‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 148 sur 338 · LIVRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE XL

État politique de l’Italie au milieu du quinzième siècle. — Commencement de la renaissance. — Ferdinand I,r de Naples et Jean de Calabre; Pie II, la croisade, Paul II, Pierre de Médicis, Galéas Sforza (1454- 1470). — Laurent et Julien de Médicis; le pape Sixte IV et l’État de l'Église; conspirations à Milan et à Florence; guerres de Sixte ÎY et de Laurent le Magnifique contre Florence, Ferrare et Venise (1470- 1484). — Puissance de Laurent, éclat trompeur de la civilisation; Jérôme Savonarole (1484-1493).

itot politique de l’Italie au milieu du quinzième alècle.

La question si vivement débattue depuis deux siècles entre le despotisme et la liberté, l’aristocratie et la démocratie, était résolue dans les différentes parties de la péninsule. L’établissement de deux dynasties nouvelles et puissantes, celle de Sforza et celle d’Aragon, rangeait sous le pouvoir monarchique le midi et le nord de l’Italie. La rigueur du premier des papes, définitivement vainqueur du schisme, envers Stefano Porcaro, montrait l’affermissement du saint-siège restauré à Rome, et annonçait le rôle qu’il allait jouer dans la Péninsule. Borso d’Este à Ferrare, en achetant de l’empereur Frédéric III l’érection de sa seigneurie de Modène et de Reggio en duché, donnait à son pouvoir de fraîche date une sanction que le temps avait

déjà apportée aux marquis de Gonzague à Mantoue, et surtout au duc de Montferrat. Amédée VIII, depuis qu’il avait reçu le titre de duc de Savoie et réuni toutes ces possessions, un instant distraites de sa maison, qui faisaient de lui le portier des Alpes, affermissait une autorité déjà bien vieille. Dans les dernières républiques, le nom survivait encore à la chose, mais la liberté en était également bannie.

A Venise, le redoutable conseil des Dix se resserrait encore dans le tribunal secret des trois inquisiteurs d’État f établi en 1454; et dès lors une police ingénieuse et hardie dans ses moyens, prompte et terrible dans ses répressions, assurait partout l’ordre et l’obéissance; une même surveillance et une même terreur pesaient sur toute la hiérarchie administrative, depuis le doge, les Dix et le sénat, jusqu’aux recteurs des provinces, aux généraux et aux ambassadeurs, sans excepter le secret tribunal, qui était la pierre triangulaire de tout le système, et qui avait pris ses précautions contre lui-même. Le doge Foscari, depuis trente-quatre ans à la tête de la république, mais pour sa gloire et ses services jalousé de la noblesse, était alors la première victime de ce redoublement de méfiance aristocratique. Son fils, mis à la torture et exilé sur une vague dénonciation, venait de se faire prendre en défaut par le conseil, pour obtenir, à l’aide d’un nouveau procès et de tortures nouvelles, de mourir au moins dans sa patrie, après avoir embrassé son vieux père et ses enfants. Le tribunal, malgré la conduite stoïque du doge au milieu de ses malheurs, ne pouvait lui pardonner même la complicité de son cœur, et le força d’abdiquer, presque aux portes du tombeau : Foscari mourait en entendant les cloches qui annonçaient l’installation de son successeur.

A Florence, la mort de Neri Gapponi, en 1455, assurait la puissance de Gosme de Médicis. Elle était déjà si bien établie qu’il ne jugeait plus nécessaire de provoquer la création révolutionnaire d’une balie pour remplir des noms de scs partisans les bourses du scrutin. Tous les magistrats entrant en charge se trouvaient être ses clients.

Page 1