LIVRE IX
agir comme il fallait pour dégoûter à jamais les Italiens, guelfes et gibelins même, de toute intervention impériale. Couronné solennellement à Milan, en présence des princes ou des ambassadeurs d’une partie de l’Italie, le césar tudesque montre bientôt qu’il n’était venu que pour lever en Italie les tributs qu’il ne trouvait pas en Allemagne. Il fait saisir Galéas Visconti, seigneur de Milan, comme coupable d’avoir trahi la cause des gibelins; il s’empare de scs forteresses, de ses troupes, et le jette dans les fours de Monza, affreuses prisons que celui-ci avait fait bâtir lui-même, et où l’on ne pouvait se tenir ni debout ni couché. En Toscane, sur le conseil de Gastruccio Castracani, qu’il fit duc de Lucques et de la Lunigiane, il assiège Pise, la ville fidèle par excellence, qui s’était ruinée pour les césars transalpins, y met garnison, en octroyé la seigneurie à sa propre femme, et lui impose une contribution de guerre de 150 000 florins. A Rome ( 1328), reçu par les Golonna, il se venge des excommunications lancées contre lui par Jean XXII en le déposant comme un hérétique, et se fait couronner par un antipape avec l’appui de Gastruccio, qui, nommé sénateur de Rome et comte palatin de Saint-Jean de Latran, porte devant lui pendant la cérémonie l’épée impériale. Il voulait marcher de là sur le royaume de Naples, contre le roi Robert qui avait fait son fils seigneur de Florence. Mais la mort de Castruccio le mit dans l’impossibilité de pousser plus avant. Insulté par les soldats de Robert jusque dans Ostie, hué par le peuple de Rome, il finit son expédition comme il l’avait commencée, par des actes de rapacité et d’ingratitude. A son retour dans la Lombardie, Azzo Visconti, rentré dans Milan après la mort de Galéas, moitié par force, moitié par capitulation, ferma les portes de la ville à un empereur devenu odieux à tous, fit la paix avec le pape, dont il accepta le titre de vicaire pontifical, et inquiéta Louis jusqu’à Trente, d’où celui-ci repassa honteusement en Allemagne (1329).
La conduite de Jean XXII et de Louis de Bavière n’acheva pas seulement la ruine du sacerdoce et de l’empire,
elle démoralisa complètement la péninsule ; et, dans des luttes où tout s’affaissa, les marchés substitués aux combats, les victoires de l’argent remplaçant celles de l’héroïsme, montrèrent suffisamment de quelles hauteurs on était descendu. Après la retraite de l’empereur Louis de Bavière, Florence, qui commençait à avoir plus de confiance dans l’or que dans le fer, acheta le beau val de Nicvole d’où Gastruccio lui avait causé tant d’inquiétude. Pise revenue, et pour cause, de sa fidélité à l’empire, chassa de ses murs la garnison impériale en la payant grassement. A Mantoue, un Louis de Gonzague, pour venger une injure personnelle, fit passer la seigneurie de la ville des gibelins aux guelfes en s’en emparant, et commença ainsi la fortune de sa maison devenue depuis si célèbre.
Si l’Italie, après avoir perdu toutes ses illusions au sujet de l’empire et du saint-siège, conservait encore quelque espoir dans la chevalerie, cette sentimentale expression d’un monde qui approchait de sa fin, l’apparition de Jean de Bohême, en 1330, le lui fit perdre encore. Ce brillant et généreux chevalier, fils d’empereur et roi de Bohême, qui parcourait les cours de l’Europe en redresseur de torts et en pacificateur, avait beaucoup à faire dans la péninsule. L’enthousiasme qu’excita son arrivée parmi les Italiens, toujours prêts à s’éprendre de toute nouveauté, parut d’abord devoir lui rendre tout facile. En vrai chevalier, il mettait son entreprise sous l’invocation du saint-siège, et il prétendait tout pacifier, tout accorder. On se livrait à lui sans défiance et sans honte. Il n’était point à craindre comme un empereur, et c’était le plus brave et le plus noble étranger qu’on pût prendre pour seigneur.
Jean se méprit cependant en s’imaginant que les Italiens l’appelaient sérieusement comme un pacificateur. En rappelant indifféremment tous les exilés, guelfes et gibelins, en cherchant à s’entendre avec les Scala et le légat du Poïet, avec les Visconti et le vieux roi de Naples, il mécontenta tout le monde. Il voulait réconcilier les partis ; il y réussit , mais ce fut en les réunissant contre lui-même. Florence fit alliance, en 1332, avec les seigneurs lombards,