‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 143 sur 338 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

génoise le condottiere Guido Torello au secours de Jeanne contre son ancien allié, Alphonse d’Aragon, et vit au moins dans cette guerre périr Sforza et Braccio, à son grand avantage.

Les Florentins agirent alors comme aux jours des grands dangers : ils instituèrent une commission des Dix de la guerre, firent alliance avec le roi d’Aragon et appelèrent tous les condottieri qui avaient servi sous Sforza ou Braccio. Battus partout, sur terre et sur mer, dans six engagements successifs, ils songèrent à Venise, qui venait de s’assurer du Frioul et de la partie de l’Istrie dépendante du patriarcat. Occupée hors de la péninsule contre les vassaux du roi de Hongrie, Venise ne paraissait point disposée à engager une nouvelle lutte contre le duc de Milan. En vain l’ambassadeur florentin, mêlant les reproches à la menace, dit au grand conseil: «Votre lenteur, en sacrifiant Gènes, a fait Philippe duc de Lombardie ; en nous sacrifiant, vous allez le rendre roi d’Italie; prenez garde, s’il faut nous soumettre, que nous ne le fassions empereur. » Le sénat ne céda qu’aux instances de Garmagnola, qui abandonnait le service du duc de Milan.

D’abord bien traité par Philippe-Marie, adopté par lui et devenu son gendre, le condottiere Carmagnola avait vu peu à peu son crédit baisser et ses services méconnus d’un maître ombrageux. Il jura de se venger, vint offrir ses services à Venise et décida le doge Foscari et la république à faire alliance avec Florence, le duc de Savoie, le duc de Ferrare et le roi d’Aragon (1426). Après avoir tant servi les autres, il voulait se servir lui-même. Pour résister à cette ligue formidable, Philippe-Marie rassembla autour de lui tous les condottieri renommés, Charles Malatesta, Nicolas Piccinino et le jeune François Sforza, qui ne paraissait pas devoir être inférieur à son père. Mais Florence fournit des sommes considérables aux alliés : elle mit sous le nom de cadastre un impôt sur le revenu de ses citoyens, et Carmagnola fit passer la victoire de son côté. Tandis que les Vénitiens brûlèrent près de Crémone, après un combat acharné, une flotte équipée sur le

Pô par le duc de Milan, le célèbre condottiere s’empara de Brescia et de son territoire, et défit complètement à Macalo l’armée milanaise divisée par les jalousies de ses chefs (1427). Pbilippe-Marie demanda la paix (1428); il céda aux Vénitiens la limite de l’Àdda, et de plus le Brescian et le Bergamasque, et promit à Florence de ne point se mêler de la Toscane; en réalité, il n’attendait qu’une occasion de se venger.

L’année suivante en effet, comme Martin V excitait par ses exactions la révolte de Bologne, et que Florence attaquait Lucques, il reprit les hostilités. Un de ses condottieri, Piccinino, défit en 1430, sur les bords du Serchio, les Florentins, qui avaient voulu détourner le fleuve sur les murailles de Lucques pour y entrer à sa suite par la brèche. En 1431, Sforza, encore plus heureux, assaillit Carmagnola près de Soncino, lui prit seize cents hommes, le suivit sur les bords du Pô, où il allait couvrir une flotte vénitienne qui s’avançait sur Crémone, le trompa en feignant de lui offrir la bataille, et fit passer une partie de ses soldats sur la flotte milanaise, qui détruisit en partie celle des Vénitiens.

Garmagnola fut la seule victime de cette défaite; les deux procurateurs vénitiens qui l’accompagnaient sans cesse tenaient celni-ci pour suspect depuis que, après la victoire de Macalo, il avait, par une courtoisie habituelle aux condottieri, rendu la liberté à tous ses prisonniers. Le condottiere avait plus d’une fois blessé la noblesse vénitienne. «C’étaient, avait-il dit, des superbes dans la guerre et des lâches dans la paix. » Le conseil des Dix, après la batille de Crémone, crut voir une trahison où il n’y avait qu’une faute ; il manda Carmagnola sous prétexte d’arrêter avec lui un plan de campagne, le fit recevoir avec honneur aux portes du palais du doge, puis saisir, mettre à la torture et décapiter sur la place Saint- Marc, un bâillon dans la bouche, sans qu’on produisît jamais rien pour expliquer cette perfide et mystérieuse exécution (1432).

Malgré les chances que pouvait lui offrir la mort d’un

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