‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 103 sur 338 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

cile, prononça entre les factions, nomma de sa propre autorité le podestat de Milan, et lança l’excommunication contre Eccelino. «Dieu soit loué» s’écriait le pontife victorieux «la tempête menaçante s’est changée en une bienfaisante rosée;» et il prêchait déjà une croisade contre les héritiers de Frédéric II, et espérait faire révolter contre eux les Napolitains. Rome, la première, ne lui fit pas un si bon aecueil ; lasse, comme la plupart des autres républiques de la turbulence des nobles, elle avait confié le pouvoir pour trois ans à un podestat bolonais du nom de Brancaleone, qui ne l’avait accepté que comme une dictature. Ce rude sénateur, qui ne souffrait pas un délit sans le punir, qui rasait les maisons fortifiées des gentilshommes au moindre prétexte, et laissa un souvenir cher aux Romains, ne comprit pas qu’innocent IV voulût faire ses conditions avant d’-entrer dans la ville. Sous prétexte qu’il était malséant à un pape d’errer sans feu ni lieu, il enleva Innocent, l’amena dans Rome bon gré mal gré, l’y surveilla et le tint en bride tout comme un autre.

L’arrivée et les rapides succès du jeune Conrad IV, «cet autre Archelaüs, fils d’un nouvel Hérode » vainqueur de ses compétiteurs allemands, firent craindre un instant que tout ne fut pas encore fini par la mort de Frédéric. Débarqué sur les flottes de la Sicile et de Pise, au pied du mont Gargano, Conrad n’eut qu’à se présenter sur un terrain bien préparé par Manfred pour se faire reconnaître partout. L’abbaye du mont Cassin, sur sa montagne crénelée, fut escaladée. Naples fut emportée d’assaut, et Conrad fit mettre un mors au cheval de bronze , symbole de l’antique Parthénope. Mais la mort prématurée de ce jeune homme mit soudainement un terme à la lutte qui recommençait. Il ne laissait pour héritier qu’un enfant, le jeune Gonradin. Les grands vassaux allemands ne tinrent point compte de ce dernier rejeton légitime de Frédéric II; ils offrirent la couronne impériale à des étrangers, à un Richard de Cornouailles, à un Alphonse de Castille, qui ne mirent jamais le pied dans leur empire; et ainsi ils donnèrent lieu à ce grand interrègne qui ne permit plus à l’Allemagne,

pour longtemps, de peser sur l’Italie. «Autant vaudrait m’avoir dit», s’écriait un jour le premier, au sujet de l’empire, «comte, je te donne la lune, va la prendre». L’empire allemand, comme épuisé après tant de luttes, tombait pour ainsi dire de lui-mème et affranchissait la péninsule de toute domination étrangère ainsi que le reste de l’Europe de la crainte d’une domination universelle. Ce résultat était dû en grande partie à la papauté. Heureuse l’Italio si le saint-siège l’avait également délivrée de toute ambition et de toute discorde !

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