‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 108 sur 338 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

contenta de dire le jeune Conradin. Le lendemain , après avoir protesté à haute voix contre la sentence , qui lui fut lue par un scribe, il donna un dernier embrassement à son fidèle Frédéric et demanda pour toute grâce de porter le premier sa tête sur le billot et de ne pas être témoin du supplice des compagnons de sa mauvaise fortune. Sa mort courageuse fit une telle impression sur les chevaliers français que le gendre même du roi se jeta l’épée à la main sur le scribe qui avait osé, lui vilain, prononcer la sentence « d’un si gentil seigneur. » Le duc Charles d’Anjou trouva que son gendre avait agi en bon chevalier, mais il n’en fit pas moins exécuter tous ceux qui avaient pris part à la révolte.

Cette défaite mit le comble à la puissance du nouveau roi de Naples. A Rome, Charles prit la dignité de sénateur, condamna 130 barons, convaincus de félonie, à avoir une jambe coupée, puis, se ravisant, par meilleur conseil , ordonna de les transférer dans une baraque de bois à laquelle il fit mettre le feu. Dans la Toscane, la ville de Sienne fut imposée à 1 1 000 drachmes pour avoir ouvert ses portes à Conradin. En Lombardie tout se soumit. D’un bout à l’autre de l’Italie, des Alpes au golfe de Tarente, Charles d’Anjou, sous le nom de roi , vicaire impérial , ou de pacificateur , domina par lui-même ou par les guelfes.

Père de deux fils, dont l’un avait épousé la fille unique du roi de Hongrie, l’autre l’héritière de la principauté d’Achaïe; de deux filles, l’une mariée au fils du duc de Flandre, l’autre au roi titulaire de Thessalonique , héritier nominal de l’empire latin tombé; époux lui-même en secondes noces , d’une fille du duc de Bourgogne , ayant la main partout, le conquérant de Naples et de la Sicile formait des projets gigantesques. Maître déjà des côtes de l’Albanie , de Gorfou, dont il s’était emparé sur la veuve de Manfred, restée prisonnière ; suzerain de l’Achaïe et de la Moréc, il n’avait plus qu’à diriger sur Byzance contre Paléologue la flotte qu’il rassemblait à grands frais dans le port de Brindes; et il rétablissait non plus le petit empire latin des Baudouins, mais l’ancien empire d’O-

L’ITALIE ANGEVINE

rient, avec l’Italie comme annexe; la soumission de toute la péninsule après la conquête de Naples n’était que le premier degré de sa grandeur. En réalisant ce rêve, depuis longtemps caressé, Charles accomplissait une œuvre toute chrétienne; il éteignait un schisme, il réunissait, chose longtemps désirée, l’Église grecque à la latine et opposait une barrière puissante aux progrès tous les jours plus menaçants des Turcs. En travaillant pour sa grandeur, il faisait les affaires du saint-siège et celles de la chrétienté.

Mais quoi ! la papauté n’aurait-elle renversé la maison do Hohenstauffen, l’empire d’Occident, que pour élever au-dessus d’elle la maison d’Anjou et l’empire d’Orient? L’Italie ne se serait-elle soustraite à la dépendance des successeurs germaniques de Charlemagne que pour tomber sous celle des successeurs angevins de Constantin? Le danger fut aperçu. Quand Charles d’Anjou, réunit en 1269 une diète à Crémone pour se faire nommer seigneur des villes lombardes et devenir ainsi le chef du parti guelfe, Milan, Bergame, Alexandrie, Bologne, ainsi que le seigneur de Montferrat, aimèrent mieux avoir le roi de Sicile pour ami que pour seigneur. Obligé, encore un peu plus tard, d’ajourner ses projets pour accompagner son frère saint Louis dans une croisade (1270), Charles trouva au moins un dédommagement à ce retard en détournant à son profit cette expédition sur Tunis. Arrivé sur la plage au moment où le roi de France mourait comme martyr, il ne poussa la guerre contre les Maures que pour leur arracher un traité qui assurait aux chrétiens des franchises de commerce dans leurs ports, et obtenir du sultan le tribut déjà payé à ses prédécesseurs les rois normands.

Ce fut dans le saint-siège que l’ambition de Charles d’Anjou rencontra le plus d’obstacles.

Après un intervalle de deux ans, l’autorité du docteur séraphique , saint Bonaventure, qui fit enfermer séparément les cardinaux dans leur palais de Viterbo, et l’impatience du peuple, qui enleva la toiture du palais pour hâter la fin du conclave, arrachèrent enfin l’élection de Grégoire X.

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