‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 102 sur 338 · LIVRE vn · texte numérisé non relu

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jusque dans le royaume de prédilection de Frédéric. La lutte pour la suprématie entre le pape et l’empereur, entre l’esprit théocratique et l’esprit laïque, s’exaspérait de toute l’ardeur des passions nationales de l’Italie contre l’Allemagne et des rivalités des classes et des localités italiennes entre elles.

L’Empereur maintint quelque temps la Lombardie par Eccelino, la Romagne et la Toscane par ses deux fils naturels, Enzio etManfred, le royaume de Naples par lui-même, le tout au milieu de conspirations qu’il punissait par les plus grandes cruautés. Mais en 1247 la ville de Parme tomba aux mains du parti guelfe. L’Empereur chercha en vain à reprendre cette place importante qui mettait en rapport toutes les villes guelfes. Il s’y obstina un an, et fit bâtir aux portes mêmes de Parme la ville de Vittoria pour prouver que le siège ne serait jamais levé. Le cardinal légat Grégoire, qui défendait la ville, surprit Vittofia, pendant une courte absence de Frédéric, la livra aux flammes, prit Thaddée de Suessa, qui fut coupé en morceaux, et poursuivit l’Empereur jusqu’à Borgo San Donnino. Presque toute la contrée redevint guelfe. Un échec plus grave encore suivit celui-ci dans la Romagne ; le cardinal Ottaviano Ubaldini, de Bologne, centre de ses opérations, pressait Modène et Reggio. Le jeune Enzio, à la tête de quinze mille gibelins, marcha au secours de ces deux villes, rencontra les milices bolonaises non loin d’Oliveto, fut battu, mis en fuite, trahi dans sa retraite par une boucle de ses beaux cheveux blonds, et ramené prisonnier à Bologne où on refusa opiniâtrement de !e rendre à son père (1249).

Ce coup atteignit profondément Frédéric II. Il voyait tous les siens tombés comme Thaddée de Suessa et Enzio, ou traîtres comme Pierre des Vignes, qui, privé de la vue par son ordre, se brisa la tête contre la muraille. Quelquefois il songeait à se soumettre et offrait d’abdiquer l’empire, d’aller mourir en Terre Sainte; il consentait à ce que l’Allemagne et la Sicile fussent divisées, mais au moins entre ses enfants légitimes. Mais Innocent poursuivait l’a-

néantissement do cette race de vipères, et la conquête de la Sicile; il était inexorable. Alors l’Empereur brisé, malade de fureur, appelait de nouveaux Sarrasins d’Afrique pour se venger sur Rome et il avait envie de s’adresser aux Mongols. Il rêvait de prendre, comme un prince musulman, le gouvernement de l’Église pour la réformer, en la soumettant à l’État. C’était reconstituer le pouvoir impérial comme un califat d'Occident. Au moment où Eccelino répandait des torrents de sang pour lui donner la main, la mort subite de l’Empereur à Fiorenzuola, dans la Gapitanate (13 décembre 1250), épargna à l’Italie une dernière lutte qui eût atteint le paroxysme de la fureur et du délire. Apaisé à ses derniers moments, Frédéric II dicta son testament et mourut chrétiennement entre les bras de deux prêtres, mais sans vouloir rien sacrifier des droits de ses héritiers. Sa mort cependant annonça la chute dé la domination allemande et de l’autorité impériale en Italie.

Le fils de Frédéric II, Conrad IV, roi des Romains, avait trop à faire d’abord contre les anticésars qui lui étaient opposés, en Allemagne, pour songer à l’Italie. Au midi de la péninsule, un fils de Frédéric II, Manfred, prince de Tarente, déclaré par le testament de son père vice-roi des Deux-Siciles en l’absence de Conrad, était de naissance illégitime et âgé seulement de vingt ans. Les fureurs d’Eccelino, au nord de l’Italie, le faisaient détester de tous, et l’Allemagne était alors bien désintéressée de ces expéditions et de ces conquêtes lointaines qui faisaient de ses princes autant d’étrangers qui ne s’adressaient à elle que pour lui demander son sang au profit de leur ambition.

Innocent IV, qui avait sauvé à Lyon l’Italie compromise à Cortenuova, revint en triomphe en Italie (1251); les Génois coururent au-devant de leur concitoyen. L’ovation de Milan surpassa encore celle de Gênes. La multitude, rangée sur le passage du pontife, couvrit la route jusqu’à dix mille pas hors des murs. Innocent crut le moment venu de rétablir la domination du saint-siège dans toute la péninsule. Il tint cour plénière dans la capitale de la Lombardie, revendiqua la propriété entière du royaume de Si-

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