LIVRE VIII
dant et en distinguant les premiers les corporations des arts majeurs et mineurs ; mais ils ne furent d’aucun secours à Novello et aux gibelins. A l’approche de Guy de Montfort, chevalier français, envoyé à la tête de 800 cavaliers, Guido Novello s’enfuit pendant la nuit avec les gibelins ; ses biens et ceux de ses partisans furent confisqués; les conseils de la république recomposés à l’exclusion de tout noble. Charles d’Anjou, proclamé seigneur de Florence pour dix ans, détruisit le Porto-Pisano, pour se venger de la plus gibeline des villes de Toscane. Triste victoire pour la démocratique Florence : elle frappait Pise son ennemie extérieure et les nobles ses adversaires du dedans; mais elle tombait sous un maître étranger (1267).
Le pape Clément IV, malgré son dévouement à la maison de France, s’effraya; mais un danger commun les réunit encore quelque temps. Les bannis gibelins du royaume de Naples, de Toscane, de Lombardie, selon la funeste habitude des exilés de tous les partis, avaient à leur tour cherché un appui au dehors pour relever leur fortune. Lancia et Gapece, nobles napolitains, des envoyés de Pise, étaient parvenus à persuader au dernier descendant légitime des Hohenstauffen, Conradin, de venir réclamer son héritage de Sicile. Ce jeune homme de seize ans, dépouillé par ses oncles de ses biens patrimoniaux en Bavière, délaissé par sa mère, qui s’était remariée , d’ailleurs brave, héroïque, n’ayant pour tout ami qu’un orphelin , jeune comme lui , dépouillé comme lui, Frédéric d’Autriche, avait cédé facilement à la tentation. On le vit bientôt descendre les Alpes à la tête d’une armée de 10 000 hommes soldés par les Gibelins, et traverser la Lombardie, tandis que Lancia et Capece s’embarquaient sur des vaisseaux pisans pour aller soulever la Sicile.
Tout parut un instant réussir au jeune homme dont l’héroïque confiance attendrissait l’Italie. Rome se déclara pour Conradin. La Sicile en feu, la ville sarrasine de Lucera soulevée, mirent le pape et Charles entre deux ennemis. Clément effrayé fulmina l’anathème contre le petit-fils de Frédéric II; il ne marchanda plus avec Charles, le nomma
L’ITALIE ANGEVINE. 213
vicaire impérial en Italie, et le pressa d’aller réprimer les Sarrasins de Lucera, qu’il craignait avant tout. Corradino, comme l’appelaient les Italiens dans leur tendre enthousiasme, entra dans Rome sous des arcs de triomphe élevés à l’improviste; au milieu d’une population ivre de joie, il fut conduit par un chœur de jeunes filles jusqu’au Capitole. Clément, tout en répétant qu’on c menait l’agneau à la boucherie », n’était point entièrement rassuré.
Tandis que Charles d’Anjou pressait Lucera, le jeune Conradin, dans l’intention de tourner la forte position du Garigliano, se jeta par la voie Valéria dans les Abruzzes à la tête de ses troupes allemandes, italiennes et espagnoles, pour regagner Lucera, y faire sa jonction avec les Sarrasins et marcher de là sur Naples. Mais la rapidité de Charles d’Anjou déjoue cette tactique : en trois jours, à la tète de l’élite de ses troupes, il fait vingt-cinq milles et vient présenter la bataille à son adversaire dans la plaine de Paîenta, à quelque distance du petit village de Tagliacozzo. Son armée était très-inférieure en nombre. Le connétable de Champagne, Êrard de Saint-Valéry, y supplée par la ruse. Il se cache dans un pli du terrain, masqué par une colline, avec Charles d’Anjou et les meilleurs chevaliers de l’armée. Placé là en embuscade, il laisse Conradin .et les siens battre et disperser les deux premières lignes de l’armée angevine, puis s’élance tout à coup quand l’ennemi, victorieux et fatigué, commençait à se reposer ou à piller. Il en eut bon marché : Conradin et son ami Frédéric, mis en fuite, furent faits prisonniers, et livrés à Charles d’Anjou (23'août 1268.)
Charles fit de la victoire un usage odieux. Lejeune Conradin et Frédéric comparurent devant une cour de justice composée de syndics du royaume des Deux-Siciles, de barons provençaux et de jurisconsultes, présidée par le vainqueur. Accusés de révolte contre le roi de Sicile et contre la sainte Église romaine, ils furent condamnés à mort sur le vote d’un seul juge. On leur annonça leur sort comme ils étaient occupés à jouer tranquillement aux échecs. « Quelle affreuse nouvelle pour ma pauvre mère! » se