‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 10 sur 338 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

resplendissants de luxe, et dont quelques-uns étaient, selon l’expression du poëte, comme des villes au sein de la grande ville. Une population de plus de douze cent mille âmes y était renfermée, mais point de citoyens. Alaric environna de postes nombreux l’enceinte des murs, masqua les douze portes principales et intercepta la navigation du Tibre. Les Romains, au lieu de se défendre, demandèrent d’abord la mort de Sérène, nièce du grand Théodose, veuve de Stilicon, qui fut lâchement livrée par le sénat; puis ils s’adressèrent à quelques magiciens toscans qui, avec l’agrément du préfet Pompéianas, prétendirent par des sortilèges attirer la foudre sur les barbares. Enfin la famine et la peste ayant commencé à décimer la population, les sénateurs abandonnés par Honorius, envoyèrent une ambassade au barbare. Alaric demandait d’abord tout l’or et tout l’argent des Romains. Il cherchait à réduire cette foule au désespoir; car, plus l’herbe est serrée , disait-il, et mieux la faux y mord. Cependant il voulut essayer un moment de jouer le rôle de Stilicon, créer un nouvel empereur et se faire nommer par lui maître de la milice.

C’était le rêve de ces barbares de se trouver à la tête des forces de l’empire, pour le dominer. Alaric fit revêtir de la pourpre par le sénat un certain Attale; il se souciait peu de paraître le second, s’il était réellement le premier. Le peuple romain, celui de Milan, et une partie de l’Italie, reconnurent le nouvel empereur et son maître de la milice. Après tout, les Visigoths, adoucis par un long séjour dans les provinces romaines, n’étaient pas plus gênants pour l’Italie que les mercenaires qui l’avaient défendue. Mais les Romains trouvèrent mauvais qu’Alaric, arien, en accordant ses faveurs, ne tînt point compte des exclusions portées par Honorius contre les païens et les hérétiques. Puis Attale prétendit faire le maître et voulut trahir les b arbares.

Exaspéré de toutes ces difficultés, Alaric n’écouta plus que sa colère; il fit dégrader Attale, et revint sous les murs de Rome, résolu à en finir. Un grand nombre d’es-

clavcs so réfugièrent d’avance dans son camp. Ceux qui étaient restés dans la ville ouvrirent, dans la nuit du 24 août, la porte Salarienne. Les barbares se précipitent, avides de sang et de butin, sur les pas des esclaves déchaînés qui donnent l’exemple du sac et des vengeances. Au milieu de cette épouvantable catastrophe, le feu consume plusieurs monuments publics et particuliers, entre autres le palais de Salluste. Les habitants qui résistent, et ils sont peu nombreux, sont massacrés; nombre de femmes, de celles même qui étaient consacrées à l’Église, outragées; les palais pillés; les statues des anciens dieux ou des empereurs, fondues ou brisées; l’or, l’argent, les chefsd’œuvre, la soie et la pourpre entassés sur les chariots des Goths ; une foule de captifs, torturés, mis à rançon, vendus ou gardés comme esclaves. Les Goths, selon l’ordre d’Alaric, ne s’arrêtent que devant les églises de Saint-Pierre et de Saint-Paul, où se pressait la foule des fugitifs comme dans un inviolable asile. Ainsi, l’an onze cent soixantequatrième de sa fondation, tomba Moab, selon l’impitoyable expression de saint Jérôme, qui voyait toujours dans Rome, comme la plupart des chrétiens, le centre du vieux monde païen. Elle est prise, s’écriait-il, du fond de sa solitude de Bethléem, celle qui prit tout l’univers. Grande et déplorable catastrophe cependant. Qui pouvait ne pas craindre avec Lactance « qu’une civilisation tout entière ne périt dans une seule ville. » L’historien Zosime déposait sa plume, et le poète Glaudien partait de Rome pour mourir dans l’exil et dans l’indigence.

Au bout de six jours, Alaric arracha ses Goths à la famine qui les menaçait au milieu de Rome saccagée, et les conduisit avec leurs dépouilles vers le midi de l’Italie. Il avait le projet d’aller mettre ses richesses en sûreté dans la Sicile, et de s’établir avec les siens dans cette contrée fertile; arrivé en Calabre, il y fut frappé d’une maladie qui l’emporta dans la petite ville de Cosenza. Les eaux du Busentin détournées de leur lit, pour que le corps d’Alaric y fût enterré, et rendues ensuite à leur cours naturel, dérobèrent à la postérité la tombe du barbare. Alaric avait

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