LIVRE IX
peint Villani. Au retour, à Sienne, il se trouva tout à coup séparé de sa garde, entouré par des barricades et pris respectueusement par la faim, Pise lui ferma ses portes. Il fut encore heureux de lui vendre la paix et de trouver aussi à tirer deux cent mille florins de Lucqucs pour prix de sa liberté; bien précieux, mais peu durable, quand on est réduit à l’acheter au lieu de le conquérir!
Le pape resta livré sans défense à la vengeancé de Barnabo, qui lança le chef de compagnie Jean Hawkwood contre lui. En vain Urbain V fulmina l’excommunication; Barnabo fit manger le parchemin de la bulle au légat pontifical. Albornoz n’était plus là; effrayé d’une lutte avec un homme qui se prétendait pape, empereur et roi sur son territoire , et qui déclarait Dieu même impuissant à faire quelque chose qu’il ne voudrait pas , Urbain V quitta la partie et retourna mourir à Avignon (1370). « Il a déserté sa noble tâche, » s’écria Pétrarque, « pour prouver qu’il est difficile, non de commencer de grandes entreprises, mais d’y persévérer. Si le Christ ne se lève pour sa propre défense, c’en est fait. »
Il était besoin d’une telle intervention. Les légats laissés par le pape dans les principales villes ramenées à la soumission de l’Église, à Bologne et à Pérouse, compromirent toute l’œuvre d’Albornoz. Pour la plupart d’origine française, entourés d’étrangers tout occupés à ramasser de l’argent, au lieu de se liguer avec les seigneurs ennemis des Yisconti et avec les villes libres de la Toscane, ils firent trêve avec les premiers et se tournèrent contre Florence. Les Florentins, indignés, formèrent une commission de huit membres, nommés les huit de la guerre , pour se venger des légats, conclurent une ligue avec Sienne, Lucques et » Pise, et traitèrent, de leur côté aussi, avec Visconti, pour arracher la Romagne à l’Église.
Barnabo, arbitre de tous, n’eut qu’à laisser faire; une armée considérable , rassemblée par la ligue avec un drapeau sur lequel était écrit en lettres d’or le mot : Liberté! passa les Apennins et appela toutes les villes soumises par Albornoz à la révolte (1376). En dix jours, quatre-vingts
villes ou bourgades secouèrent le joug des légats, se constituèrent en république et rappelèrent leurs anciens seigneurs. Le 20 mars, sous la conduite de Taddeo des Azzoguidi, le légat fut chassé de Bologne, le gonfalon du peuple arboré sur la grande place, douze anziani et un gonfalonier de justice nommés pour administrer la république. Les sénateurs de Rome et les caporioni reçurent de Florence l’étendard de la liberté et entrèrent dans la ligue. En vain les Florentins, cités devant le consistoire, furent frappés d’interdit et d’anathème; ils forcèrent les prêtres à rouvrir les églises et à célébrer les offices. Les légats, furieux, déchaînèrent les compagnies sur la Romagne et y autorisèrent toutes les horreurs. Le cardinallégat Robert de Genève, arrivé en Italie à la tête de la compagnie des Bretons, la plus féroce de toutes celles de France, traita horriblement la ville de Césène, et au milieu du sac excita lui-même au meurtre et à l’incendie. Barnabo se crut au moment de saisir la couronne d’Italie au milieu de l’anarchie. Une sainte, Catherine de Sienne, fut arrachée à ses extases par ces sanglantes réalités, et demanda grâce pour l’Italie. Elle écrivit au pape pour le conjurer de rétablir non pas sa domination, mais la paix en Italie. « Dieu défend, lui disait-elle, d’avoir tant égard à la grandeur et seigneurie temporelles ; il vous oblige surtout à racheter les âmes et à faire pour la paix tout ce qui sera possible. » Grégoire XI, successeur d’Urbain Y, crut devoir intervenir en personne; il convoqua un congrès pour la pacification de la péninsule à Sarzane, et vint à Rome en 1378, mais seulement pour y mourir. Sa mort amena 1b grand schisme à la place de la captivité de Babylone, sans remédier à l’anarchie.