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LIVRE IX

un homme de guerre célèbre en ce temps-là, Guido de Montefeltro, seigneur de la Romagne. Celui-ci, après avoir réorganisé Pise, parvint à arracher aux villes guelfes, en 1293, une paix qui restitua à peu près à la république ses anciennes frontières au prix de grands privilèges de commerce accordés aux Florentins, mais qui ne la releva pas d’un coup irréparable.

A l’abri de ces formes variées d’une indépendance tumultueuse, mais forte et féconde, et malgré ces luttes intestines, l’Italie atteint un degré de prospérité et de civilisation qui fait l’étonnement et l’envie du monde du moyen âge ; elle devient le centre, l’entrepôt du commerce de l’Orient et de l’Occident, le foyer des lumières et des arts. Jetée au milieu de la Méditerranée, elle relie non-seulement tous ses rivages par son commerce, mais les contrées les plus éloignées du levant et du couchant, du midi et du septentrion. Chaque ville se jette à son tour dans cette carrière du commerce pour y recueillir les richesses et la gloire.

Pise venait d’être frappée par la bataille de Meloria, il est vrai ; elle avait perdu la Corse, et ne possédait plus que la Sardaigne. Mais, avant de subir le sort qu’elle-même avait infligé à Amalfi, elle avait monopolisé le commerce de la Palestine, de l’Afrique et de l’Espagne. Maintenant Venise, Gênes, atteignent l’apogée de leur puissance, bien que la première tombe sous le joug d’une aristocratie d’ailleurs rude pour elle-même et soigneuse des intérêts du peuple, et que la seconde commence à aliéner sa liberté entre les mains de podestats ou de seigneurs étrangers, ;pour échapper aux rivalités des Doria et des Spinola. Venise, maîtresse de l’Adriatique, d’une partie des îles et des côtes de la Grèce, de plusieurs points du littoral en Asie et de l’île de Candie, entretient à la fin du treizième siècle trois cents gros navires et quarante-cinq galères, toujours complétementarmés, et un nombre double de vaisseaux marchands; ses flottes sont montées par trente-cinq mille marins; ses seules constructions navales occupent dix mille ouvriers. Sans négliger Constantinople et la mer Noire, elle fréquente principalement l’Égypte et Alexandrie ; mais son

ambition jette plus loin les yeux, et Marco Polo, son célèbre voyageur, en pénétrant jusqu’au fond de l’Asie, indique à son activité de nouvelles contrées. Gênes, qui n’était pas moins riche en navires, exploite, avec les côtes de l’Espagne et de la France, celles de l’Asie Mineure, les Dardanelles, où elle a à Constantinople le faubourg dePéra, et la mer Noire, au fond de laquelle sa colonie de Gaffa prend le nom de reine de la Crimée. Les soieries de la Chine, les épices, les bois de teinture, les pierreries de l’Inde, les parfums de l’Arabie, les tissus de Damas, le sucre du Levant, l’or et les plumes d’Afrique sont les principaux objets que les deux républiques marchandes répandentdans toute l’Europe, et font pénétrer même par le Rhin jusqu’aux Pays-bas, en Angleterre, en Suède et en Danemark.

Les villes de l’intérieur ne sont pas en retard sur celles de la côte. Les manufactures y sont très-actives, surtout celles de laine et même celles de soie. L’ordre des Humiliés en Lombardie a gagné d’immenses richesses en introduisant dans ce pays l’industrie de la laine. Milan est la reine de la Lombardie par sa population et son industrie. En 1288, elle comptait, selon Giulini, treize mille maisons, six mille fontaines, quatre cents fours à boulangers, cent cinquante hôtelleries, et près de deux cent mille habitants. Les fabriques d’armures, de harnais, de selles, de draps fins, y étaient très-nombreuses. D’autres villes la suivent, quoique de loin. En 1300, il se fabrique à Vérone vingt mille pièces de drap par an. Florence, au dire de Villani, est la plus prospère des villes de la Toscane. Elle compte vingt-cinq mille hommes en état de porter les armes; quatre-vingt-dix mille habitants dans Florence même, et quatre-vingt mille dans le territoire de la ville. Il y a cent dix églises en comptant celles des faubourgs, deux cents tissages de laine qui occupaient trente mille ouvriers et expédiaient quatre-vingt mille pièces de drap d’une valeur de douze mille sequins. Pise commence à perdre ; mais à Sienne, qui expédie beaucoup pour le Levant, la taxe de quatre livres, payée pour chaque pièce de drap exportée, est affermée six cents sequins.

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