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CHA. vil. — HISTOIRE
A force de démonstrations royalistes, ils aspiraicnt à racheter leurs vieux péchés. Le 22 avril, Jacques d’Amboise, accorpagné des chefs de l'Université, alla se prosterner aux genoux du roi ct lui demander pardon pour ceux de ses membres qui l'avaient si souvent outragé ou menacé de mort *. Le 22 avril, le corps enseignant prêta serment à Henri IV. Afin de témoigner de leur ferveur de néophytes, l'Université et le Parlement cherchérent un ancien complice dont les scrupules exagérés feraient ressortir leur obéissance empressée, Les Jésnites croyaient ne devoir reconnaître Henri IV que lorsque le Saint- Siége aurait accepté son abjuration. C'était se placer sur un mauvais terrain dont ces deux corporations sauraient bien tirer parti au profit de leurs vicilles haines, qu'une communauté momentarée de principes avait fait taire. Le plan était bon; il fut adopté. On pressa les Jésuites d’adhérer à la formule du serment. Ils déclarèrent à Paris, à Lyon et partout que, tant que le roi ne serait pas réconcilié avec l'Eglise, ils ne lui jureraicnt point obéissance, mais qu'ils s'engageaient à ne rien faire contre lui.
L'Université avait compté sur ce refus, auquel s’associaient les Capucins, les Minimes et les Chartreux. Elle s'en empara. Les Jésuites étaient ses seuls concurrents; elle ne troubla point les autres Instituts. Dans une requête au Parlement, elle ressuscita tous les procès entamés contre les Jésuites. Elle conclut à ce qu’il « plaise à la cour ordonner que cette secte sera exterminée non-seulement de la dite Université, mais aussi de tout le royaume de France. » La requête, à la date du 20 mai 1594,
‘Dix-sept ans après, l'Université avait complétement oublié cette amende honorable, et, par la bouche de l'avocat La Martelière, plaidant en sa faveur contre les Jésuites, elle rappelait des souvenirs de fidélité, que ceux plus récents de la Ligue devaient effacer, Cela n’empèchait pas La Martelière de s’écrier en faisant l'éloge de l'Université :
« Aussi nos rois l’ont uniquement chérie; et se lit qu’elle accompagna le Roy retournant en triomphe de la bataille de Bovines, et une chose très-singulière, que Je Roy Philippe-le-Long, ayant assemblé Jes Etats de son royaume et l’Université, tous les autres prêlaient serment de fidélité au Roy comme souverain, l'Université seule ne jura rien, ainsi qu'a remarqué monsieur Guimier, en la préface de sa Pragmatique sanction, parce que de son instruction nous apprenons à respirer avec l'air de la France la fidélité envers nostre prince et l'amour envers nostre patrie, » (Plaidoyer de La Murtelière pour l’Université, prononcé en 4604, page 12.)
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS J07 annonçait que les quatre Facultés avaient pris part à la délibé- “ration et qu'elles l'approuvaient. La Faculté de théologie, celle des arts, les doyens des Facultés de droit et de médecine protestérent contre une pareille allégation. Le décret de la Sorbonne, extrait de l’un des registres de la Faculté de Paris, est ainsi conçu, Nous traduisons littéralement :
« Le neuf juillet de l'an de grâce 1594, la Faculté de théelogie de Paris, étant légitimement assemblée dans la grande salle du Collëge de Sorbonne , ayant vu et entendu cette supplique, présentée par les vénérables Pères de la Compagnie de Jésus à la susdite Faculté. Par cette supplique, ces Pères ont exposé que, dans les mois précédents, le vénérable recteur de l'Université avait déposé une requête à la cour snprème du Parlement, tant en son nom qu'en celui de toutes los Facultés pour demander que toute la Société de Jésus füt expulsée de la la France entière. Mais les Pères ont ajouté qu'il n’était pas croyable que la sacrée Faculté eût donné son assentiment à cette requête; et, en conséquence, ils ont supplié la susdite Faculté qu'il lui plût de déclarer par un acte publie qu'elle n'était nullement complice de la requête et procès en question. La Faculté après mûre délibération sur l'exposé des choses, a pensé que les susdits Pères de la Compagnie de Jésus devaient, à la vérité être soumis aux règlements et discipline de l'Université, mais qu'on ne devait nullement les chasser de France. »
Le Parlement avait de graves erreurs à faire oublier; il pensa qu'en donnant l'expulsion des Jésuites pour garantie au parti protestant , il se punissait lui-même dans ses complices ; il passa donc outre. Malgré les instances des cardinaux de Bourbon, de Gondi, de La Rochefoucault, évêque de Clermont, malgré les démaréhes du duc de Nevers, de François d'O, gouverneur de Paris, et celles des principales villes du royaume, il évoqua la cause pour les 12, 13 et 16 juillet. A cette même époque, Jacques Bongars, diplomate calviniste, écrivait de Paris : « Nous sommes ici occupés à faire chasser les Jésuites; l'Université , | ies curés des paroisses et toute la ville ont conjuré contre ces pestes publiques. » L'intelligence des Protestants avec les ennemis des Jésuites est démontrée : voyons ce qu'elle produisit.
Antoine Arnauld et Louis Dollé plaidèrent contre l'Ordre de Jésus. Après avoir lu ces interrrinables discours, où le talent est mis au service des passions jalouses, on comprend tout ce qu'il y a parfois d'odieux dans ce trafic de paroles que l’on appelle un sacerdoce d'humanité. Antoine Arnauld fit l’historique de la Ligue au point de vue de son affaire : ce ne furent plus la Noblesse, le Parlement, l'Université, le peuple de Paris, la France catholique qui enfantérent cette grande démonstration religieuse; la Ligue se concentra pour Arnauld dans la seule Compagnie de Jésus : elle scule devint responsable de tout, elle seule dut être maudite.
Pierre et Antoine Séguier siégeaient au Parlement : le premier était président à mortier; le second, avocat-général. Hommes d'équité et d'expérience, amis du Père Bellarmin, ils ne s'associaient point à ces ardentes récriminations. Comine le procureur-général, Jarues de la Guesle, ils se virent en butte aux outrages de l'Umversité. Antoine Séguier fit entendre des paroles fermes et dignes dans un procès cù la justice préparait de sang-froid une iniquité ; il opposa le calme de sa raison à la fureur des réactions : il fut puni de son courage par des sarcasmes universitaires ‘.
Tout était contre les Jésuites : la Satire Ménippée paraissait , et l'on espérait tuer par le ridicule ceux qu'il n'était pas possible d'étouffer autrement. La Ligue était vaincue ; l'Université, qui avait laissé reposer ses préjugés pour régenter les rois et proclamer l'insurrection ou le régicide, s’achamnait de nouveau sur une Société rivale. Après avoir insulté les magis trats dont elle suspectait l'indépendance, elle continuait dans ses chaires l'œuvre qu’ Armnauld et Dollé ébauchaient au Palais. Jean Passerat était l'un de ses plus brillants professeurs d’éloquence ; en commentant un texte de Cicéron qui traite de la plaisanterie, il prit à partie les Jésuites et les définit : « Harpies,
On dit dans le Journal de Henri IF, par L’Estoile, décembre 4594 : « Les malcontents et médisants (desquels il n’y a point défaut à Paris) firent voler les anagrammes suivants, qui furent divulgués et semés à Paris et partout : » ANTOINE SEGUIER, Jésuite enragé.
» ANTONIUS SEGUIERIUS, Novus Icsuita niger.
» JACQUES DE LA GUAILF, Laquais de la Ligue, »
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 369 animaux à deux pieds sans plumes, qui portent une robe noire avec des agrafes, Scythes vagabonds faisant des courses sur le domaine de l'Université. »
Par ce langage on voit que l'Université pouvait bien exphquer Cicéron, mais qu'elle n’imitait guère l’urbanité de son style, et l'exemple de bon goût qu’en 1565 le Père Perpinien lui avait donné. Les auditeurs de Passerat applaudissaient ; le professeur se lança dans le champ de la politique. « Les Jésuites, s’écria-t-il !, ont fait entrer dans Paris un cheval de Troie; à la première occasion ils ont ouvert leur cheval pour en faire sortir des soldats tout armés. Ce sont des Corèbes, des Ucalégons, qui ont tout perdu dans Ilion, des poltrons malpropres et impolis qui sacrifient à la déesse de l'Averne, des versluisants qui se cachent dans les broussailles, de faux Hippolytes qui châtrent les bons auteurs et n’en doivent pas être plus estimés des Français, qui haïssent naturellement les marchands d’eunuques et leur marchandise ?. »
La cause était en délibérf, lorsque, le 27 décembre 1594, Jean Chastel, fils d'un drapier de Paris, s’introduisit avec la foule des courtisans dans l'appartement de Gabrielle d'Estrées ; ce jeune homme, qui n'avait pas encore dix-neuf ans, s'approche du roi, il va lui porter un coup de poignard à la gorge, lorque Henri s'incline pour saluer François de La Grange, un de ses officiers; il n'est blessé qu'à la lèvre supérieure. Mis à la torture, l'assassin déclare qu'il a fait ses classes à l'Université, sa philosophie sous le Père Guéret, de la Compagnie de Jésus, et qu’en dernier lieu il étudiait le droit dans
\ Histuire universelle de M. de Thou, t, xt, p. 244.
2 Après avoir emprunté au président de Thou ces accusations d’un professeur dloquence, l'avocat Linguet ajoute avec raison :
« Ces derniers mots font allusion à la méthode adoptée, et peut-être imaginée par les Jésuites, de retrancher dans les auteurs classiques de la bunne latinité les endroits obscènes qui en rendaient la lecture dangereuse pour la jeunesse. J1 fallait que l’acharnement contre eux fùt bien furieux et bien indiscret pour qu’un homme employé à l’éducation publique osàt se permettre de leur faire un crime d’un pareil grief, Assurément, si cette précaution était de leur invention, elle ne mériterait que des louanges. Passerat , au lieu de s’efforcer de la rendre ridicule ou odicuse, aurait mieux fait d'engager l’Université à la consacrer en l’adoptant dès lors, comme elle y a été obligée dans la suite. »
(Histoire impartiale des Jésuiles, par Linguet, liv. x, chap. xx, p. 387 ct 8 (publiée en 1768).