‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 112 sur 338 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

clergé, qui lui assurèrent la fidélité de ses nouveaux sujets. Un traité intervint. La Sicile fut pour longtemps séparée du royaume de Naples; et, par cette scission, l’Italie fut soustraite à l’influence de cette royauté du Midi, comme elle l’avait été précédemment, par la mort de Frédéric II, à celle de l’empire du Nord.

La papauté, debout au milieu des débris d’un empire qu’elle avait renversé et d’un royaume qu’elle n’avait plus à craindre, semblait seule capable d’exercer alors une influence prépondérante dans la péninsule divisée. Chose étrange ! le saint siège se trouva aussi déchu au milieu des ruines qu’il avait faites. Les papes, sans puissance à Rome depuis la révolution communale, élus tantôt à Viterbe, tantôt à Assise, appelés, chassés, rappelés tour à tour par la ville éternelle, n’avaient plus d’autorité politique en Italie, que comme soutiens ou adversaires, tantôt des empereurs, tantôt des rois de Naples ; ils devaient toute leur influence aux intérêts et aux partis dont ils se faisaient les chefs ou les défenseurs, non à leur propre foroe matérielle ou morale qui se perdait dans la lutte. Dès que le saintsiège n’eut plus rien à combattre ou à défendre, il s’affaissa au milieu de l’indifférence commune, ou s’avilit dans d’étroites et mesquines luttes; impuisant à rien entreprendre de grand, n’ayant plus à sauver l’Italie de l’Empire ou de Naples, ne pouvant la sauver d’elle-même, il trouva bientôt la fin tragique de Boniface VIII !

Boniface VIII ; son ambition, ne» lutte*, aa fin (1*84-1303).

Le pontificat de Boniface VIII montra que le saint-siège en était arrivé à un point où il n’avait plus qu’à se compromettre et à se perdre en se jetant encore au milieu de ces luttes sans principes. Ce pape, qui avait arraché son abdication, moitié par intimidation, moitié par ruse, à Célestin V, moine visionnaire et ne sachant rien des choses de la terre, voulait intervenir dans les affaires des rois de France, d’Angleterre, d’Ecosse et de Hongrie. Cependant le sujet principal de sa querelle avec le premier de ces

L’ITALIE ANGEVINE

souverains, Philippe le Bel, attesta la déchéance de la papauté. Il n’interdit pas à ce prince laïque le droit d’investiture ; il lui défendit seulement d’exiger du clergé la dîme, ou tout autre impôt. Le saint-siège en effet s’était consolé de ses échecs politiques en levant force tributs sur le clergé; annates, réserves, expectatives, etc. ; il ne voulait point partager ; et la question de domination se trouvait changée en une question d’argent.

Dans l’Italie cependant, Boniface prétendit davantage; il voulut être le maître. L’excommunication et la déposition frappèrent les deux cardinaux Pierre et Jacques Colonna, maîtres alors de Rome et ses. ennemis. Une croisade, prêchée même contre toute cette famille, la dépouilla des châteaux et domaines qu’elle possédait aux environs de Rome. La menace de l’anathème suspendue sur don Jayme, devenu aussi roi d’Aragon après la mort de son frère, et sur sa mère Constance, que l’âge rendait plus docile, força le premier, par le traité d’Anagni (1295), à renoncer à la Sicile, en retour de la suzeraineté de la Corse et de la Sardaigne, qui appartenaient aux Génois et aux Pisans. Le pape ne fut pas long à s’apercevoir qu’il ne suffisait plus d’avoir l’ambition de Grégoire VII et d’innocent III. La réponse de Philippe le Bel fut dure ; il coupa les vivres au saint-siège, en interdisant l’exportation de l’argent monnayé hors de ses États. Les Colonna, chassés allèrent semer partout la haine et la défiance contre le nouveau pontife. Les Siciliens, en dépit des anathèmes pontificaux, refusèrent de retomber sous la domination angevine, et prirent pour roi le frère de don Jayme, Frédéric, dont le nom leur rappelait un souvenir cher.

Mais l’an 1300 exalta l’imagination du pape. Il avait décrété le grand pardon séculaire pour ceux qui visiteraient pendant cette année, à Rome, les tombeaux des apôtres Pierre et Paul; et 200 000 chrétiens vinrent chercher cette rémission des dettes du ciel. Boniface n’y tint pas, il se crut tout-puissant. On le vit paraître dans les rues de Rome ceint de la couronne et revêtu de la pourpre impériale qu’il contestait alors à Albert d’Autriche. Deux hé-

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