‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 114 sur 338 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

Clément V , la papauté en France. — Aristocratie et démocratie ; querelles intérieures; commerce, lettres, sciences et arts; Dante (1290- 1310). — Les républiques et les tyrans ; l’Italie sans empereurs et sans papes. — Les Visconti, les Scala, les Gonzague, Hugues de la • Fagginola, Castracani, Gaultier de Brienne (1310-1343). — Le poëtc Pétrarque et le tribun Nicolas Rienzi (1347). — La peste de 1348 et le jubilé de 1350; Boccace. — Jean Visconti, Clément VI et Innocent VI ; guerre de Sapienza; Charles de Luxembourg (1350-1356). — Barnabo Visconti; Albornoz; les condottieri; Catherine de Sienne (1356-1378).

Clément T; la papauté en France.

Après le pontificat de Benoît XI, qui mourut peut-être empoisonné, les cardinaux enfermés depuis neuf mois par les habitants de Pérouse ne pouvaient tomber d’accord. La majorité, grâce aux nominations faites par les papes français précédents, appartenant à la France, le cardinal-évêque a’Ostie parvint enfin à décider les cardinaux du parti italien à présenter trois candidats du parti français, mais ennemis du roi de France. La nomination de Bertrand de Goth, archevêque de Bordeaux, jusqu’alors adversaire de Philippe le Bel, n’en fit pas moins une révolution. La France, grâce à saint Louis d’abord, puis à Philippe le Bel, avait pris alors une immense importance dans la chrétienté. Elle dépassait l’Allemagne en prestige. La pa-

pauté, si maltraitée en Italie, à Rome même, qu’elle quittait si souvent, maintenant presque française par le pape et par le conclave, n’avait pour ainsi dire plus de place dans la Péninsule. Philippe le Bel, d’ailleurs, sut gagner ou intimider le nouvel élu. Clément V se fit donc couronner à Lyon et fixa son séjour en France, où ses prédécesseurs avaient d’ailleurs plusieurs fois trouvé asile, et où il commença la véritable, la longue captivité , celle de Babylone. Ainsi le pape, fixé en France par une nouveauté cependant étrange, manqua à l’Italie après l’empereur. Ce n’était pas assez, dit Dante, que « le césar tudesque méritât la colère divine pour avoir refusé d’enfourcher les arçons de l’Italie, cette bête féroce si rebelle à l’épéron, et permît que ce jardin de l’Empire devînt un désert ; » Clément V, » ce pasteur sans loi, venu de l’Occident, plus coupable que les plus simoniaques, alla, nouveau Jason, sous un nouvel Antiochus, abriter la laideur de ses actions sous la protection du petit-fils du boucher de Paris1, racine de cet arbre coupable qui nuit à toute la terre chrétienne ; » et la péninsule, pendant quelque temps, n’eut plus audessus d’elle que l’ombre de ces deux puissances qui l’avaient si souvent fatiguée de leurs interminables combats.

Aristocratie et démocratie; querelles Intérieures ; commerce, lettres, sciences et arts ; Vante (1 *00-â3 i0).

U semble que la double chute de la papauté et de l’Empire n’était pas faite pour exciter la colère du poète national de l’Italie, de celui qui aimait et défendait la liberté comme un guelfe, et qui s’élevait en vrai gibelin contre la puissance temporelle du saint-siège. La péninsule, en effet, avait déployé pendant deux siècles toutes les ressources de la politique la plus mobile et du courage le plus persévérant, pour conquérir la liberté en poussant l’un con-

1. Allusion à la prétendue origine des Capétien», Dante: Divine G’o médic.

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