‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 9 sur 338 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

ticables marais, il se hâta de démentir la rassurante inscription qui déclarait sur l’arc triomphal la nation des Goths à jamais domptée : Getarum nationem in omne œvum domitam.

Trois ans après, en 406, commençait la grande invasion de l’empire par toutes les races que les Huns poussaient sur les frontières. Les Vandales, les Suèves, les Alains, les Burgondes passaient le Rhin, limite de la Gaule; et une grande cohue de barbares de toutes nations, sous la conduite d’un chef nommé Radagaise, franchissait le Danube et paraissait sur les Alpes. Stilicon dut abandonner la Gaule. Il composa rapidement une armée d’un corps d’Alains qui lui étaient attachés, d’esclaves à qui il fallut promettre la liberté et deux pièces d’or, enfin de Goths et de Huns, bandes mercenaires, qui erraient sur la frontière. Le torrent descendit d’abord les Alpes rhétiques, passa le Pô et franchit les Apennins sans résistance; mais, en Toscane, Stilicon, avec une habileté et une persévérance qui rappelaient la tactique de César, enferma les barbares par des forts et des murs de circonvallations, sur le plateau de Fœsule, et les y détruisit par le fer et la faim. Radagaise, obligé de se rendre, fut décapité, et le reste de ses compagnons vendus à vil prix comme esclaves.

La péninsule était sauvée pour la seconde fois, mais l’empire était perdu. La Grande-Bretagne, après le départ des légions, reprit son indépendance qu’elle devait si mal défendre. La Gaule et l’Espagne abandonnées, couvertes de barbares, se jetèrent dans les bras d’un usurpateur, Constantin, pour avoir un chef contre l’étranger; et Y Italie , selon la belle expression de Montesquieu, devint frontière.

Prl«e de Rome par Alarle (4*0).

L’empereur Honorius livra ce qu’un barbare avait défendu. Stilicon, sans doute pour prendre de tous côtés ses précautions, négociait avec Alaric et, au grand mécontentement des légions romaines, favorisait le? auxiliaires qu’il

fallait d’ailleurs ménager pour les services qu’ils avaient rendus et ceux qu’ils pouvaient rendre encore. Las de la tutelle du maître de la milice, et de Sérène, qui lui avait fait encore épouser sa seconde fille après la mort de la première, Honorius s’avisa de s’effrayer de mesures prises plutôt pour la sûreté de l’Italie que contre sa personne. Un de ses favoris, Olympius, augmenta ses craintes en prêtant à Stilicon le projet do faire couronner son fils Euchaire, et de livrer l’Italie aux étrangers. On les accusait d’ailleurs tous les deux de favoriser les ariens, les païens. Il n’en faillit pas davantage pour porter Honorius à se défaire de son ministre, non en souverain, mais en conspirateur. Tous les officiers de l’armée, partisans de Stilicon, sont massacrés par l’effet d’une vaste conspiration traîtreusement ourdie; le héros barbare, justement célébré par le poète Claudien, est surpris par le Goth Sarus ; il se réfugie à Ravenno, dans une église. Mais des soldats envoyés l’attirent dehors avec une lettre de l’empereur, et là, celui qui avait commandé vingt-trois ans avec honneur les armées romaines, reçoit la mort d’un officier du palais; enfin, par une atrocité lâche et insensée que rien n’explique, un ordre d’Honorius livre au massacre et au pillage de ses légions romaines, les femmes, les enfants et les biens que les mercenaires avaient déposés en otages dans la péninsule.

C’était livrer l’Italie. Plus de trente mille mercenaires altérés de vengeance appelèrent Alaric, qui n’attendait qu’une occasion. Le roi des Goths franchit cette fois sans difficulté l’Adige, le Pô au milieu de la désorganisation complète de l’armée romaine; il ramasse tous les auxiliaires furieux, laisse de côté l’empereur tremblant dans Ravenne, et, comme poussé par une force irrésistible, arrive par la voie fiaminienne sous les murs de la ville éternelle (410). « J’entends, disait-il, à en croire Zosime, une voix qui me dit : Marche et va saccager Rome. »

Rome, quoique déchue déjà et commençant à voir tomber en ruines quelques-uns de ses monuments, était encore la cité reine. Elle comptait plus de dix-sept cents palais

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