‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 110 sur 338 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

et il ne revendiquait pas pour lui les prétentions d’un autre temps; son ambition était d’étouffer les vieux partis, et de constituer la puissance politique du saint-siège entre la monarchie méridionale et les républiques du Nord, pour assurer leur équilibre au dedans, et leur servir de protection au dehors. Idée simple et juste qui eût pu garantir l’indépendance péninsulaire.

Aussi, quand Nicolas III mourut (1280), persuadé que l’Italie, l’Orient, ne pouvaient lui être assurés que par le saint-siège, le roi de Sicile accourut à Viterhe, força les portes du conclave, enleva trois des cardinaux qui lui étaient le plus hostiles, et emporta d’assaut l’élection d’un Français qui devait lui être tout dévoué, Martin IV. En effet le roi Charles fut investi de nouveau par sa créature de la dignité de sénateur de Home et recouvra toute la puissance dont il avait déjà joui précédemment en Italie. Il acheva ses derniers préparatifs, leva une contribution forcée, rassembla tous ses vassaux, dirigea tous ses soldats aux ports de Manfredonia, de Tarente et de Brindes, n’attendant plus qu’un bon vent pour prendre, à la tête de quinze mille hommes et de cent vingt galères, la route du Bosphore. Mais, en s’assurant du concours de la papauté, le roi de Sicile avait oublié de gagner l’affection de son peuple.

let Vêpres siciliennes; chute de Charles d'Anjou; Naples reste h Charles le Boiteux ; la Miellé passe aux Aragonals (* *8*-lSS«).

Les rigueurs par lesquelles Charles d’Anjou avait essayé d’affermir sa conquête avaient souvent dépassé le but. La régularité que son gouvernement apportait, surtout dans l’exécution des mesures fiscales inventées par les rois normands, avait répandu partout la haine de sa domination, mais particulièrement dans la Sicile. La royale Palcrme, que les rois normands et souabes s’étaient plu à orner de splendides monuments, n’avait pasvu sans dépit son rang passer à la ville continentale de Naples, qui semblait à Charles d’Anjou une capitale plus appropriée à sa puis—

L’ITALIE ANGEVINE

sance en Italie et à ses vastes desseins; le reste de l’île, laissé en proie à des agents, qui traitaient avec rudesse et insolence une population dont ils ne comprenaient pas les mœurs et dans laquelle ils ne voyaient que des patarins , ressentait doublement le poids d’une tyrannie de seconde main. Une fermentation sourde et mal étouffée chez ce peuple sombre et concentré, mais susceptible et fier, aurait pu avertir Charles d’Anjou. Il ne vit rien ou ne voulut rien voir.

Quelques nobles cependant, un certain Jean de Procida, médecin, autrefois serviteur de Frédéric II et de Manfred, maintenant réfugié auprès de don Pèdre III, roi d’Aragon, et de sa femme Constance; un Alaimo daLentini, resté en Sicile sous la domination étrangère, cherchaient, dans le cas d’une éruption que le mécontement rendait inévitable, à assurer à leur patrie le secours d’un roi intéressé par son ambition et par ses liens de famille à en prendre la défense. Jean de Procida surtout n’avait rien négligé depuis qu’il avait été outragé par un seigneur français. Il avait, pendant quatre ans, parcouru , déguisé en franciscain, l’Espagne, l’Italie, la Sicile, la Grèce. Il s’était vu au moment de réunir le pape Nicolas, Paléologue et don Pèdre, contre son ennemi. Il avait enfin décidé à agir le dernier qui avait recueilli le gant jeté, disait-on, de l’échafaud par le malheureux Gonradin. Don Pèdre III d’Aragon était sûr de tous les chefs du parti gibelin ; monté sur une flotte lentement rassemblée à Port-Fangos, il errait avec cent cinquante voiles aux côtes d’Afrique, sous prétexte d’une croisade contre les Barbaresques, au moment même où Charles d’Anjou s’apprêtait à mettre à la voile au port de Brindes. Trop clairvoyant pour pouvoir se méprendre sur de pareils mouvements, le roi de Sicile se contentait cependant de traiter le roi d’Aragon de misérable, et ne se détournait point de ses projets contre l’Orient par crainte de celui qu’il regardait comme un si petit prince.

Mais, le lundi de Pâques de l’année 1282* (30 mars), une

1. Voir en plus grands détails, d’après les documents les plus récents

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