‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 50 sur 64 · CLAUDE · texte numérisé non relu

CLAUDE

P. S. « Je dois dire à Votre Révérence que le cardinal a parlé de cette affaire au Souverain-Pontife, Sa Sainteté n'a rien voulu ordonner, elle a dit qu'elle m'abandonnait entièrement cette affaire ; en sorte que, si je le trouvais bon, vous pourriez partir. J'ai désiré vous informer de ceci, afin que, si on vous écrivait quelque chose sur la volonté du Saint-Père, vous sachiez à quoi vous en tenir, et que vous ne sortiez pas de Lorette jusqu'à ce que nous vous ayons fait connaître ce que vous deviez faire, »

Le Père Matthieu était clairvoyant; il jugea que cette dépéche, si positive dans ses réticences et si pleine d’urbanité fraternelle, était une espèce de lettre de cachet qui le consignait à Lorette. M aimait les Guise et la Ligue; mais, avant tout, il aspiait à rester fidèle à son vœu d'obéissance. Aquaviva l'exilait loën du centre des conciliabules qu'il avait dirigés; Matthieu we fit pas entendre une plainte, et il se soumit. L'inaction le tua en 1587, moins de quinze mois après avoir accepté la retraite que lui imposait Aquaviva, retraite que le Père Sammier dut aussi subir à Liége.

Le Général des Jésuites était aussi versé dans la science du commandement que dans celle de la soumission. Il devait respect et obédience au Saint-Siége ; mais, pour favoriser des vues catholiques dont sa pénétration italienne lui faisait découvrir le côté vulnérable, il ne se croyait pas obligé d'entrer dans tous les projets formés par la cour de Rome. Afin de sauver la Foi du naufrage, le Pape soutenait les Ligueurs; Aquaviva, sans les blâmer, et par des prévisions que les événements ont

justifiées, enjoignait aux Jésuites de s'abstenir ; lui-même leur donnait l'exemple. Ainsi, en 1586, le duc de Guise lui fait tenir plusieurs dépêches importantes avec prière de les remettre lui-même au Souverain-Pontife et à quelques membres du sacré-collége. Le Général déclina la mission, car il se rendait très-bien compte du parti qu’en France on tirerait de son in: tervention officieuse. Aquaviva, à Rome, avait refusé d'accéder au vœu du duc de Guise; quelques Jésuites des trois provinces françaises n'en faisaient pas autant : ils soupgonnaient le Père 1 Auger de trop de condescendance pour Henri IIL. On l’accusait À de ne pas se jeter dans la Ligue avec sa ferveur habituelle; on

allait même jusqu'à prétendre que lui seul avait décidé le roi

à envoyer l’Evèque de Paris ambassadeur auprès du Pape et du Général de la Compagnie. Ces bruits, diversement interprétés

dans la ville pontificale et en France, pouvaient compromettre Émond Auger : Aquaviva lui mande de laisser la cour et de

partir pour Rome, afin de le mettre au courant de cette diffé-

rence d'opinions. .

Auger soupirait après la retraite, il se dispose à obéir ; mais

Henri se croit blessé par ce rappel ; il s'adresse à Sixte-Quint,

au cardinal d’Este, à Aquaviva lui-même. Il écrit qu’il a tou-

jours été et qu’il sera toujours catholique; puis il ajoute que, cruellement offensé par plusieurs de la Compagnie de Jésus, il

a tout pardonné, tout oublié, à la condition que le Père Auger resterait à sa cour. Sixte-Quint répond au roi par un bref, à la

date du 40 juin 1586 : « Nous avons eu soin, lui dit-il, d'ordonner au Père Général de laisser entièrement à la disposition

de Votre Majesté le Pére Émond, qui sera en même temps informé de nos intentions. » La joie du prince fut grande à cette nouvelle; celle du Jésuite l’égala presque; car, par les mêmes lettres, Aquaviva lui annonçait que le Père Laurent Maggio partait comme visiteur des trois provinces de France. La situa- d tion faite au confesseur du roi était intolérable : la Compagnie

à laquelle il appartenait par des liens si puissants semblait, sur

plus d’un point du royaume, se défier de lui. Lui, de son côté, regrettait amérement de voir ses fréres se précipiter dans les

com: livations d’un nouvement dont personne ne pouvait cal-

culer les résultats, mouvement qui déjà portait un coup funeste à l’obéissance.

Les Jésuites ligueurs, en effet, séduits par le désir de triompher de l’hérésie, s'étaient peu à peu façonnés à cette vie moitié religieuse, moitié militaire, que les dangers, que les prédications, que les enthousiasmes de chaque heure rendent si attrayante aux hommes de courage et de foi. Les hugucnots massacraient des Pères partout où ils pouvaient en saisir, ils mettaient à sac plusieurs de leurs collèges ; mais, à Evreux, à Valenciennes, à Rouen, à Nimes et à Sédan, on leur en offrait de nouveaux; mais à Agen, l'Evêque, Marguerite de Navarre et la Ville se coalisaient pour fondér une maison de l'Ordre. Tous ces périls et toutes ces joies ne laissaient pas à quelques-uns la faculté de songer à leur vœu d’obéissance ; les besoins de l'Eglise l'emportaient sur leur soumission.

Ce spectacle avait navré le‘cœur d’Auger. La présence de Maggio et l'autorité extraordinaire dont il était revêtu calmèrent un peu ses appréhensions. Aquaviva l'engagea à obtenir du roi une séparation qui allait lui coûter, mais elle devenait nécessaire dans les circonstances ; le Père Émond fit consentir Henri à cette retraite. Il séjourne à Lyon, il s’y prononce avec force contre la Ligue ; le peuple dont il a été l'ami, le peuple qui l’a si souvent entouré de ses respects, méconnaît sa voix. On le menace de le jeter dans le Rhône; les moins exaltés lui enjoignent de quitter la ville sous vingt-quatre heures : le Père Auger proscrit va chercher un asile à Como, où il mourra le 19 janvier 1591.

Tandis que les déchirements intérieurs de la Compagnie de Jésus occupaient la cour de France et celle de Rome, la Ligue, qui les avait produits, marchait à pas précipités vers la domination. Le roi s’y était rallié, il s'en déclarait même le chef ostensible, afin de conjurer ses entraînements ; mais, à l'aspect du duc de Guise, la royauté d'Henri IIT s’effaçait. Elle laissait briller de tout leur éclat les qualités héroïques, les vertus populaires de ce Balafré, que les Parisiens enivraient de leurs hommages et de leurs acclamations.

Chaque jour le roi de France perdait un des fleurons de sa

UE. fédérer saisies ue mot crus.

couronne, elle tombait sous le mépris public; mais Henri de Navarre, jeune, plein d’ardeur, et, dans ces temps de trouble, menant de front la gloire et les plaisirs, l'ambition et la ferveur : du Huguenot, ne se résignait pas à accepter tant d'humiliations royales. Îl s'était mis en campagne, il commençait la neuvième guerre de Religion (1586), celle qu'on nomme la guerre des | trois Henri. La race des Valois s’éteignait dans l’abâtardisse- | ment; Guise et Bourbon allaient faire décider par la victoire 1 quelle dynastie serait appelée à la venger en lui succédant. Bourbon n'avait encore sous sa cornette blanche que les Protestants. Guise apparaissait comme le roi de la noblesse et l'idole du peuple de Paris. Les seize quartiers de la capitale étaient représentés par autant de mandataires élus. Cette assemblée ‘, >spèce 1 de comité de salut public, qui gouverna d'abord par l'enthousiasme, ensuile par la terreur, se composait d'avocats, de procureurs, de bourgeois, de marchands et de prêtres. Ils étaient dévoués, mais de ce dévouement qui ne pardonne jamais à la différence des opinions; par leur audace seule, ils se créèrent centre d'activité et de direction de la Ligue. Le duc de Guise n'allait pas assez vite au gré des Seïze ; ils le forcèrent d’abandonner l’armée campée à la frontière d'Allemagne pour venir recevoir dans une ovation solennelle la consécration du peuple. Guise obtempère à un vœu qui flatie ses pensées secrètes : il est porté en triomphe, accueilli comme un maitre futur, salué comme un roi bien-aimé. Henri IT s'entoure de ses Suisses fidèles et de quelques bourgeois. Le 12 mai 1588, la jouiuée des Barricades commença : le duc de Guise, dans l'ivresse de sa victoire, n'eut l'audace que d’être criminel à moitié : 1l respecta la liberté et la vie du monarque dont il usurpait le pouvoir. Ce respect tardif, dont l’histoire doit tenir compte à un grand homme ambitieux, causa sa perte. ù L'armée royale était vaincue par l’émeute; Valois fuyait. Dans sa fuite, il conçut le projet de briser ce prince, qui savait ! Les premiers associés furent Acarie, maltre des comptes ; Caumont, Ménager, d'Orléans, avocats ; le sicur de Manœuvre, de la famille Hennequin; d'Eftiat ; Joun Pelletier, curé de Saint-Jacques ; Juan Lincestre, curé de Saint-Gervais; Bus:y le-

Clere, Emonet, La Chapelle, Crucé, procureurs ; le commissaire Louchard ; La Morlière, notaire ; Campan, Laroche-Leblond, ete,

i de ible, veur ions ème des ssetoire ourints.

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être rebelle et n'osait pas pousser la rébellion jusqu'au bout. Le 18 octobre, on proclamait aux Etats de Blois le fameux édit d'union. Cet édit déclarait aux hérétiques une guerre à outrance: il excluait du trône le Béarnais. Deux mois après, le 28 décembre, le duc de Guise expirait dans le château de Blois sous l'épée des satellites d'Henri III. Le lendemain, le cardinal son frère succombait comme lui.

A la nouvelle de ce royal attentat, il n’y eut qu’un cri dans la France. Le dernier Valois fut condamné dans les chaires, dévoué à toutes les malédictions au milieu des camps. Soixantedix docteurs de Sorbonne déliérent les sujets du serment de fidélité ; ils évoquérent sur la tête d'Henri IIT toutes les colères du ciel et de la terre. Ce cri de vengeance fut entendu. Le roi de France s'était placé sous la tutelle du roi de Navarre; il venait assiéger Paris avec lui, lorsque, le 4e août 1589, il trouva la “ort qu'il avait donnée !. Un dominicain, nommé Jacques Clé-- “ent, vengea par un forfait le meurtre du duc de Guise.

Quatre jours après, le 6 août, les Seize, qui fournissaient aux prédicateurs le thème de leurs sermons, adressérent aux orateur de la Ligue le billet ? suivant, qui put être commenté das toutes les chaires, et que Guillaume Roze développa dans l’église des Dominicains : « Justifier le fait du Jacobin (Jacques Clémer‘) pour ce que c'est un pareil fait que celui de Judith, tant re-. commandé dans la sainte Écriture ; 2 crier contre ceux qui disent qu’il faut recevoir le roi de Navarre s'il va à la messe, pour ce qu'il ne peut usurper le royaume, étant excommunié et même exclu de celui de Navarre; 3° exhorter le magistrat de faire publier contre tous ceux qui soutiendront le roi de Navarre qu'ils sont atteints du crime d'hérésie, et comme tels procéder contre eux. »

Dans une société travaillée par tant d'idées opposées, et où les doctrines les plus étranges passaient des conciliabules populaires dans les chaires évangéliques transformées en tribunes aux harangues, des discussions au moins imprudentes devaient

Henri Hi ue mourut que le lendemain 2 août,

3 Ou appelait b{lets les recommandations écrites par les Suize, el communiquées sus predicateurs.

chaque jour s'engager. L'autorité s'était déconsidérée par un abaissement inouï; les partis, dont cet abaïissement faisait Ja force, se servaient de la confusion existant dans les pouvoirs

‘ur répandre l'anarchie dans les âmes. La pensée humaine, sans frein modérateur, sans contre-poids, se lançait au milieu des excitations de la guerre civile; elle transportait la théologie sur les places publiques; elle jetait en pâture aux hain£s de la foule les théories dont, jusqu'alors, les savants s'étaient seuls préoccupés. IL fallait passionner les peuples en s'échauffant soimême à des fureurs que, dans les jours de tempête, il devenait impossible de régulariser. L’imagination seule, la tête bien plus que le cœur, se précipitaient à travers ces doctrines de rébellion. Parties d’un principe sacré, elles arrivaient à de barbares conclusions, en se mêlant aux colères vantardes et aux instincts mauvais qu'elles rencontraient sur leur route. Ce fut ainsi que la question du tyrannicide ou du régicide se vit à l’ordre du jour.

Les prédicateurs de la Ligue la traitérent :1vec une verve sanglante; et cette question, à laquelle la révolution d’Angleterre et la révolution française ont donné nn si fatal retentissement, se produit encore. Les apologistes du Parlement qui tua juridiquement Charles Ier, les historiens de l'assemblée qui, sous un vote, assassina Louis XVI, tous ceux qui, de près ou de loin, se rattachent à la souveraineté du peuple ou à la sou veraineté nationale, s'élèvent avec énergie contre les leçons dictées par les Ligueurs. Ils les accusent d'être régicides par intention, quand eux se proclament régicides par l’action ou par la conséquence de leur système.

Les farouches théories de la Ligue n'ont point été évoquées contre Charles Stuart par le Parlement anglais de 1649. La Convention de 1793 n’en a pas eu besoin pour faire tomber la tête d’un Bourbon. Ces deux corps politiques s'en sont créé de nouvelles, ils les ont prises dans un autre ordre de principes. Les enseignements de la Ligue, perdus dans l'histoire, seraient depuis longtemps effacés par d'autres enseignements plus à la portée des masses, si les Parlements et les Universités ne s’en étaient fait une arme contre les Jésuites. Les Jésuites furent

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les boucs émissaires qu'après la Ligue les Parlements et les Universités poussèrent au désert chargés de leurs iniquités.

Henri Il et Henri IV périrent assassinés à vingt et un ans d'intervalle. Pour que deux crimes si rapprochés aient ensanglanté les annales de la France, il faut que le fanatisme ait été poussé aussi loin que possible. Qu'il vienne des Jésuites, des parlementaires ou des universitaires, ce fanatisme sera toujours exécreble à nos yeux.

Nous entrons dans l'examen de cette question avec des idées bien arrêtées. Nous ne reconnaissons à personne le droit de juger ou de tuer un roi. Nous croyons que le souvesain doit toujours être placé au-dessus de la sphère dans laquelle s’agitent les opinions. Quels que soient les fautes de son règne ou ses torts personnels, il ne peut trouver de juges sur la terre que dans l’histoire; il n’a de comptes à rendre qu’à Dieu. Ce n’est point par fétichisme monarchique que nous parlons ainsi : nous prenons les rois pour ce qu'ils valent, les estimant quand ils sont justes, les aimant quand ils sont bons, les admirant lorsqu'ils sont grands, les méprisant lorsqu'ils sont faibles; car la faiblesse dans un prince est plus coupable que l'abus même de la force. Nous condamnons ici et partout la doctrine du régicide ou du tyrannicide. Sous quelque forme qu'elle apparaisse, qu'elle tombe de la chaire ou de la tribune, qu'elle procède d’une Société religieuse ou c’une Convention, qu'elle aiguise le poignard d’un assassin isolé, ou qu’elle se cache dans les ténèbres d'un complot, elle sera toujours détestable à nos yeux. Le dogme de l’inviolabilité ain: posé, nous pourrons plus librement discuter les préceptes de la Ligue, dont les Jésuites se sont trouvés les éditeurs responsables.

Un demi-siècle après que ces événements furent accomplis, l'Université s’écriait, en apostrophant les Jésuites et en faisant sa propre apologie! :

« Votre Société était universellement portée à allumer ce que les gens de bien vouiaient éteindre. Jacques Commolet et Bernard Rouillet restèrent les seules trompettes de la sédition,

! Seconde .4pologie de l’Université en 16 3, pate, chap, +v,

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392 CHAP, VII. «— HISTOINE

et l'un d'eux fut si impie que de précher dans Saint-Barthélemy même, après la conversion d'Henri IV, « qu'il fallait un Aod, fût-il moine, füt-il soldat, füt-il berger. » Le proeësverbal de Nicolas Poulain, lieutenant de la prévôté de l’Ile-de- Frrnce, témoigne que le conseil de la Ligue se tenait en votre * on-Professe, près Saint-Paul; et l’auteur rapporte qu'un

a: vos Pères persuada que l'on députât le prévôt Vatus pour

faire une entreprise sur la ville de Boulogne, afin d'y faire

aborder l'armée que l'on attendait d'Espagne. Votre Collége de

la rue Saint-Jacques servait aussi quelquefois aux conciliabules

secrets, et aux conjurations horribles des ennemis de l’État qui voulaient y établir la domination étrangère. C'était dans vos Maisons que les Seize étudiaient les excès de la rébellion‘. En

un mot, votre demeure était un repaire de tigres et une ca-

verne de tyranneaux. Les assassins y venaient aiguiser leurs

épées contre la tête auguste de nos rois. Barrière y vint animer

sa frénésie par la doctrine furieuse et la conférence du Père

Varade. Guignard y composait ces horribles écrits qui le firent

pendre par après. Le Père Matthieu y faisait signer par les

Seize une cession entière du royaume à Phili: pe, roi d'Espa- î gne, et Jean Chastel y apprenait les belles leçons du parricide qu'il commit par après en la personne du meilleur des princes.

Le panégyrique de Jacques Clément était le plus ordinaire en-

tretien de ces assemblées. »

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L'Université, dans ce factum, n’oublie qu’une chose, et l’histoire ne doit pas la passer sous silence. C’est la part que prit le corps enseignaut aux conciliabules qui 4 précédèrent l'insurrection. L'Université dit qu’ils se tenaient chez les Jésuites. Le ; Journal d'Henri LIT, le Journal d'Henri IV, !:3s Mémoires de la Ligue, tous hostiles à l’Institut, et écrits sous le coup des événements, ne racoutent pas les faits de la mème manière. Comme ils ne sont pas parties au proces, ils doivent iuspirer plus de confiance que les deux adversaires. Or, nous lisons au tome 11, page 7 du à Journal d'Henri III : « Les archi-ligucurs s’assembloient au collége de Forteret, : qu’on nommoit le Berceau de la Ligue. Ce collège, qui est près de l’église paroissiale 4 de Saint-Etienne-du-Mout, est fort célèbre dans l’histoire de la Ligue. D'abord les chefs des ligueurs s’assembloient en Sorbonne, dans la chambre de Jean Boucher ; mais pour ne pas faire connoltre leurs demarches, 1ls alloient le plus souvent au collége de Fortet ou Forteret, dans lequel Boucher loua un appartement. » Au tome v, page 642 des Mémoires de la Ligue, il est dit : « Les conscils de la Ligue se tenoicnt quelquefois en Surbonne, et depuis au collège de Fortet, qui a été appelé L. le Berceau de la Ligue, » '# L'Université ne s’uccupa jamais de détruire ou de uier des faits si bien avérés par les annalistes.contemporains. Elle avait intéi êt à montrer les Jésuites coupables ; elle les chargea de ses erreurs.

Barthéallait un proeës-

‘[le-deen votre e qu'un 1s pour l'y faire llége de iliabules État qui dans vos on‘. En ne caer leurs animer du Père le firent par les d'Espaparricide princes.

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doit pas la abules qui ‘suites. Le que, tous as les faits nt isspirer page 7 du e Forteret, paroissiale abord les Boucher ; souvent au nt, » Au e la Ligue été appelé

icn avérés oupables ;

Cinquante ans après la Ligue, tel était l’acte d'accusation dressé par l'Université contre la Compagnie de Jésus. Cette accusation trouva des échos intéressés ; il appartient à l’histoire de faire à chacun sa part-et de décider enfin quels fureni les plus ardents promoteurs du régicide. Sont-ce les Universitaires, les Jésuites, ou les Protesiants ?

En 1643, l'Université reprenait son titre de fille aînée des rois très-Chrétiens; mais dans ce temps-là même, le cardinal de Richelieu expirait. Quelques mois après, Louis XIII suivait dans la tombe son ministre immortel. Comme « les Jésuites menaçaient de dévaster l’Université et de la réduire en solitude*, » selon ses paroles; cette corporation enseignante crut devoir, par de doctes témoignages d'amour en faveur des Bourbons et par une accusation en règle contre la Compagnie, tenter un dernier effort pour écarter sa formidable rivale. Ressusciter les souvenirs de la Ligue 2 "aoment où un roi enfant était placé sur le trône, et où Anne d'Autriche et le cardinal Mazarin allaient gouverner, pouvait être un coup de parti en faveur de l’Université; mais, en rappelant les erreurs de ses adversaires, il convenait de ne pas oublier ses propres erreurs. L'Université suivait un exemple pharisaïque ; elle découvrait la paille dans l'œil de son voisin, elle ne vit point la poutre qui était dans le sien. L'histoire n’a pas de ses partialités ; elle juge sur pièces ; les pièces, les voici.

Saint Thomas, saint Bonaventure, saint Antonin, archevèque de Florence, saint Raimond de Pegnafort, Général des Dominicains, et saint Bernard, le dernier Père de l'Eglise, avaient professé et justifié la doctrine du tyrannicide. Les Thomistes , dans les écoles et dans les ouvrages de théologie, élaborèrent longuement cette question. Saint Thomas disait en parlant du tyran d’usurpation ? : « Si l'on ne peut avoir recours à une autorité supérieure qui fasse justice de cet usurpateur, alors celui qui le tue pour délivrer la patrie est loué et mérite une récompense. » Gerson, chancelier de l'Eglise de Paris, et parlant au

1 Manifeste de l’Université, publié sous le syndicat d'Elmond Richer. D’Argeutré, Collect. Judic., 1. un, partie 1.

2 Lib. u, Sent. Dist., A4, q. 11, art. 2, ad. 5.—Et Sum. 2.9, q. xuu, art. 2, ad 3.

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nom de l'Université, définissait ainsi le tyran * : « Le prince est un tyran lorsqu'il surcharge son peuple d'impôts , de tributs, de corvées, et qu'il s'oppose aux associations et aux progrès des lettres. » Il le menace ailleurs de voir fondre sur lui et sur toute sa race une persécution par le fer et parle feu; ce que les lois civiles et ecclésiastiques autorisent, s’il tombe dans quelques erreurs contraires à la Foi*. |

Jean Major, docteur de Sorbonne, allait plus loin que Gerson, et cela s'écrivait, cela se soutenait avant 1540, lors même que l'Ordre de Jésus n’était pas institué. Major déclarait que « le roi tient son royaume du peuple, et que, pour une cause raisonnable, le peuple à droit de lui enlever la couronne; » mais, selon ce membre de l’Université, il existe au-dessus des peuples, au-dessus même du Pape, une autorité plus légitime : c’est l'Université. Le docteur de Sorbonne le démontre ainsi : « Lorsque, dit-il#, Childéric était mollement assis sur le trône des Gaules, Pépin tenant alors d'une main ferme les rênes de l'État, les seigneurs français députérent vers le Souverain-Pontife, parce que l'Université de Paris ne florissait pas encore, pour lui demander lequel était le plus digne de régner, ou cclui qui croupissait dans l’oisiveté ou celui qui portait le poids du jour. Le Pontife ayant répondu que c'était le dernier, les grands du royaume firent Pépin roi. »

Sous le règne de François [e', l'Université inventait de semblables théories: qu'on juge de celles qu’elle va proclamer, lorsque le malheur des temps aura jeté la perturbation dans tous les esprits. Henri III fut assassiné à Saint-Cloud, le 1er août 1589, par ie Dominicain Jacques Clément. Le 4 janvier de la | même année, la Sorbonne, en son assemblée, « excommunie (Î ee tyran de roi et ceux qui prient pour lui. Elle mande mème au cardinal de Gondi, Evêque de Paris, qu'il ait à excommunier ledit tyran-roi, et à faute qu'elle l’excommuniera ellemême “, » Trois jours après, le 7, la Sorbonne et la Faculté de théologie, réunies au nombre de soixante-dix docteurs, dé-

1 Gers., Serm. corum rege Franciæ nomine Universitatis parisiensis, L. 1v.

? Consider. 7, 1. 1v, col. 624 (édit, 1706).

3 Joannes Major, De auc. conc. super Papam, { n. Oper. Gerson, coll. 1459. Journulde HenriEIlL, t, 1, p. 467.

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