‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 126 sur 338 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

les nobles, confisqua les biens des gros bourgeois et pressura le pauvre peuple, livrant les femmes et les filles de tous à scs mercenaires, et faisant couper la langue à ceux qui trouvaient à redire à sa manière de gouverner. Ce ne fut que deux ans après que ce peuple, si prompt d’ordinaire à renverser les magistrats qu’il s’était librement donnés, éclata enfin, en 1343, dans un triple conspiration, fit main basse sur les mercenaires allemands du tyran, l’assiégea dans le palais vieux, le força à s’enfuir et recouvra sa liberté. L’odieux aventurier n’eut ni le supplice d’Ugolin, qu’il méritait peut-être, ni la mort de Gastruccio, dont il n’était pas digne.

Le midi de la péninsule n’était plus en état d’exercer aucune influence sur le reste du pays. Le roi Robert, en donnant pour époux à sa fille Jeanne, héritière de sa couronne, André, fils de Gharobert, son frère aîné et roi de Hongrie, avait fait asseoir la discorde sur le trône, loin de la détourner du royaume. Après lui, la jalousied’ André etde Jeanne I", qui prétendaient régner chacun en vertu de ses propres droits, envenimée encore par les rivalités des deux factions hongroise et napolitaine, et par les désordres d’une cour galante, éclata dans toute sa fureur et donna lieu à un drame sanglant. Quelques jours après son couronnement, le roi André, victime d’un complot ourdi par un fils naturel de Robert et une confidente de la reine, est attiré par ruse hors de la chambre royale, massacré et jeté par les fenêtres du palais. Le pape Clément YI ordonne au grand justicier du royaume de poursuivre le crime sans acception de personnes. Louis le Grand, roi de Hongrie, frère de la victime, débarque dans le royaume pour tirer de Jeanne I™ une éclatante vengeance, et une nouvelle révolution menace cette partie de l’Italie qui avait tant de fois déjà changé de maître (1347).

I<e poëte Pétrarque et le tribun Nicolas Menai (4849).

Au milieu de ces désordres, la ville de Rome descendit encore plus bas les degrés de l’anarchie. Toujours

sous l’autorité nominale des papes, qui choisissaient le sénateur, mais sans avoir au moins les avantages de leur présence, Rome, sans gouvernement réel, était en proie aux factions des Golonna et des Orsini. Ceux-ci, retranchés dans le Colisée ou dans les autres ruines de la grandeur romaine, se livraient des combats acharnés, et ne s’entendaient que pour piller les habitants, déshonorer leurs femmes, dépouiller les églises et rançonner les pèlerins. Le sénateur, le préfet et les caporioni ou chefs de quartiers, n’y pouvaient rien.

Après la chute de la papauté et de l’Empire, et dans la défaillance de la liberté, il fallait un mobile bien puissant pour arracher l’Italie à ses misères. Sur la foi d’une idole nouvelle qu’ils s’étaient pris à adorer, sur la foi de l’art qui semblait leur rendre, dans les régions de l’idéal, tout ce qu’ils perdaient dans le monde réel, les Italiens s’efforcèrent un instant d’échapper à la décadence qui les menaçait. Dante, aussitôt après sa mort, en 1321, avait trouvé « la vie qu’il avait cherchée de son vivant, » l’immortalité «chez ceux qui appelleront son temps le temps antique.»

« Vita tra coloro

Che questo tempo chiameranno antico. •

Son poème, avidement dévoré dans toute l’Italie, malgré et peut-être à cause de «d’âpreté d’un fruit si fortement acide, » devenait déjà l’objet d’une sorte de vénération religieuse. De toutes parts on entreprenait de l’expliquer et de le commenter comme un livre national et sacré. Yisconti rassemblait les hommes les plus savants de l’Italie, deux théologiens, deux philosophes et deux antiquaires, pour interpréter le texte hiératique. Florence, honteuse d’avoir forcé son plus illustre citoyen <cà monter et à descendre l’escalier de l’étranger, » redemandait les saintes reliques au seigneur de Ravenne, da Polenta, en attendant qu’elle fondât une chaire exclusivement consacrée à la lecture et au commentaire de la divine Comédie.

Jalouse de ne plus se faire accuser de barbarie et d’ingratitude, l’Italie tout entière se mit au moins aux pieds du

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