‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 113 sur 338 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

rauts le précédaient, portant l’épée, le sceptre et le globe, et disant : « il n’y a pas d’autre roi des Romains que le souverain pontife » ou encore : «il y a ici deux épées ; Pierre, tu vois ici ton successeur, et vous, ô Christ, votre vicaire. »

Celui qui se croyait encore aux temps de Grégoire VII ou d’innocent III ne ménagea plus rien. Il manda en Italie Charles de Valois, frère du roi de France, Philippe le Bel, et le créa capitaine du patrimoine de Saint-Pierre, pacificateur de la Toscane, vicaire impérial de Lombardie, pour établir le paix, c’est-à-dire son autorité dans l’Italie, et chasser de Sicile Frédéric l’Aragonais. Les promesses ne lui coûtèrent pas pour décider Charles de Valois ; il se fit fort de lui faire épouser l’héritière de l’empire Latin, Catherine de Flandre, et, à défaut de cette couronne encore à conquérir, il lui promit son appui auprès des électeurs allemands pour celle de l’empire d’Occident.

Entré à Florence divisée alors par les factions des noirs et des blancs, à la tête d’un assez grand nombre de gens d’armes, grâce seulement, dit Dante, à l’arme dont se servit Judas, Charles de Valois y laissa pour longtemps la discorde et la haine. Poussé par le pape, il se déclara pour les premiers, les laissa courir sus à leurs ennemis, enlever leurs filles, brûler leurs maisons, porta contre une centaine de familles du parti blanc une sentence d’exil où furent enveloppés le poète Dante, comme prieur des arts, et le père de Pétrarque. L’unanimité des Siciliens contre le joug angevin, et la valeur de leur nouveau roi, Frédéric, ne laissèrent pas une carrière si facile au protégé de Boniface dans la Sicile ; battu dans plusieurs rencontres au cap Orlando et à Falconara, il fut heureux que Frédéric voulût bien renoncer au titre de roi de Sicile, tout en , gardant l’île entière avec le nom de roi de Trinacrie (1302)-, substitution de titre inventée pour sauver l’amour propre de Charles de Valois et la vanité du saint-siège, qui no voulait jamais paraître céder.

Boniface VIII ne gagna à tout le mouvement qu’il s’était donné que la haine ou au moins le mécontentement des Italiens ; et il s’en aperçut bien quand il voulut entrer

L'ITALIE ANGEVINE

en lutte avec le roi de France à propos d’une élection à un évéché. Vainement dans plusieurs bulles, et particulièrement dans la bulle Unam sanctam, il affirma plus hardiment encore que ses prédécesseurs, un ou deux siècles auparavant, la suprématie de la tiare pontificale sur la couronne royale. Philippe le Bel, fort de la réunion des trois États de la nation française autour de son trône, ne se contenta pas de lui faire une réponse outrageante : il fit hardiment mettre la main sur lui au sein même de la péninsule. Guillaume de Nogaret, un des principaux conseillers du roi de France, avait décidé son maître à terminer sa lutte avec le saint-siège parce coup hardi, et s’était chargé de l’exécution. Arrivé en Italie, sous prétexte de traiter avec le pape, il est rejoint par les Golonna, reçoit de l’argent des Florentins, pénètre en Toscane et machine tout, à loisir, au château de Staggia. Le pape était à Anagni. Il préparait contre Philippe le Bel une bulle de déposition. Un matin, Guillaume de Nogaret, avec Sciarra Golonna et quelques seigneurs des environs, surprend les portes de la ville aux cris de : Mort au pape ! Vive le roi de France! Tandis que ses cardinaux fuient, le pape, rachetant son ambition par son énergie, reçoit ses ennemis la tiare en tête, la dalmatique sur les épaules, et refuse l’abdication qu’on lui demande la menace à la bouche et le gantelet presque sur son visage. « Voilà ma tête ! » répond l’énergique vieillard ; « trahi, comme Jésus-Christ, s’il me faut mourir aussi, je mourrai pape. » Nogaret et Golonna, pour le réduire, le gardent à vue pendant trois jours, jusqu’à ce que le peuple d’Anagni, d’abord simple spectateur, le délivre en chassant ces étrangers qui avaient fini par se conduire insolemment dans la ville. Boniface VIII, après ces scènes violentes qui avaient altéré sa santé et peut-être sa raison, rentra à Rome sans qu’on montrât beaucoup plus de joie pour sa délivrance qu’on n’avait montré d’indignation pour sa captivité. Tristes sentiments devant une lin aussi tragique, et qui montra plus encore que l’outrage même d’Anagni la chute de la monarchie théocratique rêvée au moyen âge par la papauté.

BIST. D’ITàUB. 15

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