‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 12 sur 338 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

une bonne réception. Placidie le fit comte et lui donna presque le pouvoir qu’avait eu Constantius.

La conduite de ce barbare, qui pouvait à son gré puiser dans le réservoir de troupes de la Germanie, montra quel chemin les barbares, même alliés de Home, avaient fait depuis Stilicon. Jaloux de la faveur du comte d’Afrique, Boniface, ce barbare, Scythe de nation, païen de cœur, ambitieux et rusé, sut brouiller avec sa souveraine un serviteur fidèle, d’origmo et d’éducation romaines, chrétien zélé, qui, pour se sauver, introduisit en Afrique les Vandales, déjà maîtres d’une partie de l’Espagne. En vain Boniface reconnut son erreur, essaya de repousser les barbares, et défendit avec acharnement la ville d’Hippone, où mourut l’évêque saint Augustin. Quand il revint annoncer à Rome et à l’Italie qu’elles avaient perdu leur province nourricière (431), il retrouva encore son implacable ennemi. Aétius l’attaque avec ses fidèles Huns, lui livre bataille et le blesse mortellement; déclaré ennemi public par Placidie, il s’en inquiète peu, se retire avec les siens en Pannonie, sous la protection du roi des Huns, Rugila, et en revient bientôt avec une armée plus nombreuse encore imposer ses services à l’impératrice. Mais Rome avait perdu dans Carthage son grenier d’abondance. « L’âme de la république », dit Salvien, « est tombée captive des barbares. »

Nommé cette fois maître général de la milice, décoré même par quelques écrivains du temps du titre de duc et général des Romains de l'Occident , tout-puissant enfin à la cour de Ravenne, Aétius voulut bien défendre l’empire, et le fit avec courage et habileté, mais comme sa chose, et en ne tenant compte que de son intérêt. Le Vandale Genséric, maître de Carthage, inquiétait de ses vaisseaux la Sicile et les côtes de l’Italie; il lui fit concéder l’Afrique comme à un ancien allié, malgré les plaintes de Rome. En Italie, il renforça les garnisons, pour avoir plus de mercenaires sous sa main. En Gaule, il occupa les passages du Rhône et do la Loire, contint dans les limites qui leur avaient été assignées les Visigoths et les Burgondes, et

repoussa les Francs au delà de la Somme, mais moins pour faire respecter l’empire que pour défendre sa situation. L’invasion d’Attila en Gaule en 451 menaçait sa fortune en même temps que l’Etat. Ce fut là surtout qu’il se montra grand.

Le farouche roi des Huns, maître un instant de toute la barbarie du Nord qui était en marche sur l’empire, après avoir longtemps tenu Constantinople dans la crainte, réclamait de Valentinien la main d’Honoria, sa sœur, dont il avait déjà l’anneau, et, comme dot, la moitié de l’empire. A la nouvelle que les innombrables hordes des Huns et de leurs alliés avaient franchi le Rhin, Aétius rassembla tous les barbares déjà établis dans la Gaule, les Burgondes, les Visigoths, les Francs, pour défendre leurs possessions et son pouvoir. A leur tête il alla chercher Attila qu’Orléans avait arrêté, et l’atteignit dans les plaines de la Champagne où il remporta sur lui la célèbre victoire des champs Gatalauniques, la dernière remportée au nom de Rome !

Mais l’année suivante, lorsque Attila, altéré de vengeance, passa le Danube et les Alpes, pour se jeter sur l’Italie, Aétius ne fut pas aussi heureux. Il n’avait plus les barbares de la Gaule qui ne défendaient que leurs possessions ; il ne pouvait rien obtenir des Italiens, incapables de s’armer, et ne comptait pas assez de ses fidèles mercenaires. Aquilée, longtemps défendue avec courage par des Goths auxiliaires, tomba la première devant Attila; elle fut prise et rasée. Les habitants de la Vénétie, effrayés, se réfugièrent avec ce qu’ils pouvaient emporter, sur les bords de l’Adriatique, au milieu de ces lagunes d’où sortit plus tard Venise; image de l’Italie nouvelle, qui ne devait renaître que des désastres et des ruines de l’ancienne! A Milan, le roi des Iluns ordonna de conformer aux circonstances présentes un tableau où les chefs des Scythes étaient prosternés devant un empereur romain ; et il se fit peindre lui-même, ayant l’empereur et les Romains à ses pieds. Tout cela annonçait à Rome un sort terrible. Valentinien ne se croyait plus en

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