‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 134 sur 338 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

I.e grand schisme (1378) ; Urbain VI et Clément VII. — Révolutions à Florence et à Naples; Michel Lando ; guerre de Chiozza (1378-1384). — Jean Galéas, duc de Milan, veut réunir l’Italie sous sa domination; décadence politique et morale (1385-1402). — Dissolution momentanée du duché de Milan ; les condottieri et les républiques ; agrandissements de Venise et de Florence (1409); conciles de Pise et de Constance; Ladislas et Jeanne II, à Naples; Braccio et Sforza; le pape Martin V (1402-1420). — Philippe-Marie reconstitue le duché de Milan; le condottiere Carmagnola; nouveau schisme; Eugène IV. — Angevins et Aragonais (1420-1447). — Fin du schisme; Nicolas V; François Sforza, à Milan; Cosmc de Médicis, à Florence; Stefano Porcaro (1447-1433).

Legrand schisme (ISV8); Urbain VI et Clément VI*.

« Libcrtà dolcc et disiato bene 1 Ma! conosciuto a chi talor no’l perde. »

« Liberté ! bien précieux et désiré, qu’on n’apprécie que lorsqu’on l’a perdu!

Tel est le commencement d’une des dernières odes composées par Pétrarque quelques années avant qu’il mourût, en 1374, au milieu de la plus effroyable anarchie. Le poète avait fini dans un complet découragement, ne croyant plus qu’à la science et rendant le dernier soupir sur le grec d’Homère. De toutes ses anciennes espérances il n’avait, en mourant, rien conservé. La liberté n’était

maintenant pour lui qu’un regret amer. Il ne comptait plus sur l’efficacité de la présence du pape en Italie, ni même sur son retour. Il n’avait plus confiance dans cette race tudesque, qu’un désir aveugle de l’Italie obstinée contre son propre bien appelait en dépit des barrières élevées par la nature. Il n’invoquait maintenant que la pitié du ciel en faveur de ce beau pays, de cette chère patrie, dont la parole ne pouvait plus guérir les blessures : « Dieu seul, écrivait-il, était capable de guérir les cœurs et d’arrêter le sang qui coulait à flots sous l’épée de l’étranger. » L’Italie cependant espérait encore quelque chose du rétablissement de la papauté à Rome après la mort de Grégoire XI, en 1378. L’élection du pape était redevenue une question toute nationale. Il s’agissait d’arracher le centre de la péninsule aux légats impitoyables et aux compagnies rapaces. Les Romains profitèrent de l’obligation où étaient les cardinaux de tenir le conclave dans le lieu où le dernier pontife était mort, pour demander un pape romain ou tout au moins italien. Les seize cardinaux, dont onze étaient Français, cherchèrent en vain à retarder l’élection ; le peuple envahit leur palais en menaçant de faire leurs têtes plus rouges que leurs chapeaux. L’évêque de Rari, Italien, sujet du roi de Naples, mais qui avait passé presque toute sa vie en France, fut élu (8 avril). On espérait que ce choix satisferait toutes les exigences. Mais Urbain VI, au lieu de travailler avec ménagement à la conciliation des intérêts, se montra Italien à outrance, maltraitant les cardinaux français, menaçant de faire une promotion qui les annulât tout à fait dans le sacré-collége. Ceux-ci se retirèrent cinq mois après l’élection dans la ville d’Anagni ; et là, sûrs de l’appui du roi de France et de la reine de Naples, entourés d’une compagnie d’aventuriers français, ils déclarèVent la nomination de l’évêque de Rari nulle, le saint-siége vacant, et élurent le cardinal Robert de Genève, homme puissant par ses alliances, magnifique et belliqueux, qui prit le nom de Clément VII. Celui-ci, recueilli à Naples par la reine Jeanne, sa protectrice, espérait bien renverser son rival. Mais le peuple napolitain, attaché à Urbain VI,

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