L’ITALIE MONARCHIQUE ET ANGEVINE (I2S
Alexandre IV; Manfred, roi de Naples (1054-1061); Clément IV, Martin IV; conquête de Naples par Charles d’Anjou ; mort de Manfred et de Conradin. Projets de Charles, sa puissance en Italie et en Orient; restauration de l’empire d’Allemagne par Rodolphe de Habsbourg ; Grégoire X, Nicolas III (1261-1280). — Les Vêpres siciliennes, chute de Charles d’Anjou ; Naples reste à Charles le Boiteux ; la Sicile passe aux Aragonais (1282-1285). — Boniface VIII; son ambition, ses luttes, sa fin (1284-1303).
Alexandre IV; Manfred, roi de Ifaplea (1M4-1M1).
La chute de la dynastie souabe et de la domination allemande en Italie commençait pour la péninsule une période nouvelle, celle de l’indépendance.
Elle a duré depuis le milieu du treizième siècle jusqu’au milieu du seizième. Et, pendant cette longue période, la péninsule jouit d’une grande prospérité et jette un grand éclat. Les crises, les vicissitudes, les catastrophes même, ne lui sont point épargnées. Un historien italien, ajoutant au nombre des révolutions de cette époque celle des époques qui ont précédé et qui ont suivi dans tous ses petits Etats, porte cette statistique au chiffre fantastique de plusieurs millions. Bien que l’Italie soit arrivée à la prospérité et à l’éclat à travers ce régime ou plutôt cette absence de régime, ne devait-elle pas payer ces révolutions qui ne lui
L'ITALIE ANGEVINE
permirent point alors do trouver une constitution générale, nationale, de la perte d’une indépendance si chèrement acquise? L’anarchie ne la conduirait-t-elle pas au despotisme et celui-ci à la servitude sous l’étranger?
L’empire, en se retirant, avait laissé dans la plaie le fer dont 1’Italie devait longtemps souffrir : l’esprit de parti et de factions; et la papauté, victorieuse des Hohenstaufifen, mais non sans dommage pour sa puissance matérielle et morale, s’était trop compromise dans les luttes pour pouvoir triompher de ce mal. En dehors de ces deux pouvoirs dont on n’évoquait plus que le souvenir et les noms vides de Guelfe et de Gibelin, on ne s’attacha plus à aucun principe et l’on marcha longtemps au hasard des événements. La ligue lombarde conclue entre les villes n’avait malheureusement pas survécu à la lutte ; et une autre constitution, seule née du danger, celle des podestats, était restée toute-puissante. Un grand nombre de seigneurs lui devaient leur fortune dans les villes; ils n’étaient guère disposés à l’abandonner, malgré les réclamations des bourgeois en faveur de leurs vieilles libertés. Ainsi Eccelino dominait maintenant en maître àPadoue, à Vicence, à Vérone ; Albéric, son frère, à TréVise ; le marquis d’Este, à Ferrare. La ville de Milan, la première des républiques lombardes en 1241, lasse, il est vrai, des factions de la noblesse, avait nommé capitaine du peuple , avec de pleins pouvoirs, un puissant seigneur, Pagano délia Torre, qui l’avait sauvée d’une ruine complète après la défaite de Gorte-Nuova. Dans la Romagne enfin les Manfredi, les Malatesta, apparaissaient déjà à la tète des villes de Faenza et de Rimini. Les villes de la Toscane seules conservaient encore sans atteinte cette liberté qu’elles avaient conquise après les autres et qu’elles devaient conserver plus longtemps.
Au midi, le royaume créé par le saint-siège, organisé par les empereurs souabes des deux côtés du Phare, était une autre cause de discordes. Seul État monarchique dans la péninsule, il était en opposition naturelle avec toutes les cités libres. Vassal des papes, il excitait leur haine et