‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 141 sur 338 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

de Malatesta de Rimini, continuait à vivre en pontife avec l’argent que lui fournissait le roi de Naples.

Florence, bien qu’abandonnée par Venise, essaya de vaincre toutes les résistances; elle appela en Italie, pour y faire une contre-révolution, Louis II, comte d’Anjou, et le jeta sur Ladislas; elle prit à sa solde Braccio de Montons, gentilhomme de Pérouse, pour résister à Sforza Attendolo, ancien paysan de Cottignola, envoyé contre elle par le Napolitain. Les condottieri commençaient à réunir entre leurs mains toutes les forces militaires de l’Italie; le sort de la péninsule dépendait d’eux dans un pays partagé entre des républiques livrées entièrement au commerce, et un roi ou des seigneurs qui ne pouvaient se maintenir contre les factions qu’à l’aide de soldats mercenaires. Louis II d’Anjou ne put s’emparer que du château Saint- Ange par la trahison; il se retira ensuite à Pise, puis en Provence, pour y rassembler une autre armée ; mais Braccio, plus hardi, après avoir chassé Sforza de la Toscane, força les portes du reste de Rome, le 2 janvier 1410, et, après la mort d’Alexandre V, fit élire un nouveau pape à la dévotion des Florentins, sous le nom de Jean XXIII. Louis II de retour fut encore moins heureux qu’à sa première campagne. Les Génois, qui venaient de secouer le joug de la France et de contracter alliance avec Ladislas, s’emparèrent de sa flotte avec les chevaliers qui la montaient. Mécontents de leur allié, les Florentins, mal avisés cette fois, congédièrent Braccio, et firent la paix avec Ladislas qui leur livra Tortone. Ils faillirent avoir à s’en repentir. Le roi de Naples acheta le surlendemain les troupes de Montone, et s’empara sur le pape, trompé par un traité, do la ville de Rome (1413), d’une partie du territoire de l’Eglise, et, avec quinze mille hommes, envahit de nouveau la Toscane. Florence allait avoir à faire la guerre sur de nouveaux frais, si le roi n’eût succombé subitement à une maladie, suite de ses débauches (1414).

L’avénement à Naples de Jeanne II, reine laide et impudique, livrée à des scandales qui ne laissaient point place à l’ambition, et la réunion du grand concile do Constance,

qui, pour rétablir décidément l’ordre dans l’Église, commença par déposer les trois papes rivaux et désarmer ainsi leurs partisans, promettaient un peu de paix à l’Italie. Dans la Lombardie, Philippe-Marie, par la mort de son frère, réunissait de nouveau Milan à Pavie. Venise, décidément héritière du commerce de Gênes, défendait Nègre pont et Candie, attaqués par le sultan turc Mahomet I". Florence, après tant d’agitations, jouissait en paix de' la prospérité que lui assurait l’administration de deux honnêtes citoyens, Maso Albizzi et Ussano, assez éclairés et libéraux pour admettre bientôt au partage du pouvoir des adversaires longtemps repoussés, entre, autres Jean de Médicis.

Les condottieri occupèrent la scène. Les querelles s’apaisaient, ils crurent le moment venu de travailler pour eux. Les États de l’Église étaient là sans maître. Les Manfredi à Faenza, les Ordelaffi à Forli, les Malatesta à Rimini, en tenaient déjà chacun un morceau. Parmi ces chefs, deux étaient au premier rang, Braccio et Sforza, qui différaient autant par leur origine que par leur tactique militaire. Le premier, gentilhomme de Pérouse, à la tête de petits corps qu’il s’était efforcé de rendre maniables et mobiles, harcelait les ennemis avec toutes les ruses et tous les pièges de la politique italienne transportés dans l’art militaire; le second, brave paysan, qui avait quitté la bêche pour l’épée, remarquable par sa force herculéenne, avait su donner de la solidité et de l’aplomb à ses fortes compagnies : il attaquait d’ensemble ses adversaires et emportait la victoire par masses. Braccio occupait et gouvernait Bologne, qu’un pape lui avait donné en dépôt. Sforza tenait garnison dans Rome et dans un grand nombre de châteaux des États de l’Église et du .royaume de Naples. Braccio de Montone, le premier, rendit leur liberté aux Bolonais pour attaquer Pérouse, sa patrie, d’où il avait été exilé fort jeune, y entra (1416), et en fit le centre d’une principauté qu’il arrondit des villes de Rieti, Narni et autres. Le paysan de Gottignola avait des visées plus ambitieuses. Maître de Rome, il voulait être grand connétable de la cour de Naples pour mieux réaliser scs plans. 11 jeta sans vergogne sa glorieuse épée

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