‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 147 sur 338 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

dressa au duc de Savoie, aux Florentins, au pape. Le duc de Savoie lui envoya quelques soldats, mais pas assez pour la sauver. Le nouveau pape Nicolas V était tout occupé de restaurer le pouvoir pontifical dans les murs de Rome aux dépens de la commune. Il semblait de l’intérêt de Florence de favoriser l'affermissement d’une nouvelle république en Italie. Mais cette ville n’était plus libre de pratiquer la politique qu’elle avait précédemment suivie. Cosme deMédicis, après avoir dominé la république de concert avec Neri Gapponi, était parvenu à neutraliser le crédit de son allié, et gouvernait maintenant seul et presque sans contrôle. Lié avec le condottiere auquel il avait souvent fourni de l’argent, Cosme disposa des Florentins en sa faveur, et lui fit encore passer des sommes considérables sous main pour assurer l’exécution de ses desseins. L’argent et le fer, le fils d’un foulon et celui d’un paysan, s’unirent pour porter le dernier coup à la liberté.

Les sacrifices et le courage des Milanais furent insuffisants. Sforza battit les troupes du duc de Savoie, et réduisit bientôt Milan à ses murailles; Venise se ravisa, mais trop tard, à la pensée d’avoir un voisin aussi puissant que Sforza; elle voulut faire conclure une paix qui accorda à la république milanaise le territoire compris entre l’Adda et le Tessin, et à Sforza sept des plus grandes villes de la Lombardie avec leurs provinces. Le condottiere feignit d’accéder à ces conditions, retira quelque temps ses troupes pour laisser les Milanais épuiser leurs provisions en ensemençant leurs terres, puis revint sur ses pas, intercepta tous les convois de vivres, et serra la ville de si près, que le peuple, affamé, s’empara du palais public, ouvrit les portes au vainqueur, et le laissa prendre sur l’autel de la cathédrale de Milan la couronne ducale, le sceptre et l’épée, symboles de sa dignité nouvelle (1450).

Venise essaya encore de protester contre le fait accompli; elle s’allia avec le roi de Naples, Alphonse, jusque-là son ennemi, avec le duc de Savoie et le marquis de Montferrat, pour contre-balancer l’étroite union de Sforza et de . Florence, qui changeait toute la situation de l’Italie. Une

double campagne du duc de Calabre, en Toscane, et de Piccinino, au service des Vénitiens, dans le Milanais, tourna à la confusion des ennemis du nouveau duc de Milan ; la liberté lombarde fut décidément comprimée sous une nouvelle maison ducale, comme celle de la Toscane, escomptée par le banquier du condottiere. L’empereur Frédéric III, le dernier des césars allemands couronnés à Rome, forcé de traverser l’Italie comme un simple particulier pour aller recevoir à Livourne son épouse, Eléonore de Portugal, et à Rome la couronne impériale (1452), put constater que l’Italie n’avait repoussé le joug étranger des Césars que pour tomber sous celui de petits tyrans indigènes.

La liberté rendit son dernier soupir l’année suivante, avec Stephano Porcaro, là où elle avait jeté son premier cri avec Arnauld de Rrescia. Gentilhomme romain de bonne famille, Stefano Porcaro, après avoir cherché deux fois à persuader aux Romains de ressaisir le gouvernement de la ville retombé au pouvoir du pape depuis la fin du schisme, revint tout à coup de Bologne où il était exilé en 1453 avec quatre cents compagnons, pour convoquer le peuple au rétablissement de la république romaine. Saisi, avec les conjurés, dans la maison de son frère, encore revêtu de la pourpre sénatoriale, il fut pendu le lendemain, lui neuvième, sans autre forme de procès; triste fin d’un homme généreux « dont quelqu’un, dit Machiavel, a pu louer l’intention, dont tous ont blâmé le jugement! »

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