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pérance. L’Italie, effrayée de la puissance de Manfred, se livra avec moins de défiance que le saint-siège. Le Montferrat, en rapports fréquents de voisinage avec la Provence, ouvrit tous les passages des Alpes, quand Béatrice ellemême, la fière et courageuse femme de Charles d’Anjou, ayant à ses côtés son gendre, Robert de Béthume, et Traissignies, son connétable, entra en Italie à la tête d’une brillante armée de 20 000 hommes (1265). Le seigneur de Milan délia Torre la conduisit à travers le Milanais jusqu’à l’Oglio, où le marquis Obizzo d’Este et le comte Saint- Boniface vinrent la prendre et la conduisirent sur les terres du saint-siège.
L’entente devint plus complète aussi de la part du pontife lorsqu’à la place d’Urbain monta sur le trône un pape français, Clément IV, tout dévoué à la maison de France dont il avait été le ministre (1265). Charles s’embarqua alors à Marseille avec 1000 chevaliers pour se rendre aux bouches du Tibre et prendre le commandement de son armée à Rome. Battu d’une affreuse tempête , il n’échappa qu’avec peine à la flotte ennemie, et entra comme par miracle sur une barque dans Rome ; mais il y fut reçu avec le plus grand enthousiasme ; Clément IV lança l’excommunication sur Manfred et les siens , donna à l’expédition toute la couleur d’une croisade, ordonna la levée d’un décime sur le clergé, et, dans le besoin d’argent où était Charles d’Anjou, donna hypothèque aux banquiers de Pise, de Florence et de Gênes sur les basiliques romaines.
Couronné roi de Sicile par quatre cardinaux, « résolu à envoyer son ennemi en enfer ou à se faire mettre en paradis », Charles d’Anjou se dirigea alors sur les frontières du royaume de Naples à la tête de son armée, augmentée de 400 émigrés guelfes de Florence , et de 4000 Bolonais entraînés par les prédications d’un évêque. La trahison éclaircit les rangs de l’armée de Manfred. Le comte de Caserte livra le passage du Garigliano ; l’ardeur française emporta le couvent fortifié du mont Cassin. Manfred se replia sous les murs de Bénévent, et offrit la bataille sur les bords du Galore dans la plaine de Grandella, quoiqu’il
L’ITALIE ANGEVINE
eût pu épuiser peut-être son ennemi par une guerre de détails (26 février 1266). Les Allemands et les Sarrasins eurent d’abord le dessus: mais Charles d’Anjou, combattant des excommuniés, des infidèles, crut pouvoir donner l’ordre, considéré alors comme déloyal, de frapper aux chevaux. L’armée de Manfred commença à plier; le comte délia Serra, celui de Caserte, le grand trésorier, tous les Apuliens, « devenus couards ce jour-là», selon l’énergique parole du poète, donnèrent l’exemple de la fuite. La chute de l’aigle d’argent qui formait le cimier de son casque persuada à Manfred que c’en était fait. Il se jeta au milieu des ennemis pour ne pas survivre à sa défaite et y trouva la mort. L’armée française ensevelit d’abord le brave chevalier sous un monceau de pierres apportées par chaque soldat près du pont de Bénévent ; mais le légat du pape fit déterrer et jeter dans le Garigliano le cadavre de l’excommunié.
Charles d’Anjou, après avoir rempli les espérances du saint-siège, légitima bientôt ses craintes. Il laissa d’abord ses soldats dépeupler, ruiner par le meurtre et le pillage la ville de Bénévent qu’il était obligé de rendre au pape. Entré triomphalement à Naples, reconnu des deux côtés du Phare, il ne se contenta pas de faire périr, de dépouiller tous les partisans de Manfred, de réintégrer les exilés, de donner les dépouilles des vaincus, toutes les charges, tous les grands fiefs à des Provençaux; il montra de bonne heure que son affermissement en Sicile n’était que le prélude de sa domination en Italie.
Les Guelfes étaient rentrés dans toutes les villes de la Lombardie. Guido Novello à Florence tenait presque seul le drapeau gibelin en Italie. Charles l’attaqua. En vain Novello essaya quelque temps de faire un compromis avec les Guelfes en appelant au gouvernement de Florence deux membres d’une sorte d’ordre mi-parti religieux mi-parti militaire, dispensé des vœux de chasteté et de pauvreté, et appelé pour cela les frères de la joie (frati gaudenti). Ceux-ci dotèrent Florence d’institutions nouvelles en établissant un conseil de trente-six prud’hommes et en fon-