LIVRE X
autres villes soumises, sans communication avec la mer, ruinée dans son commerce et surveillée de près par les seigneurs des Apennins, vendus ou soumis au tyran Galéas. La monarchie déjà plusieurs fois essayée au midi s’y abîmait au milieu de la plus effroyable anarchie. Rome était plus que jamais en proie aux factions des barons romains,' des Golonna et des Orsini; les États de l’Église étaient partagés par de petits tyrans ou ravagés par des brigands comme avant Albornoz. Les Italiens ne pouvaient invoquer le saint-siège ou l’Empire. A quel signe auraient-ils reconnu dans Boniface IX à Rome ou dans Benoît XII à Avignon le vrai et légitime successeur des Grégoire VII et des Alexandre III? S’ils se tournaient vers le roi de France, ils ne trouvaient qu’un pauvre fou, Charles VI ; vers l’empereur d’Allemagne, qu’un homme plongé chaque jour dès le matin dans l’ivresse, Wenceslas. Fallait-il donc tomber victime d’une tyrannie qui, née des rivalités de la liberté, grandissait à la faveur des désordres des autres nations?
Les lettres et les arts, qui avaient semblé promettre des consolations à l’Italie, lui manquaient aussi à cette époque de stérilité et de mort. La littérature passait de l’inspiration nationale et chrétienne de Dante et de Pétrarque aux recherches de l’érudition classique et païenne ; encore Jean de Ravenne et le Grec Ghrysoloras ne faisaient-ils que frayer laborieusement la voie aux enthousiastes érudits du siècle suivant. Dans les arts, les noms de Gimabue et du Giotto remplacés par ceux de leurs obscurs élèves Taddeo di Gaddo, Giottino à Florence, Lorenzo et Lorenzotto à Sienne, prouvaient que la peinture n’avançait pas. L’église et la sacristie deSan Micheii, œuvre de l’Arcagnuolo, s’élevaient à Florence, à côté des chefs-d’œuvre du treizième siècle, mais sans les égaler. Il n’y eut qu’à Milan où Jean Galéas tentât de laisser de sa puissance un monument durable dans la cathédrale de cette ville, qui fut commencée en 1346, mais qui, étant à peine achevée aujourd’hui, paraît comme porter la peine de ce baptême de la tyrannie.
Les Italiens ne pouvaient même chercher dans la religion l’oubli de ces misères. L’année 1400 ne leur apporta point
la consolation d’un jubilé. Qui aurait eu confiance aux indulgences de deux papes s'anathématisant l’un l’autre? A défaut d’un jubilé officiellement annoncé par le saint-siège, le sentiment religieux éclata de lui-même dans les démonstrations désordonnées des pénitents blancs, qui parcoururent processionnellement l’Italie, surtout les villes de Gênes, Pise, Lucqucs et Florence, dans les années 1399 et 1400, comme pour appeler les peuples et les cités à la réconciliation et à la pénitence, s’ils voulaient échapper à la tyrannie et à la mort. Le mysticisme désordonné prenait la place de la religion compromise. La peste ne permit pas cependant que la liberté italienne tombât entièrement sous une aussi méprisable tyrannie que celle de Jean Galéas ; c’eût été acheter trop cher une unité politique condamnée d’avance à périr. Après avoir désolé les républiques, elle frappa Jean Galéas en 1402 au milieu de la solitude de Marignan où il se croyait à l’abri de ses atteintes.
JDlnaolntlon momentané* du duché de milan; le» condottieri et l«a républiques; agrandlMenient* de Venise et de Florence (•409); conciles de Plse et de Constance; Ladislas et Jeanne II, à Naples; Hracclo et Hforxa; le pape martln V (•40 *-••*•).
Une puissance élevée par la violence et la perfidie survit rarement à son fondateur. La mort de Jean Galéas faillit entraîner la dissolution du nouveau duché de Milan; en vain il avait recommandé à tous ses condottieri ses jeunes enfants, Jean-Marie, duc de Milan, Philippe-Marie, duc de Pavie, Gabriel-Marie, enfant naturel, seigneur de Pise ; les capitaines ne songèrent qu’à eux-mêmes, et s’enrôlèrent au service des ennemis des Visconti ou s’enrichirent de leurs dépouilles. Ainsi Albéric de Barbiano passa à la solde des Florentins; Charles Malatesta de Rimini à celle du pape; del Verme à celle de Venise; les autres ne combattirent les villes qui se révoltèrent que pour s’y emparer de la tyrannie, comme à Alexandrie, à Parme, à Brescia. La veuve du tyran, Catherine, en essayant de se sauver par la cruauté dont son époux lui avait donné l’exemple,