‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 145 sur 338 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

d’Aragon pour Félix V ; Venise, Florence, René d’Anjou, pour Eugène IV. Cependant l’éclat que jette bientôt le concile de Florence, où l’on réunit passagèrement les deux églises, et où l’on prêche une croisade qui ne fut jamais faite, l’obscurité dans laquelle tombe celui de Bâle bientôt transporté à Lausanne, l’opinion européenne même représentée par l’empereur Frédéric III et le roi de France Charles VII, travaillent en faveur d’Eugène IV, qui tenait Rome.

Les deux condottieri Sforza et Piccinino furent chargés surtout de trancher en Italie la querelle politique et religieuse. Le premier conduisit son armée par les montagnes au centre même des opérations de Piccinino, le battit, au nord du lac de Carda, et reprit Vérone un instant tombée au pouvoir de son ennemi. Piccinino , l’année suivante (1440), essaya vainement d’arracher son adversaire de la Lombardie en se jetant sur la Toscane. Cosme et Neri Capponi recommandèrent à Sforza de ne pas abandonner la défense du territoire vénitien, reçurent Piccinino avec une nouvelle armée de condottieri soudoyés par la république et par le pape, et le forcèrent à rebrousser chemin après l’engagement d’Anghiari, où les soldats des deux partis se ménagèrent du reste au point que, selon Machiavel, il n’y eut qu’un homme de tué après un engagement de dix heures. Déjà on répandait plus d’argent que de sang dans les guerres italiennes; la diversion de Piccinino n’empêcha pas François Sforza de chasser les Milanais du territoire vénitien et de menacer bientôt celui de Visconti.

Pressé par François Sforza et par les exigences de scs propres capitaines qui voulaient profiter de sa détresse pour vendre chèrement leurs services, le duc de Milan croit se tirer encore d’embarras par un de ces brusques retours qui lui étaient habituels. Il désarme Sforza en lui donnant en ' mariage sa fille Blanche avec les seigneuries de Crémone et de Pontremoli, et le fait arbitre entre lui et les deux républiques. Sforza leur dicte la paix de Capriana (1441). Mais, comme toujours, Philippe-Marie, en traitant, a dissimulé une arrière-pensée de vengeance, et sous la paix il

cache une guerre nouvelle. Il n’a fait entrer Sforza dans sa famille et ne l’a accablé de biens que pour le mieux perdre. Sous prétexte de faire sa fortune, il envoie son nouveau gendre dans le midi où Alphonse presse vivement dans Naples le roi René, puis, aussitôt qu’il le voit éloigné, il se déclare en faveur d’Alphonse, lui envoie des secours, et se réconcilie avec le pape, auquel il offre de rendre la marche d’Ancône, pour accabler son gendre sous une ligue des princes italiens (1442).

Ce fut la fortune du grand Sforza. Le fils du paysan de Cottignola n’était pas le premier des condottieri qui eût rêvé de faire servir ses talents et sa puissance militaire à la fondation d’une principauté particulière en Italie. Déjà seigneur d’Ancône au centre, de Crémone et de Pontremoli au nord, possesseur de fiefs nombreux à Naples, il approchait du but plus qu’aucun de ses prédécesseurs. Attaqué de tous côtés, même par la perfidie et la trahison qui se glissaient jusque dans son camp, il résolut de ne plus se mettre à la merci d’autrui, et montra qu’il était digne de tenir la place d’un des princes conjurés contre lui. Il n’y avait plus rien à faire dans le royaume de Naples où Alphonse Y devenait décidément le maître. Forcé d’abandonner la cause de René d’Anjou qui perdit bientôt Naples et son royaume, dépouillé de ses fiefs dans le midi, Sforza concentre toutes ses forces dans la marche où il est poursuivi par Alphonse et par Piccinino, et se défend par des prodiges d'énergie, d’habileté et d’audace. Deux de ses lieutenants le trahissent pour passer à son ennemi ; il les rend suspects à Alphonse. Piccinino et ses deux fils entrent un instant dans la Marche ; il favorise à Rologne une révolte des Bentivoglio qui se mettent à la tête de la république. Infatigable , même dans l’hiver , il surprend à Monte Lauro le condottiere Piccinino, puis ses deux fils à Mont’ Olmo (1444) , et, par ces deux victoires, il fait mourir de chagrin le premier capitaine des Visconti. Cependant Venise et Florence, encouragées, recommencent alors contre Philippe-Marie l’ancienne guerre un instant suspendue. Attaqué jusque dans scs États par les trouhist. d’italie.

Page 1