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LIVRE IX

Le pape Jean XXII, sorti enfin, en 1316, de la difficile élection du conclave, tente, avec l’alliance de Robert de Naples et les sommes énormes que le saint-siège amassait à Avignon, de reprendre aussi du pouvoir en rendant l’avantage aux guelfes. Homme ambitieux, théologien pédant qui se fit accuser d’hérésie et ne se corrigea jamais du péché d’avarice, il déclare Robert de Naples vicaire impérial en Italie, et excommunie Matteo Visconti, qui ne voulait point renoncer à ce titre qu’il tenait de Henri VII. Le seigneur du Milanais, pour toute réponse, met le siège devant la ville de Gènes, alors au pouvoir de la faction guelfe, afin d’y ramener les Doria et les Spinola (1318). Robert, à la tête de 25 vaisseaux, se jette dans la ville; les guelfes génois, comme tous les autres Italiens, préférant la victoire de la faction à la liberté de la patrie, le nomment seigneur de Gênes pour dix ans. Les destinées des factions se débattent pendant dix mois à ce siège mémorable. Toute l’Italie prend parti. Visconti et les gibelins, rappelés par les hostilités des guelfes de Brescia, se lassent les premiers et lèvent le siège.

Encouragé par ce succès, Jean XXII envoie un légat, Bertrand du Poïet, et un prince français, Philippe de Valois, déjà mêlé aux affaires italiennes, pour reprendre l’offensive. Visconti enferme Philippe entre le Pô et le Tessin et force le futur roi de France à signer un traité honteux. Mais, poursuivi ensuite par des craintes superstitieuses, errant d’église en église, il rend l’espoir à Jean XXII en transmettant, de son vivant, son autorité à son fils Galéas, afin de mourir en paix avec l’Église (1322). Le légat du Poïet s’empare d’une partie de la Lombardie. Mais, à défaut du seigneur de Milan, le drapeau gibelin est tenu en Lombardie et en Toscane par Castruccio Castracani et Cane délia Scala.

Celui-ci, le plus généreux des chefs gibelins, qui recueillait Dante à sa cour, avait été mis jusque-là dans l'ombre par Matteo Visconti. Il prit alors le premier rang. Petit-fils de ce Mastino délia Scala qui avait recueilli l’héritage sanglant des Romano dans la marche de Frioul,

maître de Vérone, Vicence, Trévise, il en avait la puissance. Il arrêta le légat dans la Romagne, de concert avec le marquis Azzo d’Este, rétabli dans Ferrare en 1317, et battit même les Bolonais, qui jouaient à peu près dans la Romagne le rôle de Florence dans la Toscane. L’heureux seigneur de Vérone y gagna le surnom de Grand, qui avait appartenu à Matteo Visconti (1324).

Dans la Toscane, Gastruccio Castracani avait appris dans de nombreuses aventures à travers l’Europe à connaître les hommes et les choses. Il mit son expérience au service de son ambition. Chargé du gouvernement de la ville de Lucques, il ne cherche qu’à soumettre à son autorité les villes gibelines de la Toscane, sous prétexte de les défendre. Après avoir échoué deux fois contre la fière Pise, le tyran de Lucques tourne ses entreprises contre les villes guelfes de la Toscane, espérant plus de la reconnaissance des gibelins, s’il battait d’abord leurs ennemis. Après avoir acheté Pistoie d’un petit seigneur qui l’avait volée à un abbé, il attaque la république de Florence par le val de Nievole et le val d’Arno inférieur, lui prend plusieurs châteaux, et la presse si bien que les Florentins, en 1325, choisissent pour capitaine un certain Raymond de Gardone. Cet homme de guerre, qui ne voyait dans le métier des armes qu’une occasion de gain, sous prétexte de mener les Florentins à l’ennemi , les fit passer pendant les chaleurs de l’été par les marais de Bientina, afin de leur délivrer à bon compte un plus grand nombre de congés. Castfuccio Castracani n’eut pas grand’peine à battre, près d’Alto Poscio, cette armée décimée par la désertion; il s’empara même du carroccio florentin, et vint par bravade célébrer une course jusque sous les murs de Florence (1327). Dante le disait bien : « Tout manant qui intrigue est pris pour un héros. » Gastruccio Castracani, dont Machiavel a cru plus tard devoir célébrer l’habileté, ne recueillit cependant pas de cette victoire les fruits qu’il en attendait. A bout de moyens, il appela à son tour l’empereur Louis de Bavière.

Arrivé en Italie en 1327, cet empereur d’Allemagne parut

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