‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 52 sur 64 · CHAP. VIF · texte numérisé non relu

CHAP. VIF

toujours exalté, consulte les Pères Tyrius et Bellarmin pour

savoir si les Parisiens encourraient l’excommunication dans le

cas où ils se soumettraient au roi. La réponse des Jésuites était impatiemment attendue. L'Université venait de déclarer qu'en

conscience il ne serait jamais permis de traiter avec le Béarnais ;

les dues de Nemours, de Mercœur, de Mayenne, de Montpensier et le chevalier d'Aumale partageaient cet avis; ils s’opposaient à ce qu'on en appelât aux Pères, dont, disaient-ils, la décision ne serait point conforme à leurs vues ‘. Comme l'avaient pressenti tous ces princes, Bellarmin et Tyrius prononcent que les assiégés n’encourront aucune censure, s'ils reconnaissent l'autorité de Henri IV.

Sur ces entrefaites, le duc de Parme força l'armée royale à lever le blocus de Paris; il enleva même, sous ses yeux, la petite ville de Lagny. Ce fut plutôt un défi qu'un échec. Le Béarnais n'était pas homme à supporter l'un ou l'autre avec résignation. Les Espagnols le contraignaient d'abandonner le siége de sa capitale ; il forme le projet de s'en emparer par un coup de main.

Le comte de Châtillon se met à la tête d'une troupe d'élite, et :

le 9 septembre, à onze heures du soir, il pénètre dans le faubourg Saint-Jacques, presque désert depuis la retraite des Royalistes.

Dans cette guerre exceptionnelle, les Prètres, les Religieux eux-mêmes portaient les armes, ils combattaient et veillaient à la garde des murailles. Les Jésuites étaient de faction, cette nuit-là même, auprès de leur Collège de la rue Saint-Jacques ; ils entendent le bruit des pas, ils donnent l'alarme. Aussitôt les Parisiens accourent sur les remparts. Châtillon s'aperçoit qu’il est prévenu ; il fait faire halte à ses soldats ; il commande le plus profond silence. Les bourgeois croient que ce n’est qu’une fausse alerte, ils laissent sous la garde des Jésuites la muraille menacée. Cependant les Royalistes avançaient toujours. A quatre heures du matin, ils sont au bord du fossé, ils le franchissent, puis les voilà qui, toujours protégés par l'obscurité, plantent leurs échelles à l'endroit même où se trouvaient en sentinelle

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un Jésuite, un avocat et un libraire‘. À là vue du danger que court la cité endormie, ces trois hommes ne s’intimident pas; ils crient aux armes et culbutent les premiers assaillants qui s'élançaient déjà sur le parapet. Les murailles se garnissent d'hommes d'armes; la surprise n’est plus possible : Châtillon fait sonner la retraite.

Tel est le récit de Pierre Corgejo. De Thou, qui raconte aussi cette expédition, ne lui prête aucune des circonstances aventureuse dont l'historien espagnol embellit sa version. Il n’y a plus de Jésuites daas cette affaire pour de Thou, qui en voit cependant partout, et il se contente de dire? : « L'entreprise manqua parce que les échelles qu'on y avait destinées furent trop courtes. Un espagnol, nommé Pierre Cornejo, qui a fait une relation du siége de Paris, écrivain d’ailleurs peu exact, attribue aux Jésuites la conservation de la ville en cette circonstance. »

Quoi qu'il en soit, £e sont là les seuls faits müitaires auxquels les Pères de la Compagnie prirent part pendant la Ligue. A Aubenas, les Protestants les y mélèrent d'une façon plus tragique. Au mois de février 1593, Jacques Salès et le F. Guillaume Sautemouchc évangélisaient cette cité du Vivarais. Chambaud, un de ces chefs de partisans que les Huguenots répandaient dans le royaume, s'empare par surprise de la ville. Le premier fruit de sa victoire est d'égorger les deux Religieux qui “eurent au milieu des chants de triomphe des pasteurs calvinistes. Les combats n'allaient ni au caractère sacerdotal des Jésuites ni au tempérament de leur Ordre. Le Pape Grégoire XIV avait envoyé aux Catholiques de France un secours de huit mille fantassins, de mille chevaux et de cent arquebuses, commandés par Hercule Sfondrati, duc de Monte-Marciano, son neveu. Des Jésuites italiens étaient attachés à cette armée, comme des Jésuites espagnols à celle du duc Parme, qui marchait autant contre les Luthériens d'Allemagne alliés d'Henri IV que contre les Français hérétiques, Le deyoir des Pères chargés de

1 L'avocat se nommait Guillaume Balden, et le libraire s'appelait Jean Nivelle, nom devenu céltbre dans la librairie,

2 Histoire universelle, t, V1, liv. xCIX, p. 663 (édit. de Bâle).

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cette mission par le Pape était bien simple; ils furent les missionnaires, les aumôniers de ces troupes. Elles avaient beaucoup souffert ; les fatigues de la route, les maladies contagicuses firent périr un grand nombre de soldats ; les Jésuites qui les suivaient devinrent leurs médecins et leurs consolateurs : les Pères Corrade et Braccini moururent en les secourant. Quand l’armée pontificale arriva à Verdun, avec les Pères Panciroli et Georges Hepp, le Père Benoît Nigri, maître des Novices de cette ville, se mit comme eux au service des malades. Nigri succomba.

Le Souverain-Pontife ne se contentait pas d'aider la Ligue avec les armes, il lui accordait encore un appui plus redoutable. Il avait renouvelé les excommunications contre le roi; il déliait ses sujets du serment de fidélité ; et Clément VII commençait son pontificat par une bulle adressée aux Français. Cette bulle leur ordonnait de se choisir un prince catholique, par conséquent d'exclure Henri IV. Le Parlement de Paris l'enregistra; mais le Béarnais qui, tenant la campagne avec sa pelite armée, luttait glorieusement et contre les Espagnols et contre les Ligaeurs, sentait parfaitement que ce ne serait point avec des victoires seules qu'il pacifierait la France. A travers les saillies de son esprit, il y avait dans ce monarque un mélange de bonhomie et de franchise qui cachait une pénétration profonde. Les entraînements de son cœur n'altéraient en rien sa sagacité, et il commençait à comprendre qu'il fallait en finir avec une position aussi critique. Le Pape et le cardinal de Plaisance, son légat, poursuivaient officicllement la déchéance d'Henri IV, et, le 26 janvier 1593, les Etats-Généraux s'assemblaient, par ordre du duc de Mayenne, pour procéder à l'élection d’un souverain.

En France comme partout, le principe de la légitimité n’est que la conséquence du principe de la succession au trône. Les idées sur cette matière suivent les idées que se fait un pays pour les héritages patrimoniaux, et les Bourbons de Navarre se trouvaient parents des Valois à un degré si éloigné qu’en ce temps de confusion il était presque permis d'oublier qu'ils pussent aspirer à la couronne. Le fils de Jeanne d’Albret n’était point encore le Henri IV de l'histoire, ce roi dont la bonté et la grandeur sont

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Le peuple n'était pas alors aussi juste envers Henri IV, que Sixte-Quint lui-même. disant au sacré-collége ! : « La tête de ce prince est faite exprès pour la couronne de France. » Sublime éloge, qui grandit la nation en glorifiant le roi! Des bourgeois de Paris avaient produit requête au Parlement pour demander qu'on suppliât Henri IV de revenir à la foi de ses pères, car ses victoires le légitimaient. Les bourgeois de Paris espéraient ainsi déjouer les projets de l'Espagne et de l'usurpation. Le 1: novembre 1592, la Sorbonne décréta que « cette requête était incpte, séditieuse, impie, inutile, attendu qu’on connaissait l'obstination de Heuri le relaps.

Ce fut sous de pareils auspices que les États-Généraux commencèrent. Les Protestants avaient voulu arracher le sceptre de la main des Valois et fédéraliser la France par l'hérésie. Les Guise n'avaient pas porté si loin leurs vues; ils ne songeaient à recucillir la couronne que lorsqu'elle tomberait de la tête des princes légitimes ; mais les Guise , toujours si actifs, toujours si puissants, n'étaient plus représentés que par le duc de Mayenne et par un jeune fils de celui que Henri [HE fit assassiner aux États de Blois. Le duc de Mayenne, dévoré d'ambition comme tous les siens, mais moins audacieux, et par cela même moins aimé, se voyait, malgré ses instincts tout français, sous le joug de la domination espagnole. Philippe IL venait de rendre un immense service au Catholicisme : l'heure d’acquitter les dettes contractées par la Religion avait sonné. Dans ces Etats-Généraux, le roi d'Espagne proposait de marier l’infante Claire-Eugénie, sa fille, à l'archiduc Ernest, ct de leur offrir en dot le royaume de France. Des Ligueurs seuls composaient cette assemblée : un cri général d’indignation accueillit pourtant le vœu des Espagnols et de la maison d'Autriche. Philippe [E l'avait prévu ; 1l modifia son plan, et ses ambassadeurs parlèrent d'unir l'infante au

jeune duc de Guise.

1 J'ie de Sixte-Quint, par Gregorio Leli, iv, x, p. 307.

C'était encorë l’étranger : la noblesse française repoussa cette transacuion. L: Parlement ligueur arrêta que « remontrances seraient faites au duc de Mayenne, à ce qu'il eût à maintenir les lois fondamentales et empêcher que Ia couronne né fût transportée à des étrangers. Il déclara nuls et illicites tous traités qui auraient été faits ou qui se féraient pour cela, comme étant contraires à la loi salique.

L'Evêque de Senlis ; Guillaume Roze !üui-mêème, se prononça avec tant d’élrquence que, de ce jour, il ne resta plus qu'un pas à faire pour réconcilier les deux partis : le 25 juillet 4593, Henri IV abjura le Calvinisme dans la basilique de Saint-Denis.

S'il y cut un vaincu,dans ces guerrés, ä coup sûr ce fut le Béarnais ; gloriew#x vaineu, qui avait triomtphé par les armes de tous ses ennemis, et qui acceptait la loi qu’ils lui imposaient. Le toi était catholique; mais soit calcul, soit aveuglement , soit défiance, les Ligueurs, alors rebelles, n'avaient pas consenti à lui ouvrir les portes de sa capitale ; la voix du Souverain-Pontife était L'oracle qui devait les réduire à l’obéissance, et cette voix se taisait. Les Ligueurs ardents voyaient dans Henri IV un prince qui croyait que Paris valait bien une messe. Clément VIIE, tout en rendant justice au grand homme, se méfiait de cette conversion, dont les suites pouvaient être si heureuses ou si défavorables à FEglise. L'Espagne, d'un autre côté, avait intérêt à prouver au Saint-Siège que l’abjuration du 25 juillet était un acte de pure condescendance. Selon Philippe M, le Béarnais, une fois tranquillement assis sur son trône, ne tarderait pa à la révoquer pour revenir au Protestantisme. La question ne pouvait plus se vider en France, le sort des armes avait décidé ; le Saint-Père seul tenait entre ses mains la paix ou la guerre. Philippe IE conaaissait la situation; il négociait pour empêcher le Pape de récoacilier le roi de France avec l'Eglise universelle.

Dans ect état de choses, dont Henri IV ne se déguisait pas les embarras, il Ini fallait à Rome un plénipotentiaire aussi dévoué à la Religion catholique qu'à lui-même : il choisit Louis de Gonzague, due de Nevers. Le 19 novembre 1594, l'ambassadeur entrait dans fa ville pontificale, il y entrait malgré Clément VHE et grâce au Père Possevin. Ce dJésuite,

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 309 Italien d'origine, avait été déjà plus d'une fois consulté par le Pape sur l'abjuration du roi de France, ct, avec sa science des hommes, il avait émis un avis favorable pour la faire recevoir. Clément VHi! n'ignorait pas que Possevin était depuis longtemps l'ami du due de Nevers; il savait le fond de” sa pensée. Poar adoucir ce qu'il y aurait de trop violent dans la résolution prise par la cour de Rome, il chargea te Jésuite d'aller à lx rencontre de l'ambassadeur et de lui dire que le Saint-Père refusait d'entendre parler de Henri IV et de ses aégociateurs. La présence de Nevers dans la capitale du monde chrétien mettait un terme à beaucoup d’intrigues espagnoles ; elle contribuait à la paix. Possevin remplit avec tant de dextérité sa mission que le duc de Nevers, dans le récit de son ambassade, insinue que le Jésuite ne lui fit point pressentir la volonté si formelle du Souvcrain-Pontife.

Possevin, sous les yeux du Général de Ta Compagnie de Jésus, désobéissait au Pape pour servir Henri IV et la France. L'ambassadeur, comte d'Olivarès, se montra si courroucé, cet Clément VIIE partagea si amérement son irritation, que, dans la nuit même, le Père se vit obligé de prendre la fuite. « Possevin, désuite, dit Julien Peleus', s'enfuit de Rome pour avoir tenu quelques propos de réconciliation du roi avec le Saint -Siége. » Les conseils qu'il donna, ajouta un autre annaliste?, le firent détester par les Espagnols, qui se plaignirent vivement de lui, ct « il fut contraint, reprend l'Estoile®, de sortir de Rome pour éviter la colère du Pape. »

Ce ne sont pas les seuls témoignages qui confirment l'intervention de Possevin dans ectte affaire. Le 59 avril 1607, Philippe Canaye, seigneur de Fresne, ministre de France à Venise, écrivait à d’Alincourt, ambassadeur auprès du Saint-Siége, et il fui disait‘ : « Le bon Père Possevin arrivera peu de jours après cet ordinaire ct ne faudra de vous aller voir. Outre sa

t Julien Peleus, {. 4v, iv. x1V, p.723.

2 Mercurii Gullo-Relgici, tu, Liv. vu, p. 92. Voir aussi les Lettres du Cardinal d'Ossat, 1. 1. p. 672.

3 Journal de Henri IV. — Jouvency, dans son Histoire de la Compagnie, révuque en doute la fuite de Possevin. Partis V, lib. 42, n, 38.

i Lettres et ambassade de messire Canaye, seigneur de Fresne, Lin, p. 21 (edit, de 1645).

rare piété ct éruditioh, il s’est employé à la rebénédiction de

Sa Majesté avec tant d'affection que toute la France lui en est redevable. »

Au moment où le Père Possevin se dévouait pour forcer le Saint-Siége dans ses derniers retranchements, un autre Jésuite, un Espagnol, le cardinal Tolet, prenait en main la cause de Henri IV ; il la gagnait malgré le roi d'Espagne et malgré la Ligue. « Le cardinal Tolet, dit un historien de Henri IV!, moins illustre encore par la pourpre dont il était revêtu que par sa science profonde et ses vertus chrétiennes, oubliant les haines nationales, bravant le puissance de l'Espagne ct ses implacables ressentiments, porte le coup mortel à la Ligue autant parses écrits que par ses paroles. Il fait taire l'envie par sa doctrine , tellement qu’entrainé par la gravité et par la force de ses conseils, le Souverain-Pontife donne le baiser de paix à son fils pénitent. » ,

Un double lien attachait Tolet au. Saint-Siège : il était Jé- - suite et cardinal ; il ne devait rien à la France, rien à la maison de Bourbon; ce qu'il allait faire, c'était l’anéantissement des plus chères espérances de Philippe Il. Henri IV professait hier le.Calvinisme, il peut y revem: demain et sacrifer aux Protestants la Compagnie, qui alors sera privée de tout appui en Espagne et même à Rome. Néanmoins ce Jésuite sous la pourpre ose à lui tout seul accomplir la tâche qu'un autre Jésuite a commencée. Possevin a préparé les voies à la réconciliation du Béarnais avec l'Église ; Tolet achève l’œuvre, et, dans une de ses lettres à Villeroi, secrétaire d'Etat de Henri IV, le cardinal d'Ossat, plénipotentaire de France, révèle tout ce que le Jésuite a extrepris contre la Ligue, et en faveur de la justice :

« de ne dois et ne puis taire, écrit-il ?, les bons offices qu'auprès du Pape et ailleurs a faits au Roi’ et à la France M. le cardinal Tolet; tellement qu'il se peut dire avec vérité qu'après Dieu ledit seigneur cardinal a plus fait que tous les autres hommes ensemble ; et est chose émerveillable que, du milieu de l'Es- ! Guillelmi Sossi, De vita Herrici Magni, lib. nu, p. 81.

? Lelixes du Cardinal d'Ossat. 4595.

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pagne, Dieu ait suscité un personnage pour conseiller, procurer, solliciter, acheminer , avancer et parfaire ce que les Espagnols abhorrent le plus. »

Tolet avait pris si fort à cœur la pensée de pacifier la France que rien ne lui coûta pour la réaliser. Le père Commolet s'écriait dans un de ses sermons prèché à Paris, le 3 décembre 1593 * : « Vous dites que le Roi de Navarre est un magnanime prince, guerrier, victorieux, bénin et clément; je le veux bien, et encore plus que vous ne sauriez m'en dire; mais de la Religion vous ne m'en parlez pas. Donnez-nous assurance seulement qu'il maintiendra notre Religion, et qu'il ne fera point de mal aux pauvres Catholiques, et puis vous en venez à moi; je vous montrerai que je ne suis point espagnol. »

Le Père Commolet disait vrai; car à peine eut-il acquis la certitude que la conversion du roi était sincère, qu’il partit pour Rome. Selon Dupleix, historiographe &’Henri IV, et d’après les lettres du cardinal d'Ossat ? | Commolet s'employa à lui obtenir l'absolution du Pape avec autant de zèle qu'il en avrit montré à éloigner l'hérésie du trône de France. Ce zèle de Commolet pour l'Église et pour le roi était si connu, que Henri IV le choisit pour travailler à la conversion de sa sœur, la duchesse de Bar. Commolet ne trompait personne en assurant qu'il n’était pas espagnol. Le cardinal-désuite prouvait en même temps au Jésuite français qu'il l'était encore moins que lui sur cette ques tion. Le Souverain-Pontife avait des scrupules, des préjugés peut-être. Tolet se dévoua à dissiper les nuages amoncelés contre Henri IV. IL y parvint, car j! avait un plus grand mobile que toutes les affections, que toutes les haines terrestres, et « après que le Pape, raconte Antoine ‘f'eissier ®, cut résolu l'absolution du roi, il envoya quérir Tolet. Il lui dit que la nuit il avait eu quelque révélation qui l’empêchait d'accorder au roi ce qu'il souhaitait. À quoi ce cardinal répor:dit :« Saint Père , il faut

! Journal de Henri IF, par L’Estoile, décembre 4893.

? Lettres du Cardinal d’Ossat à Henri 19, 16 février 1595.— Dupleix, Histoire de Henri:le-Grand, p. 491.

3 Éloges des horimes savants tirés de l'Histoire de M. de Thou, par Antoine Feissier, t, 1V, p. 245,

J02 CHAP. VII, — INISTOIMÉ

que cette inspiration vienne du diable ; si elle venait de Dicu, elle aurnt été précédée de l’absolution. »

Clément VIIL ne balança plus. En admettant Henri IV à la Communion romaine, f enleva aux Ligucurs tout prétexte de rébellion et de complot. Un: an après, le 44 septembre 4596, Tolet mourait à Rome, et d'Ossat, en annonçant cette nouvelle à Villeroi, s'exprimait aënsi ? : « M. le cardinal Tolet décéda samedi, 14: de ce mois; en quoi l'Eglise a perda une très-grande lumière, le Pape son principal conseiller, le Roï et à France un personnage très-aflectionné. Je vous net#ai ici en considération si ne serait pas bon que le Roï lui fit faire un service en Ja principale église de: la ville où il se trouvera, ou à Notre-Dame de Paris, ou en toutes deux. J'ai opinion que eela accroîtroit son bon nom. Si n'étoit que je désire que Sa Majesté en ait la loyange , je lui en eusse fait faire un en l'église de Saint-Louis. »

Quand les dépêches de d'Ossat parvinrent à Henri IV, il séjeurnait en Normandie. La perte qu'il faisait lui fut sr sensible qu'il adressa sue-le-champ à Clément VIIE la lettre autographe suivahte :

« Très-Sainct-Père, deux choses nous ont faict sentir et recevoir avec beaucoup de regret et de desplaisir la nouvelle de la mort de feu nostre très-cher cousin le cardinal de Toledo : l'une, l'amitié que nous sçavons que Votre Saincteté lui portoit, fondée non-seulement sur son propre mérite, mais sur sa vye exemphire et les grandes et rares vertus dont il estoit orné, qui le rendoient universellement recommandable ; l’autre, l'obligation particulière qu'il avoit acquise sur nostre personne ct sur ce Royaume pour avoir si constamment embrassé nostre défense auprès de Vostre Saincteté ct nous avoir facilité le chemin à obtenir l'absolution dont elle a voulu nous rendre digne, qui n'avoit été moings désirée de nous qu'elle estoit attendue de nos peuples et subjets pour l’entier repos de leurs consciences ; et encore que nous ne doubtions point que Vostre Saincteté n'ayt porté ceste perte avec sa constance accoutumée, toutesfois, comme nous participons aux ennuys de Vostre Sainctelé, ainsi

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‘ Lettres du Cardinal d'Ossat, \. 1, lettre 80.

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que nous faisons aux bons et favorables succès qui lui peuvent arriver, nous avons bien voulu noùs en condouloir avec elle par ceste lettre et luy représenter combien nous pensons debvoir à la mémoire d'un si digne subject aymé et favotisé de Vostre Saincteté avec tant de mérite, ainsi qu’elle entendra plus particulièrement de l'Evesque de Rennes *, autel nous la prions adjouter sur ce subjet parcille foy qu'à nous-mêmes, qui prions Dieu, Très Sainct Père, que icelle, Vostre Saincteté, il veuille maintenir, garder et préserver longuement et heureusement, au bon régime, gouverneémënt et administration de nostre saiucte mère Eglise. Escrit à Elbeuf le cinquième jour d'octobre 1596, » Vostre dévot fils, le roi de France et de Navarre,

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