‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 142 sur 338 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

au milieu des honteuses querelles de la reine Jeanne II et de son nouvel époux, Jacques de Bourbon, qui ne prétendait pas jouer le second rôle comme époux et comme roi; il se (déclara pour la reine et épousa la sœur de Pandolfello Alopo, un de ses favoris, qui lui apporta une immense fortune. Il faillit la payer cher. Jeté en prison par Jacques de Bourbon, privé de ses dignités et de ses biens dans le royaume, il apprit encore que Braccio de Montone, oubliant la courtoisie déjà en usage entre les chefs de guerre, attaquait ses domaines dans les États de l’Église, et mettait sans façon la main sur la ville des papes où il nomma un sénateur. Sforza se tira néanmoins de cette situation critique; il excita une émeute dans Naples du fond de sa prison, se fit délivrer et contraignit Jacques à rendre à Jeanne II le trône et la liberté de choisir un nouveau favori. Ce service lui valut le titre de grand connétable du royaume; il marcha aussitôt sur Rome, pénétra dans le château Saint-Ange, grâce à un des cardinaux qui le défendait, et chassa son rival de la ville où il nomma luimême le sénateur.

L’arrivée du pape Martin Y définitivement élu par le concile de Constance, pour remplacer les trois papes précédents et terminer le schisme (1418), coupa court à cette singulière lutte de deux chefs de bande au sujet de la capitale de la chrétienté. Au moment où l’unité tendait à se rétablir dans l’Église, il eût été singulier qu’un condottiere héritât des dépouilles temporelles du saint-siège. Accueilli avec empressement parla république de Florence, qui croyait de son intérêt et de celui de l’Italie d’aider le saint-siège à reconquérir les États pontificaux, Martin V déploya une adresse qui eut un plein succès. J1 jeta d’abord Sforza sur Braccio, et ne confirma à ce dernier, battu, la possession de ses fiefs, qu’à la condition qu’il lui soumettrait de nouveau Bologne; il appela en Italie le jeune Louis III d’Anjou contre la reine Jeanne II pour faire diversion et donna même pour auxiliaire à celui-ci Sforza, qu’il détacha de la reine par quelques concessions de territoire. Jeanne, toujours en quête d’un protecteur, appela et adopta

Alphonse V, roi d’Aragon; l’arrivée de celui-ci, qui acheta Braccio avec la principauté de Capoue, força Louis III et Sforza d’abandonner leurs projets. Mais le pape atteignit son but; il parvint à rentrer dans Rome à la faveur de cette diversion et commença l’œuvre de la restauration du pouvoir pontifical en Italie. La politique du chef de l’Église avait brisé l’épée des deux condottieri. Une ancienne puissance politique, longtemps effacée ou déchue, recommençait en Italie.

Philippe-Marie reoonutltue le dnché de milan ; le condottiere Carmagnola ; nouveau «chlsme ; Eugène XV. — Angevins et Aragonaln («4*0-1449).

Mais, en même temps que la papauté, se trouva restaurée aussi la puissance de Philippe-Marie Visconti, héritier de cette politique constante dans la perfidie et le crime qui paraissait comme l’apanage de sa famille. Un condottiere, François Carmagnola, était aussi l’instrument de cette restauration; il lui avait successivement reconquis toutes les villes et châteaux précédemment distraits de sa succession, jusqu’à Plaisance, dont il enleva tous les habitants et qu’il laissa pendant une année dans une solitude qui effraya son ancien maître. Maintenant teint du sang de sa femme, Béatrix Tenda, qu’il avait fait décapiter comme adultère pour se débarrasser du fardeau de la reconnaissance, Philippe-Marie, ce tyran si laid qu’il craignait de se montrer aux hommes et au jour, si timide qu’il tremblait au bruit du tonnerre, recommençait par des entreprises sur Gênes à menacer l’indépendance de l’Italie. Abandonnés par Florence qui voulait les forcer à lui livrer Livourne, les Génois étaient obligés de proclamer seigneur le tyran milanais aux mêmes conditions qu’autrefois le roi de France, et de recevoir de sa main pour doge son capitaine, François Carmagnola (1421). Deux ans après (1423), le tyran chargea au nord Carmagnola de conquérir la vallée Lévantine ; au centre, il fit prendre dans la Romagne Imola et Forli, par Ange de la Pergola; au midi enfin, il envoya sur une flotte

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