LIVRE IX
pour en couronner la mère de toutes les églises. Le campanile élevé un peu plus tard porte encore plus l’empreinte de l’invasion gothique, venue à la suite de la domination allemande. Au seizième siècle, il étonnait Gharles-Quint accoutumé à la richesse des architectures arabe et flamande. Ces temples offrent un digne asile aux essais de Gimabuë, qui affranchit la peinture de la manière traditionnelle des Byzantins, et du Giotto, qui ajoute la grâce de l’expression à la sévérité du dessin de son maître.
Dans un autre ordre de faits, l’Italie était toujours la source originale des seules grandes sciences connues au moyen âge : le droit et la théologie. Les quatre fameux docteurs de Bologne, que nous avons trouvés en possession de la célébrité au temps de Frédéric Barberousse, ont laissé des successeurs dignes d’eux, et qui font longtemps autorité dans l’Europe entière. Accurse, né à Florence en 1182, disciple d’Azzo, professeur à Bologne, doué d’une mémoire prodigieuse, avait recueilli dans sa Grande Glose toutes les remarques, toutes les observations faites par ses prédécesseurs; il est pendant tout le treizième siècle l’idole des jurisconsultes, malgré les erreurs où l’entraîne souvent son peu de connaissance delà littérature ancienne. Bientôt Barthole, né en 1313, professeur à Bise, éclaircit par des Commentaires plus développés les Gloses d’ Accurse, et, dans un traité intitulé : Du Gouvernement et de la Tyrannie, signale la pente où se laissait glisser sa patrie.
Au onzième siècle, Lanfranc, né à Pavie en 1005, plus tard archevêque de Gantorbéry; Pierre Damien, né en 1001 ; saint Anselme, né à Aoste en 1034, successeur de Lanfranc, avaient réellement les premiers fondé la science de la scolastique, en appliquant le raisonnement à démontrer les choses de la loi, et la science à appuyer l’autorité de l’Église. Au douzième et au treizième siècle encore, l’inspiration italienne soutient, renouvelle cette science à double tranchant, aussi utile pour bâtir la cité ecclésiastique du moyen âge que pour édifier la Jérusalem céleste faite à l’image de la première. Pierre Lombard, né en 1154 près de Novare, donne à la théologie les plus
solides et les plus profondes assises dans son livre intitulé : Le Maître des sentences , tout entier fortifié de propositions extraites des Pères. Saint Bonaventure, né en 1221, surnommé le docteur séraphique , voyant le souverain bien dans l’union avec Dieu, et la vérité dans la contemplation du divin Être, surmonte l’édifice comme d'une mystique couronne. Saint Thomas d’Aquin, né en 1245, coordonne, cimente le tout avec la logique sévère d’Aristote, d’après le système complet et vigoureux qu’il laisse dans sa Somme théologique. Une seule tentative, celle de Jean de Parme, avait menacé l’unité et la continuité catholique du système; sa voix avait été promptement étouffée; il fut obligé par Martin IV de déposer le généralat des franciscains.
Il n’y a pas au moyen âge jusqu’à la médecine qui no prenne son essor en Italie pour dominer de là l’Europe entière. L’École de Salerne, déjà célèbre au neuvième siècle, érigée en Académie par Roger de Sicile, et confirmée par l’empereur Frédéric II, délivre des licences et des diplômes non-seulement pour l’Italie, mais pour tous les pays voisins, et la fleur de la sagesse de l’école salernitaine, quod flos medicinœ vocatur , composée pour la première fois par un poète médecin pour un roi d’Angleterre, fait autorité partout.
C’est dans la péninsule aussi que naît la première une des grandes littératures modernes. U n’y avait pas encore bien longtemps que Guillaume de Pouille rimait en latin les exploits de Guiscard ; le chapelain Donizon, la piété de la comtesse Mathilde, et Mussato, les crimes d’Eccelino. Au jubilé de l’an 1300, Villani a l’idée d’écrire l’histoire, « pour la gloire de Florence sa patrie, qui s’élève tandis que Rome est sur son déclin, » et depuis il s’acquitte do cette tâche avec une intelligence des choses et une gravité de style qui décèlent l’étude des modèles et la pratique de la vie politique. Enfin la poésie italienne abandonne les voies frayées par les poètes siciliens et lombards, imitateurs de ceux de la Provence. Brunetto Latini, Guido Cavalcanti, Florentins, savants et poètes à la fois, ouvrent la voie. L’instant de la maturité était arrivé; Dante Alighieri révèle