LIVRE X
aussi redoutable ennemi, le duc de Milan signa à Fcrraro un traité de paix avec Venise et Florence. Il espérait tirer meilleur parti des événements qui surgissaient alors en Italie.
Le pape Eugène IV, successeur de Martin V, obligé de laisser ouvrir à Bâle le concile convoqué par son prédécesseur, était bientôt entré en lutte ouverte avec cette assemblée, qui le sommait alors de comparaître devant elle, et le menaçait de déposition. A Florence, après la mort de Maso des Albizzi et de Jean de Médicis, qui avaient fait régner longtemps la concorde entre les partis aristocratique et démocratique, Renaud des Albizzi (1432) avait jeté Cosme de Médicis dans la tour de l’Horloge, et fait prononcer par une balie contre lui et ses principaux amis une sentence d’exil (1433). Mais, l’année suivante, la seigneurie, disposée plus favorablement pour les Médicis, provoqua, sur la demande des nombreux clients de Cosme, une autre balie qui rappelait l’exilé pour envoyer à sa place Renaud et les siens; et Cosme, rentré triomphalement, recevait les titres de bienfaiteur du peuple et de père de la patrie. Enfin, dans le royaume de Naples, la mort de Jeanne II léguait une guerre de succession que ses caprices avaient déjà préparée de son vivant. Les Napolitains se déclaraient pour René d’Anjou, le plus proche héritier do Louis III, mort récemment en Calabre, tandis que Alphonse V, roi d’Aragon et de Sicile, venait en personne réclamer la succession et mettre le siège devant la ville de Gaéte.
La péninsule était juste dans l’état où pouvait la désirer Philippe-Marie. La vipère milanaise aimait et trouvait profit à faire serpenter sa politique perfide et venimeuse au milieu de l’anarchie. Philippe-Marie envoya dans les États de l’Église François Sforza et Forte Braccio, qui, sous prétexte d’exécuter les arrêts du concile de Bâle , forcèrent Eugène IV à se retirer à Florence ; il fit partir de Gênes, pour agir de concert avec René d’Anjou, l’amiral Biaise d’Assereto, qui fit prisonnier le roi d’Aragon avec ses deux frères et les ramena en triomphe à Milan (1435). Florence seule arrêta le tyran; Cosme de Médicis, se liguant avec Neri
Capponi, habile capitaine et adroit politique, exila tous ses ennemis, prit à sa solde Sforza, le réconcilia même avec le pape, et, grâce à ce condottiere, fit essuyer à Piccinino, la défaite de Barga, qui changea tout le plan de Philippe- Marie (1437).
Tout à coup celui-ci rend la liberté au roi d’Aragon, lui fournit des secours pour rétablir ses affaires aux dépens de René, conclut une trêve de dix ans avec Sforza et les Florentins et tourne toutes ses forces contre les États de l’Église où il soulève Bologne, et contre Venise à qui il cherche à enlever le territoire précédemment cédé au delà de l’Adda. Ce revirement tourne contre lui. Les Génois avaient, par une vieille haine contre les Catalans, embrassé avec enthousiasme la guerre contre Alphonse, qui leur avait pris la Sardaigne et qui avait aidé Visconti à les soumettre tout récemment. Quand ils savent Visconti réconcilié avec l’Aragonais, ils se soulèvent, chassent leur gouverneur, la garnison milanaise, et se mettent en liberté. D’un autre côté, à la nouvelle que Piccinino, le plus fidèle des condottieri de Visconti, presse étroitement Brescia, couvre de soldats le territoire de Vérone et isole du continent Venise qui commençait à désespérer, Florence devine tous les desseins de Visconti ; elle reprend à son service Sforza, tenu d’ailleurs par son traité avec le pape à garantir les États de l’Église, et recommence la guerre (1439), tandis que René d’Anjou, récemment arrivé dans la ville de Naples, et Alphonse, débarqué de nouveau sur les côtes du royaume, en viennent aussi aux mains. Le renouvellement du schisme met le comble à la confusion. Eugène IV, déclaré contumace par les pères de Bâle, convoque à Ferrare , puis à Florence (1439), un concile rival; tandis qu’il y rassemble des prélats romains et italiens, et, devant l’empereur d’Orient Paléologue et des députés du clergé grec, y fait déclarer après une longue et savante discussion théologiquo la réunion des deux Eglises, les pères de Bâle prononcent sa déposition et élèvent à sa place Félix V. Les puissances belligérantes en Italie prennent parti selon leur intérêt dans le nouveau schisme : le duc de Milan et Alphonse