‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 131 sur 338 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

face de l’inlelligence réelle et pratique des choses, mais qui ne désabusa pas encore Pétrarque, l’ami du tribun, toujours prêt, comme ses compatriotes, à saluer une lueur d’espérance dant tout événement nouveau.

Lorsque, sur ces entrefaites, Charles de Luxembourg, le fils de Jean de Bohême, entra en Italie, en l’année 1355, Pétrarque l’accueillit comme Dante avait autrefois accueilli Henri VIL « Le diadème, l’empire, une gloire immortelle, s’écriait-il, lui étaient assurés; la route du ciel lui était ouverte; l’Italie, Rome, tête de l’univers, le lui garantissaient en se précipitant au-devant de lui et en chantant avec Virgile :

« Venisti tandem tnaque expectata parenti

Vicit iler durum pietas. »

L’historien Villani, plus positif, nous montre, dans un récit qui ne manque pas d’ironie, le côté vrai des choses : L’empereur descendit les Alpes, « monté sur un roussin, au milieu de gens désarmés, comme un marchand pressé d’aller en foire. » Messire Barnabo, un des neveux de Jean Visconti, le reçut à la tête de six mille chevaux et de dix mille piétons, et l’escorta si étroitement jusqu’à Monza, où il le fit couronner, que l’empereur ne fut pas fâché d’échapper à cette prison courtoise. Reçu avec un empressement plus sincère par Pise, et par les seigneurs gibelins des Apennins, il ne céda cependant pas aux sollicitations de leur haine contre Florence, et aima mieux vendre la paix à la ville guelfe. A Rome, où il resta quelques jours en pèlerin, occupé à faire ses dévotions aux saints lieux, il ne parut comme empereur qu’à la journée du couronnement. A son retour en Toscane, il réussit à exciter à Pise une émeute qui fit passer le gouvernement des mains du parti démocratique des Bergolini, attachés à Florence et à la paix, dans celles do Raspanti, toujours fidèles aux vieilles passions gibelines. Mais il échoua dans ses projets d’arracher Lucques à la domination de Pise. Les factions de Pise se réconcilièrent pour la défendre; Charles IV rentra en Allemagne par la Lombardie,

au milieu des villes qui lui fermaient leurs portes (1356); et Pétrarque désabusé s’en prit dans sa douleur à la papauté, qu’il sollicitait aussi vainement de rentrer à Rome. « Il fuit, s’écria-t-il, le césar, seul, sans escorte. Les délices de l’Italie lui font horreur. Il dit, pour se jus- . tifier, qu’il a juré de rester à Rome un seul jour. O jour d’opprobre! serment déplorable! Le pape, qui a renoncé à Rome, ne veut pas mémo qu’un autre s’y arrête. » Illusions naturelles, après tout, et qui n’étaient que celles de l’Italie invoquant dans ses discordes un principe d’unité.

Barnabo Vlscontl; Alhornoz; lea condottieri; Catherine de Sienne (435B-IS98).

Pétrarque dépensait un enthousiasme inutile. Le temps n’était plus aux grandes luttes de principe; il ne s’agissait plus ni du pape, ni de l’empereur. Il n’y avait en présence que des ambitions particulières et des rivalités mesquines. Le saint-siège songeait bien moins à rentrer à Rome qu’à rendre réelle sa domination au centre de l’Italie. L’empereur ne voulait plus commander à la péninsule, mais la rançonner. Les Yisconti, et, à leur exemple, les autres petits tyrans, poursuivaient l’édifice de leur grandeur, avec autant de défiance contre la papauté que contre l’empire; les villes libres encore, Florence, Pise et les autres, rendaient plus difficile, par leurs divisions mêmes, la conservation de leur liberté. Au milieu de ces tiraillements, dernière plaie et plus cuisante! les bandes de mercenaires étrangers, introduites par les Italiens mêmes sur cette terre classique de la discorde, s’acclimataient en Italie, sous la conduite d’aventuriers toujours nouveaux, et sillonnaient la péninsule en tous sens, à la piste de toutes les querelles, et prêtes à en faire naître là où elles manquaient. Le quatorzième siècle et le temps de la captivité de Babylone s’achevèrent ainsi pour l’Italie, entre la tyrannie et la servitude, dans des luttes pleines de misère et dépourvues de grandeur.

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