‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 129 sur 338 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

voirs devant lui sans qu’il s’élevât aucune réclamation. On le laissa seulement se retirer dans le château Saint-Ange, et on ne l’y attaqua point, jusqu’à ce qu’il eût trouvé l’occasion de s’échapper, par un triste et tendre respect, sans doute, pour de nobles mais impuissantes illusions dont on avait sondé tout le vide!

I,a peste de 1148 et le jubilé de ISM; Boccace.

La chute parut d’autant plus profonde quand on retomba dans la réalité de ces hauteurs de l’idéal. Rome fut en proie à une anarchie plus violente qu’auparavant. A Florence, la noblesse, le peuple gras et le peuple maigre, s’entre-déchirèrent et firent succéder les constitutions aux constitutions. En Lombardie, Lucchino Visconti reprit Tortone et Alexandrie, qui avaient échappé à sa famille. Jeanne Ire de Naples, après le départ de Louis de Hongrie, qui était un instant resté maître du royaume, fut rappelée par les barons et rentra dans sa capitale avec son ancien amant pour époux et une sentence d’absolution délivrée par le pape en échange de la ville d’Avignon (1348). Enfin une peste affreuse, à laquelle Boccace a fait donner le nom de peste de Florence, pour l’avoir admirablement décrite, comme Thucydide, dans l’antiquité, avait illustré la peste d’Athènes, vint mettre le comble aux maux de l’Italie. Elle emporta Lucchino Visconti, Jean Villani et bien d’autres. Les effets produits par ce fléau, qui enleva trois personnes sur cinq, furent encore plus déplorables que le fléau lui-même. Les âmes y perdirent tout ressort et se réfugièrent dans un égoïsme honteux ou dans une folle licence. Descendu des hauteurs du symbolisme religieux et passionné de Dante, ou de l’enthousiasme idéal de Pétrarque, l’art, dans le Dêcaméron de Boccace, fut mis au service d’un épicurisme élégant qui glissait volontiers jusqu’à l’obscénité, et ne servit plus qu’à distraire les imaginations du spectacle de leurs maux et de l’universelle décadence.

Le pape Clément VI essaya vainement de relever les,

âmes, en l’année 1350, par la publication d’un jubilé. Une merveilleuse et innombrable multitude de pèlerins, selon Matteo Villani, qui porte leur nombre à douze cent mille, accourut de toutes les contrées de l’Europe qù la peste sévissait encore, et se succéda aux saintes basiliques. Toutes les maisons de Rome transformées en hôtelleries ne suffirent point à héberger les étrangers, qui campèrent dans les rues. A l’exhibition du saint suaire du Christ, dans l’église de Saint-Pierre, on compta plusieurs fois jusqu’à six, douze personnes étouffées ou foulées aux pieds. Mais, en Italie, l’effet moral de cette expiation fut petit. On y savait qu’à Avignon, depuis Jean XXII, il se faisait commerce d’abbayes, d’évêchés, d’indulgences; le légat du pape, pendant toute l’année du pèlerinage, avait augmenté les impôts des Romains, et ceux-ci, suivant l’exemple qui leur était donné, avaient cherché à s’indemniser en interdisant aux étrangers l’importation des denrées dans la ville, afin de vendre les leurs à un plus haut prix. Le jubilé ne fut, pour l’Italie, qu’une spéculation dont le reste de la chrétienté fit les frais.

Jean vlucontl, dénient VI et Innocent VI | guerre de gaplensa ; Charles de Luxembourg (ISSO-ISH).

Aussi, après la tentative malheureuse de Rienzi, la peste de 1348 et le jubilé de 1350, les villes d’Italie marchèrent plus rapidement vers leur asservissement politique.

On ne vit plus seulement quelques cités tomber isolément sous de petits usurpateurs. Parmi les soigneurs, les plus puissants prétendirent maintenant se tailler, aux dépens de la liberté, de petits États dans la péninsule; heureuse, après tout, celle-ci, s’ils avaient pu fonder des établissements assez forts pour sauver l’indépendance commune après avoir détruit les libertés particulières! Mais, là aussi, les ambitions rivales se trouvèrent en présence. La papauté, avec Clément VI, voulut mettre à profit les bénéfices considérables qu’elle avait faits, pour hist. d’italie. 17

Page 1