‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 140 sur 338 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

se perdit tout à fait. Le peuple de Milan exaspéré se souleva; elle mourut en prison, et ses deux fils, à Milan et à Pavie, ne gardèrent les titres de duc et de comte que sous le bon plaisir d’hommes de guerre ambitieux qui se supplantèrent l’un l’autre au milieu des plus affreux désordres, et firent de l’ancien duché de Milan une foule de petites tyrannies éphémères.

L’aristocratique Venise et la démocratique Florence saisirent cette occasion pour établir en Italie un peu d’ordre et d’unité au profit du principe libéral; elles tinrent malheureusement trop de compte de leur ambition. Venise ne voulait plus avoir à craindre un puissant voisinage; elle n’empêcha pas seulement son ancien ennemi François Carrare, déjà maître de Vérone, de réunir les anciennes possessions des Scala aux siennes ; elle assiégea ce seigneur dans Padoue, le força à se rendre par trahison, le fit décapiter, ne trouvant pas de prison plus sûre pour le retenir que la tombe, et resta maîtresse de tout le pays compris entre la Piave, les montagnes, le lac Garda, le Pô et les Lagunes, moins le Mantouan. Venise laissa d’abord leur constitution aux villes de Padoue, Vérone, Vicence; mais elle ne les respecta pas longtemps, sans songer qu’une bonne et forte alliance eût mieux valu qu’une domination contestée. A Florence, les Albizzi toujours dominants délivrèrent Sienne et guerroyèrent contre les petits seigneurs des Apennins. Enfin ils tournèrent toute leur attention sur Pise, non pour la délivrer, mais pour la soumettre. Gabriel Visconti, peu aimé des Pisans, vendit la citadelle aux Florentins. Cela n’eût pas suffi pour réduire les Pisans, si Jean Gambacorta, exilé, ne fût rentré dans la ville sous prétexte de rétablir son parti. Après avoir fait scs affaires comme défenseur du peuple, il vendit également sa patrie (1406). Triste fin d’une république qui avait jeté tant d’éclat ; mémorable exemple de la liberté se dévorant elle-même en présence de la tyrannie prête à la saisir ! En Italie, les républiques regardaient la vie politique comme une lutte, la liberté comme une conquête, ne se croyaient indépendantes que lorsqu’elles étaient maîtresses, et n’esti-

niaient la victoire que lorsqu’elle leur procurait la domination; elles ne s’apercevaient pas que par les triomphes d’une liberté égoïste, violente et usurpatrice, elles préparaient elles-mêmes l’asservissement commun. Il fallut dépeupler, ruiner Pise, pour la soumettre; lorsque l’herbe commença à pousser dans les rues, on put compter sur son obéissance.

Venise et Florence firent au moins un noble usage de leur influence nouvelle en cherchant à terminer le schisme qui éternisait les discordes. En 1406, un Vénitien, Grégoire XII, avait été donné pour successeur à Innocent VII par les cardinaux italiens avec la seule mission d’abdiquer. Les deux républiques insistèrent fortement auprès du nouveau pape italien, comme le roi de France auprès du pape d’Avignon, Benoît XIII, pour les pousser tous deux, en dépit de leur mauvais vouloir, à une abdication commune. Mais un nouveau prince, Ladislas de Naples, fils de Charles III de Duras, parvenu après une longue lutte à chasser les princes d’Anjou du midi de l’Italie, auteur d’une nouvelle révolution sur ce sol révolutionnaire, avait pris pour devise ces mots : Aut César , aut nihil, et il commençait à marcher par tous les moyens à son but. En 1408, parti de Naples avec des mercenaires, il s’empara de Rome et de quelques villes voisines par la trahison d’un Orsini, et, persuadant à Grégoire XII qu’il agissait dans son intérêt, il lui fit rejeter toute pensée d’abdication.

Florence insista d’autant plus pour l’extinction du schisme ; elle offrit la ville de Pise pour point de réunion aux cardinaux des deux obédiences, et les y vit constitués en concile général avec les principaux prélats et ambassadeurs de la chrétienté (1409). Le concile, selon le vœu général, déposa les deux pontifes comme hérétiques schismatiques, et élut à leur place le cardinal de Candie sous le nom d’Alexandre V. Mais il fallait mettre à exécution la sentence; Ladislas tenait Rome; Benoît XIII, toujours reconnu par l’Aragon, persistait dans la ville d’Avignon à garder la tiare, et Grégoire XII, réfugié sous la protection

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