‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 100 sur 338 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

présentés par Grégoire IX et Frédéric II, éclata enfin dans toute sa fureur, quand, par un retour à la vieille politique italienne, Henri, roi des Romains, fut poussé par les Milanais à la révolte contre son père. Croyant reconnaître à ce coup aussi la main du saint-siège, Frédéric en 1234 lança d’abord Eccelino de Romano et les Sarrasins sur les villes de la Lombardie et de la Romagne qui avaient proclamé Henri. Puis, vainqueur de son fils, dans une rapide excursion en Allemagne, où il le fit frissonner et se maria une troisième fois, il revint en 1237, décidé àen finir, en Italie. Il rencontra à la tête de ses Allemands, de ses partisans italiens et de ses Sarrazins, sur l’Oglio, l’armée de la ligue milanaise près de Gortenuova.Ge devait être unebataille décisive comme celle de Legnano sous Barberousse. Malgré le dévouement de la compagnie des forts ( società de' forti ), le carroccio milanais fut pris sur un monceau de cadavres ; dix mille Lombards portés à terre ou faits prisonniers, et parmi eux le podestat lui-même, Pierre Tiepolo, fils du doge de Venise. Le vainqueur, comme pour insulter au saint-siège, envoya avec une lettre pompeuse le carroccio de Milan au sénat et au peuple de Rome.

Frédéric II crut pouvoir disposer de l’Italie. En 1238 il donne sa fille Salvaggia en mariage à Eccelino III, maître maintenant de la marche véronaise et chef gibelin des seigneurs châtelains dans les villes féodales dont ils sont devenus les concitoyens. En sa faveur au contraire dans *08 villes de tradition romaine, Frédéric soulève les citoyens «jontre les seigneurs ; il fait épouser à un de ses fils, Enzio, Adelasia, riche héritière de Sardaigne, et lui confère le titre de roi de ce pays. Sur le pape, il réclame le duché de Spolète et la marche d’Ancône. En Sicile, il fait expulser tous les dominicains et franciscains qui conspiraient contre lui, lève une contribution sur le clergé, et interdit toute communication entre ses sujets et le saint-siège. Lui seul, disait-il, par la voix de ses légistes, était le maître, « il était la loi vivante sur terre ( animata lex in tends) ».

Grégoire IX ne tomba pas au moins sans combat; il frappa de l'anathème cet impie, ce monstre vomi par la

mer , déjà en marche sur Rome. Il souleva le peuple dans les villes féodales contre les seigneurs châtelains; et il soutint ceux-ci contre le peuple dans les villes romaines; on prit les armes moins pour le pape et l’empereur qu’en haine les uns des autres. On ne se battit pas seulement do ville à ville, mais dans les villes. Les chroniques en font foi. Les routes sont pleines d’exilés. « Hélas, dit l’un, nos amis sont en exil, pourquoi ne rentrent-ils pas dans leurs foyers. » A Pérouse, dit un autre, « les pères combattaient les fils, les fils levaient l’épée contre leurs pères » et on pouvait dire de beaucoup de villes comme Platina de Mantoue: «Au milieu de tant de confusion la ville fut entièrement dévastée et abandonnée par un tiers de ses habitants. »

A bout de moyens, le pape enfin déclara l’empereur déchu de sa couronne impériale et la proposa à Robert d’Artois, frère du roi de France. Louis IX porta au pape le dernier coup. Il refusa pour son frère, et écrivit de sévères admonestations au pontife, «qui voulait avec l’Empereur fouler tous les rois à ses pieds.» Frédéric II, qui rendait au pape injure pour injure et le traitait d’antéchrist , après s’être heurté contre les résistancee des villes lombardes renfermées dans leurs murailles , prit Ravenne , Bénévent et commença à bloquer son adversaire dans Rome. Le courageux vieillard tenta de mettre la chrétienté entre lui et son adversaire ; il convoqua pour la fin de l’année 1241, dans l’église de Saint-Jean deLatran,un concile général. Gênes, où furent envoyés deux légats, mit ses flottes à la disposition des prélats qui se dirigeaient en foule vers son port. Mais Frédéric joignit ses flottes à celles de Pise et attaqua la flotte qui portait le concile, près de Meloria, en face de l’île de Monte-Ghristo. Les Génois furent complètement défaits. Vingt-deux bâtiments avec leurs passagers, dont deux cardinaux, une foule d’évêques, d’abbés, de députés des villes lombardes tombèrent au pouvoir du vainqueur. L’Empereur fit conduire les prélats à Pise et les chargea de chaînes d’argent. Jamais affront plus sanglant n’avait été fait au saint-siège ; la bataille maritime

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