LIVRE X
son compatriote, se souleva et chassa le pape français, qui consomma le schisme en fixant sa résidence à Avignon. La restauration du pouvoir pontifical, commencée par Albornoz, compromise par les légats français, fut ajournée; à la captivité de Babylone succéda le grand schisme qui devait durer encore plus longtemps; et au même instant des querelles naquirent partout, entre les factions à Florence, entre Gênes et Venise, sur mer, entre deux compétiteurs dans le royaume de Naples. C’était alors une conséquence naturelle de l’état moral et politique de la chrétienté.
Révélations à Florence et à Naples; nicfael Lsndo ; guerre de Cbloaza (1S1S-1S81)
La guerre faite par Florence à l’Église avait rendu dans cette ville aux gibelins et à la famille des Ricci, principalement dans la commission des huit de la guerre , une influence qu’ils étaient décidés à ne plus perdre. Après la paix, privés de toute participation au pouvoir par les guelfes et les Albizzi, encore maîtres du gouvernement régulier, ils résolurent de profiter de l’arrivée de Silvestro de Médicis (mai 1378) à la charge de gonfalonier pour se relever ; ils pouvaient compter sur le arts mineurs jaloux des arts majeurs , dont les membres composaient presque toute la seigneurie, et sur la partie la plus pauvre de la population, les ciompi, dont les métiers inférieurs ne formaient pas de corporations particulières, mais étaient subordonnés à d’autres arts, comme, par exemple, les teinturiers, les tisserands et les cardeurs, rattachés aux drapiers dans le grand art de la laine.
Silvestro de Médicis, riche citoyen des arts mineurs et assez ambitieux, proposa une loi destinée à protéger le peuple contre les grands et à rendre leurs droits politiques aux Ricci. Sur le refus des prieurs et du grand con- ‘ seil, il fit appeler le peuple aux armes, du balcon de la seigneurie, et, sous la pression de l’émeute, une balie, ou commission spéciale, fut créée pour satisfaire à ses désirs. Mais le mouvement ne s’arrêta pas là : les ciompi , mécon-
tents d’avoir servi seulement d’instruments aux familles
{missantes, demandèrent que les arts mineurs fournissent es magistrats de la seigneurie dans la même proportion que les arts majeurs, et que trois nouvelles corporations, formées des gens de petit métier qui n’avaient pas encore trouvé place parmi les arts, fussent revêtues des mêmes droits politiques; puis ils se répandirent en tumulte dans la ville, brûlant les maisons de leurs adversaires, entre autres celle des Albizzi, tout en élevant des gibets pour y pendre les voleurs, jusqu’à ce que la seigneurie eût promis de faire adopter leurs demandes par le conseil commun. Médicis admettait la réclamation des arts mineurs, mais non celle des ciompi ou compères. Quand il s’agit de délibérer sur ces demandes, quelques membres du conseil ne se rendirent pas à la séance, d’autres s’enfuirent, d’autres refusèrent opiniâtrément. Les exigences du peuple augmentèrent : il demanda qu’aucun membre du populo minuto ne fût poursuivi avant deux ans pour une dette moindre de cinquante florins; que la banque de Florence [il monte) ne servît plus la rente, mais remboursât le capital, de manière à ce que la dette de l’État fût amortie en douze ans. Médicis lui-même en fut effrayé, la plus grande agitation était dans la ville j il crut qu’il fallait faire quelque exemple pour en finir; mais, à la nouvelle que la seigneurie avait fait mettre à la torture un de leurs chefs , les ciompi se rendirent en armes devant le palais, le 23 juillet, aux cris de : Viva elpopolo! Médicis abandonna la seigneurie, qui voulut résister, mais appela vainement les compagnies des différents quartiers. Les ciompi , maîtres de la place, entrèrent violemment dans le palais, et nommèrent gonfalonior l’un deux, un cardeur de laine, Michel Lando, qui s’était emparé du gonfalon de l’État, et pieds nus, à peine vêtu, avait le premier forcé les portes.
Le cardeur de laine se trouvait être un homme d’énergie et de sens; il constitua un nouveau gouvernement, une seigneurie composée, selon le vœu du peuple, de neuf membres, trois des arts majeurs, trois des mineurs, trois du petit peuple [délia plebe minuta), et se montra décidé