‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 121 sur 338 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

intérêt général, mais pour l’affermissement et la sécurité d’un parti. » On regarde la proscription en masse de toute une classe, noble , grasse ou maigre , comme le seul moyen d’éviter une guerre d’extermination, et on perpétue ainsi la guerre; les bandes d’exilés ( fuorusciti ) errent par toute la péninsule, épiant l’occasion de rentrer dans leur patrie, invoquant l’étranger pour apprendre de lui l’art du retour. L’instabilité de ces institutions, « si frêles que ce qu’on avait filé en octobre n’arrive pas à la minovembre, » fait ressembler les républiques à ces malades qui, ne pouvant trouver de repos, s’agitent sur leur couche de douleur. « Italie, s’écrie le poète, habitation de douleur, vaisseau sans nocher dans une affreuse tempête, tu n’es plus la maîtresse des peuples, mais un lieu de prostitution. Ceux qui vivent dans tes contrées se font une guerre implacable; ceux que les mêmes remparts protègent se rongent l’un l’autre. Cherche, misérable, autour de tes rives, et vois si une seule de tes provinces jouit de la paix. »

Kea républiques ei les tyrans ; l'Italie sans empereurs et sans papes. I.es %lscontl, les Scala, les Gonzague, Hugues de la Faggluola, Castracanl, Gaultier de JBrlenne {<310-1343).

Rien d’étonnant qu’au milieu de ces querelles et dans l’ardeur de la lutte les partis tournent encore les yeux vers le pape et vers l’empereur, sinon dans l’espoir de trouver le nocher qui puisse les tirer de la tempête, au moins par désir de vaincre leurs adversaires. Les noms de guelfe et de gibelin ayant perdu leur sens primitif couvrent des rivalités mesquines. Mais les papes, du fond de leur retraite fixée, en 1309, à Avignon, les empereurs perdus dans l’océan de la féodalité allemande, ne peuvent exercer qu’une intervention plus nuisible qu’utile ; et l’histoire de l’Italie, pendant plus d’un siècle, n’est qu’une suite de révolutions et de contre-révolutions qui se propagent d’un bout à l’autre de la péninsule, à chaque apparition d’un pape ou d’un empereur, à chaque événement qui déplace

les hommes et les forces du pays; triste flux et reflux où doivent s’abîmer ces deux nouvelles et fragiles conquêtes, la liberté et l’indépendance!

Il y avait en Italie, dans l’opposition de la monarchie napolitaine du midi et des nombreuses républiques du centre et du nord, une première grande cause de désordre. Depuis la translation du saint-siège en France, le roi de Naples, Robert, successeur de Charles II, en 1309, était le personnage dominant de la péninsule; son appui faisait le triomphe des noirs dans la Toscane, des guelfes dans la Lombardie, en un mot, des aristocraties bourgeoises contre la noblesse. Les gibelins, c’est-à-dire, à Milan, les Visconti et leurs nombreux clients, à Bologne, les Lambertazzi, à Florence, les blancs, variété de gibelins, s’adressaient donc comme exilés, comme fuorusciti, pour obtenir des secours contre leurs ennemis, à César, leur ancien protecteur. L’an 1310, par un rapprochement singulier, le pape Clément V et l’empereur s’entendirent contre le roi de Naples, qui avait pris en Italie la place du saint-siège à la tête des guelfes.

Après une absence de cinquante-six ans, un nouveau césar, le jeune Henri VII de Luxembourg, descend les Alpes par le mont Cenis, favorisé par Amédée V, duc de Savoie, dont la maison commençait à se mêler plus activement des affaires d’Italie; il avait une faible escorte d’hommes d’armes et une provision plus petite encore d’écus, mais il était en revanche flanqué des légats de Clément V. Le pape et l’empereur, donnant l’exemple de l’union, voulaient, disaient-ils, étouffer toute discorde. Cette exhibition pacifique, orthodoxe, d’un césar jeune et chevaleresque, réveille dans toute leur candeur les vieilles illusions de l’Italie, et ouvre un instant les cœurs à l’espoir et à la concorde. Le poète Dante salue le premier le revenant, et le conjure, dans son livre de l’Unité du pouvoir [de Monarchia ), au nom de la raison, au nom de la foi et de l’humanité, de donner la paix à l’Italie et au monde, en prenant pour lui la toute-puissance. La noblesse lombarde se précipite au-devant du jeune homme,

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