‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 122 sur 338 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

promettant de lui faire faire le tour de l’Italie, Yoisel sur le poing; la population des villes remue au cri de : Viva il popolo! les émigrés de tout parti et de toute commune arrivent et grossissent le cortège impérial.

Le jeune empereur reçoit à Milan la couronne de fer, au milieu de la joie générale , dans l’église de Saint- Ambroise. Il récompense la fidélité d’Amédée de Savoie en le créant prince d’empire, ce qui lui fait faire un premier pas dans la péninsule. Il promet de ne faire aucune diflérence entre les guelfes et les gibelins, ordonne partout la réconciliation, la rentrée des exilés, et remplace les vicaires de Robert de Naples par des vicaires impériaux. La ville de Gênes, lasse des querelles de ses familles nobles, se donne à lui pour vingt ans et reçoit un podestat de sa main. Cependant l’illusion et l’accord sont de courte durée. Henri VII, ayant rendu le gouvernement de Milan à Matteo Visconti, les Torriani avec les guelfes de Crémone et de Brescia prennent les armes. L’Empereur est obligé d’assiéger Brescia pendant six mois. D’ailleurs le césar, chevaleresque, mais pauvre, allait levant le tribut de conquête, 100 000 écus sur Milan, 60 000 sur Gènes. Dans la Toscane, il fut encore accueilli à bras ouverts par l’infortunée Pise, qui offrit d’elle-même ses trésors, 30 galères et 600 arbalétriers, mettant en lui tout son espoir; mais il trouva Florence et toutes les autres villes guelfes fermées et hostiles. Réduit à traverser la Toscane soulevée « au nom de la sainte Église, » malgré la présence des légats du pape, et « pour la mort de l’empereur, » Henri VII n’est pas beaucoup plus heureux à Rome, « cette veuve, cette délaissée, qui l’appelait nuit et jour, s’écriant au milieu de sa douleur : « O mon césar! pourquoi n’accours-tu pas dans mon sein? » Il doit se contenter d’être couronné parles légats du pape dans l’église de Saint-Jean de Latran.

La faiblesse impériale apparut mieux encore quand, au lieu de pacifier, le césar voulut sévir. Après avoir mis Florence au ban de l’empire « pour sa folie et son orgueil insigne à l’encontre de la majesté royale, » et déclaré Robert

déchu de son trône, comme criminel de lèse-majesté , Henri VII, avec quelques vassaux allemands et les gibelins de l’Italie, ne peut que ravager la Toscane comme un aventurier. Florence se donne au roi de Naples pour cinq ans, afin de l’intéresser à sa défense; elle répand l’argent et excite partout des révoltes. Au milieu de l’Italie soulevée, le césar, que Dante appelait à l’empire du monde, meurt à temps, en 1313, victime des suites de la mal’ aria, ou, s’il en faut croire les Allemands, du poison que lui aurait administré un dominicain dans une hostie.

L’empereur mort, Robert de Naples reprit ses projets de domination, mais avec moins de succès. Pise, menacée par lui dans la Toscane, en punition de tout ce qu’elle avait fait pour Henri VII, trouve un défenseur dans Hugues de la Faggiuola, riche et puissant seigneur de la Romagne. Celui-ci, banni de Gênes où il avait été podestat, se faisait partout le défenseur des nobles chassés par les riches bourgeois des villes. Nommé seigneur de Pise, il ramène les gibelins dans Lucques et bat l’aîné des fils du roi Robert, chef des troupes guelfes de Toscane, près de Montecatini (1315). Dans la Lombardie, Matteo Visconti, le vrai chef des gibelins, défait également les lieutenants de Robert. Mais l’ambition et l’égoïsme commencent à se faire jour dans ces luttes où la liberté seule avait autrefois fait battre les cœurs. Hugues de la Faggiuola n’avait délivré Lucques et Pise de Robert de Naples que pour chercher à les asservir. Ce premier essai de despotisme ne réussit point en Toscane. Les Lucquois chassent le fils de Hugues; Faggiuola sort de Pise pour secourir son fils; les Pisans lui ferment leurs portes. Dans la Lombardie, au contraire, Matteo Visconti profite de ses succès pour s’emparer de Pavie, Tortone, Alexandrie, et commencer à faire de sa seigneurie un État véritable. Seigneur de Milan depuis la mort de l’archevêque son oncle qui y avait déjà exercé le pouvoir temporel, il est le véritable fondateur de la fortune de sa maison. Investi du vicariat impérial de la Lombardie, il domine dans toute la vallée moyenne du Pô. On l’appelait Matteo le Grand.

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