LIVRE X
A Naples, la reine Jeanne Ir* s’était compromise vis-à-vis de tous en poussant au schisme par l’élection de Clément VII, et en prenant ouvertement celui-ci sous sa protection. Excommuniée par Urbain VI, menacée par son peuple, tombée plus que dans le mépris, dans le ridicule, par son troisième mariage avec un Otton de Brunswick, prince allemand, elle se jeta dans les bras de la France et appela pour son fils et successeur Louis, duc d’Anjou, afin de greffier une nouvelle branche angevine sur le trône dégénéré du frère de saint Louis. Mais Urbain VI ne voulait pas avoir pour voisin un roi ennemi; il s’adressa en Hongrie à un cousin de la criminelle et impudique reine, Charles de Duras, à la fois héritier de Louis de Hongrie et de Jeanne de Naples, et le déclara roi de Naples sous les mêmes conditions et avec les mêmes réserves que Clément VII avait imposées à Cliarl es d’Anjou. Charles de Duras se dirigea sur le royaume de Naples, décidé non-seulement à s’assurer la succession de Jeanne, mais à prendre sa couronne. Il entra sans peine dans la capitale, jeta la vieille reine en prison (1381), et, l’année suivante, ordonna de l’étouffer sous des matelas.
Le triomphe de Charles III à Naples, comme toutes les révolutions accomplies au midi de la péninsule, eut son contre-coup au Nord et particulièrement à Florence. Celui qui avait l’espoir de réunir deux royaumes considérables aux deux extrémités de l’Italie devait désirer dominer toute la péninsule. Déjà, en se dirigeant vers son royaume à travers la Toscane, il avait tenté de renverser le gouvernement gibelin des arts mineurs. Une fois roi, il y réussit. Les Albizzi et les guelfes, sûrs de son appui, excitèrent un soulèvement en 1382, au cri de: Vive le parti guelfe! et créèrent une commission suprême ou balle pour réformer l’État. Tout ce qui avait été fait depuis 1378 fut annulé : les corporations des ciompi dissoutes ; la part des arts mineurs réduite au tiers des honneurs publics ; ceux qui avaient pris part au mouvement récent exilés, entre autres Michel Lando, qui n’obtint même pas grâce; et
l’aristocratie des nobili popolani fut affermie au moins pour quelque temps.
Les occupations, puis l’éloignement et la mort de Charles III, firent cependant cesser les craintes qu’il avait inspirées au reste de l’Italie. Attaqué en 1383 par Louis d’Anjou à la tête de 15 000 chevaux, il attendit, renfermé avec son armée dans ses principales forteresses, que le climat eût fait justice de ses ennemis et eût enlevé même son rival en 1384. Mais, l’année suivante, il fut appelé en Hongrie et y tomba victime d’un assassinat ; le royaume de Naples devint la proie d’une guerre de succession. Ladislas son fils, âgé de douze ans, fut proclamé par le parti hongrois; un autre enfant, Louis II, fils du duc d’Anjou, par le parti français; tous deux sous la tutelle de deux femmes soutenues, l’un par le pape italien, l’autre par le pape français. Au milieu de ce conflit et des excommunications qui atteignaient les unes et les autres, la plupart des barons napolitains refusèrent l’obéissance aux deux prétendants, et le royaume, plongé dans la plus profonde anarchie, cessa d’exercer aucune influence sur le reste de la péninsule.
Jean Galéas, due de milan, vent réunir ntalle «ohm ■a domination; décadence politique et morale (llSi-llOI],
Les seigneurs de Milan, au Nord, avaient beau jeu. Le vieux Barnabo, traîtreusement attiré dans un piège, avait été assassiné par son neveu Jean Galéas, qui, ayant rétabli l’unité de la seigneurie du Milanais (1385), reprit les projets de domination générale de ses prédécesseurs. C’était un tyran de complexion à la fois lâche et ambitieuse, mais d’une méchanceté profondément habile. Il avait pris à sa solde la compagnie de Saint-George, la plus redoutable alors de toutes, mais qui lui rendit moins de services encore qu’une politique astucieuse qui savait mettre tout à profit pour atteindre son but.
Dans l’ouest de la Lombardie, ce tyran gouvernait déjà !c Montferrat comme tuteur du jeune marquis; à l’est il