à ceux qui ne veulent pas participer à l'œuvre. Cette mesure était odieuse ; elle rejaillissait sur les. Jésuites, auxquels on attribuait un pareil système de concussion. Aquaviva est informé de ces événements. Aussitôt, pour mettre fin à ce. L.uits, il révoque la Maison projetée à Luxembourg, et rappelle les Pères qui y étaient déjà installés.

Au milieu du tumulte des armes, la Compagnie de Jésus s'accroissait en Belgique; mais l'Université de Louvain lui recrulæit partout des ennemis. Les Péres avaient triomphé d'elle

dans une circonstance si décisive, Bellarmin par sa science, Tolet par sa sagesse, que Baïus et ses adhérents ne lui pardonnaient pas ce succés. L'orgueil des théologiens de l'Université était froissé ; il avait plié sous la logique-de Bellarmin. Les Pères Léonard Lessius et Hamélius marchaient sur ses traces. Baïus a été forcé de faire amende honorable entre les mains de Tolet; à son tour, il accuse Lessius d'innovation. Il extrait de ses ouvrages plusieurs propositions, et il les représente comme contraires à la doctrine de saint Augustin et. fort rapprochées du Pélagianisme, Lessius répond vigoureusement à ces attaques. Sixte-Quint était peu bienveillant pour la Compagnie; on savait la guerre qu'il lui intentait. Baïus en appelle au Saint-Siége.

Sixte-Quint examine les propositions dénoncées à son tribunal

suprême ; il proclame au sacré-collége que lui-même les à

enseignées, qu'elles sont à l’abri de toute censure; puis il charge

Octave Frangipani, son Nonce à Bruxelles, de connaître de

toute l'affaire. En 1588, Frangipani promulgue un décret.qui,

aprés avoir retracé l’historique des controverses de Louvain « sur. quelques propositions d’une saine doctrine, défend, autant qu'il

est en son pouvoir, d'oser sérieusement les nommer hérétiques,

suspectes, offensives et dangereuses. »

Ce décret du Nonce fut un coup si fatal pour Baïus qu'il en mourut quelques mois plus tard. Ses disciples, après l'avoir pleuré, se coalisérent pour le venger. Ils avaient en Lessius un rude antagoniste; dans le même moment, il arriva à Louvain un autre Jésuite, dont les talents étaient déjà célébres en Belgique : il se nommait le Père Martin Antoine Delrio. Avant d'entrer dans la Compagnie de Jésus, Delrio avait siégé au conseil suprême de Brabant. Le roi d'Espagne lui avait confié l'in tendance de son armée; mais ces digrités s’accordaient mal avec son besoin d'apprendre et de prier : Delrio y renonce en 1580 pour entrer au nioviciat de Valladolid. A quelques années d’intervalle,. il paraissait dans les Universités de Salamanque, de Dou: et de Louvain. Son éloquence nourrie d’érudition donnait à ses enseig”-ments un attrait si puissant que les plus habiles docteurs se ‘'saient gloire de suivre ses leçons.

Juste Lipse, le célèbre philosophe belge, professait alors

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à Leyde. Séduit par les applaudissements que l'Allemagne savante lui prodiguait, Juste Lipse s'était, sur quelques points, écarté des doctrines catholiques. Sa eonquête importait tant au Luthéranisme qu'il devenait très-difficile de signaler à un homme toujours adulé la route périlleuse dans laquelle il s'engageait. Delrio s’en chargea. Juste Lipse fut assez grand pour reconnaitre son erreur, et c'est dans une de ses lettres au Jésuite'que nous en trouvons l’aveu : « Notre ancienne et véritable amitié,

* lui écrit-il de Mayence en 159, ne peut permettre que jé te cache le crime que j'ai commis. Par la‘bonté de Dieu, je me suis délivré des filets auxquels je m'étais laissé prendre et j'ai pu parvenir à me rendre en Allemagne auprès des Pères de ta Com-

‘ pagnie. Accorde-moi le secours de tes prières; car, aprés avoir reçu tes lettres salutaires, que le Ciel soit encore irrité contre moi si j'ai pu goûter un instant de repos. Grâces soient rendues à Dieu, qui, malgré moi, malgré tous mes efforts, m'a tiré du danger que je courais, et m'a placé dans un lieu où je puis être utile à l'Eglise et à l'Etat, ce que j'espère faire sérieusement avec son secours. Réjouis-toi, mon frère, puisque tu as réellement sauvé ton frère et ton ami, et pardonne-moi tout le passé. Ma femme, mes enfants et mes meubles sont encore en Hollande. Je les en ferai bientôt sortir, et je me réunirai aux bons Catholiques. »

Juste Lipse était digne de l'amitié du Père Delrio. I persévéra dans ses sentiments, et, après avoir fui la Hollande, sa nouvelle patrie, qui lui offrait la fortune et la gloire pour prix

de son apostasie, il s'établit à Louvain, où les Jésuites lui firent recouvrer, par la protection de Philippe IE et de l’Archiduc Albert, tout ce qu'il avait sacrifié à sa Foi.

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