‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 125 sur 338 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

contre lui. Une attaque générale eut lieu sur tous les points à la fois. Jean de Bohême, étonné de ce changement subit, courut à Parme, à Bologne, à Lucques ; mais bientôt, las de cette étrange versatilité, suspect même au légat du pape, pour lequel il s’était compromis, il termina en brocanteur son rôle de chevalier redresseur de torts, vendit Parme aux Rossi, Reggio aux Fogliani, Crémone à un autre (1333), et abandonna le légat du Poïet, qui fut obligé de déposer ses pouvoirs à Bologne.

L’alliance des petits despotes et des petites républiques, l’union du principe aristocratique et du principe démocratique, n’étaient pas durables.

Mastino délia Scala croyait pouvoir, comme son père, succéder aux projets qu’avait formés Matteo Visconti en Italie; infidèle le premier au traité d’alliance, il garda Lucques, ouverte toujours à tous comme une proie, au lieu de la livrer à ses alliés ; il excita les nobles de Pise à reprendre le gouvernement au peuple, et tenta de former contre Florence, avec les exilés, une ligue gibeline. Florence effrayée réunit contre lui, en 1336, la ville de Venise, Obizzo d’Estc, Louis de Gonzague et Azzo Visconti, ad desolationem et ruinam, pour la désolation et la ruine de ce voisin dangereux. Elle mit chez elle le pouvoir aux mains d’un grand juge dictatorial, nommé conservateur , Jacques d’Agobbio, qui fit de son pouvoir un usage que souvent on trouva trop rude.

Mastino délia Scala ne put tenir tête à cette ligue formidable. Les Vénitiens s’emparèrent de Trévisc; Visconti reprit Brescia. Le tyran offrit alors de céder ce qu’on lui avait pris. Les Florentins, malheureux dans toutes leurs entreprises, furent seuls à ne pas profiter des revers de Mastino. Ils acquirent, il est vrai, et fort cher, la seigneurie d’Arezzo; mais Venise, satisfaite des premières acquisitions faites au dehors de ses lagunes sur le continent, traita bientôt avec Mastino, et se fit assurer la libre navigation du Pô. Pour Florence, elle n’eut pas même Lucques; Pise la lui disputa à son tour, livra bataille à son

armée sous les murs mêmes de la ville en litige, fut victorieuse, et en resta maîtresse (1341).

Florence se vengea des échecs de son ambition sur sa propre liberté. La servitude semblait, pour toutes les villes, le dernier refuge contre les dissensions et l’anarchie, ou la conséquence naturelle de la décadence de leur esprit militaire et de leur coutume d’enrôler des volontaires étrangers chargés de les défendre. En 1337, Taddeode Pepoli, l’homme le plus riche de l’Italie, avait fini par séduire la garde allemande , entretenue par la ville de Bologne ; il s’empare, avec son aide, du palais public, suspend les assemblées générales, et obtient même d’être reconnu par le pape en lui payant un tribut annuel de huit mille livres. Deux ans plus tard, en 1339, à Gênes, las d’une constitution qui donnait aux nobles, représentés par deux capitaines, le pouvoir de le persécuter, et qui laissait sans autorité Y Abbé, magistrat particulièrement chargé de sa défense, le peuple institue, au milieu d’une révolte, une magistrature unique et plus puissante en faveur de Simon Boccanera, son premier doge; c’était au moins une institution nationale, régulière, dont l’autorité sut souvent maintenir les factions.

Le peuple de Florence, à son tour, attribuant ses revers au défaut d’unité de son gouvernement, nomma, en 1342, capitaine de la justice et général de ses armées, un certain Gaultier de Brienne, duc d’Athènes, inpartibus. Get aventurier plein d’ambition et de ruse, Français, né à Athènes, était un de ces habiles entrepreneurs de tyrannies qui trouvaient alors trop aisément dans les désordres de la péninsule à exercer leur industrie. Il ruina par ses artifices le crédit du gouvernement alors confié à ce qu’on appelait la grasse bourgeoisie; il promit à la noblesse de la combler d’honneurs, au peuple maigre de l’enrichir. Puis, un beau jour, avec cent vingt cavaliers, trois cents fantassins et une troupe de gentilshommes, il marcha sur la seigneurie , dispersa les magistrats aux applaudissements du peuple, et fit planter son étendard à la place du drapeau de la justice et des armes de la commune. Maître alors, il chassa

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