‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 150 sur 338 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

Alphonse Ier, sans déployer toute la munificence de Cosme, mérita aussi par sa libéralité le nom àe Magnanime. Sous sa protection Laurent Valla, Antonio Beccadelli, de Païenne, et Pontanus, relevèrent l’académie napolitaine depuis longtemps tombée en discrédit ; les deux premiers payèrent le zèle éclairé de ce monarque et de son successeur en se faisant leurs historiographes. Le condottiere François Sforza, à Milan; le marquis de Gonzague, à Mantoue, élève de Victorin de Feltre; Nicolas et son fils Lionel, à Ferrare, ce dernier, poëte lui-même; les Montefeltri, à Urbin, suivaient l’entraînement général. .

Ce retour à l’antiquité dans la littérature eut sur les arts une influence que les plus distingués d’entre les princes italiens, Gosme surtout, ne manquèrent pas de favoriser. Donatello commença à sculpter d’après l’antique; il recueillit avec les encouragements et les secours de Gosme tous les restes de chefs-d’œuvre depuis longtemps oubliés, et ramena les arts du dessin à la netteté et à la noblesse des formes. Brunelleschi tira de l’oubli les ordres de l’ancienne architecture grecque ; il fit passer les lignes des caprices de l’ogive à la sévérité de l’angle droit ou de l’arcade, substitua le dôme romain au cône gothique, et prépara une révolution dans l’architecture. Dans la voie tracée par le premier, le Masaccio, rappelé d’exil par Cosme, perfectionna dans la peinture le clair-obscur, arrondit et harmonisa les formes; le profond frà Angelico de Fiesole travailla davantage l’expression et la physionomie. Brunelleschi trouvait un émule dans Michellozzo Michellozzi; Cosme de Médicis, avec ce tact exquis et ce sentiment de l’art qui ne l’abandonnait jamais, employa chacun d’eux, selon ses aptitudes, à bâtir, le second son palais de Florence, nommé aujourd’hui palais Riccardi, ses maisons de campagne de Carreggi et de Fiesole; le premier l’église Saint-Laurent, l’abbaye de Fiesole et le couvent de Saint-Marc, qui le préparaient à une œuvre plus grande. Enfin, dans un travail qui tient de l’architecte et du sculpteur, Gosme, en mettant en adjudication les portes de l’église San-Giovanni, donna l’occasion à Ghiberti d’achever

ce chef-d’œuvre que Michel-Ange jugeait digne d’orner l’entrée du paradis.

Ferdinand I" de fftplMetfean de Calabre; Pie II, la croisade,

Paul II, Pierre de Médlcla, Galcas 8 força (I4t<-I41«j,

Les princes italiens sauraient-ils entretenir la concorde entre eux comme l’enthousiasme des lettres et des arts parmi leurs sujets, pour défendre contre l’étranger l’indépendance de l’Italie qu’ils avaient asservie? La paix intérieure était la première condition de la sécurité au dehors en face des prétentions et des convoitises qui la menaçaient de tous côtés. Le droit de l’empire germanique sur la Lombardie dormait, mais n’était pas éteint. Les ducs d’Orléans, de la ville d’Asti, dont ils étaient restés maîtres, protestaient contre ce qu’ils appelaient une spoliation à Milan; ceux d’Anjou, de la Provence, ne menaçaient pas moins l’Aragonais dans Naples. Enfin, en 1453, un nouvel ennemi plus redoutable, Mahomet II, chef des Turcs ottomans, mettait en danger non-seulement l’indépendance, mais la religion de l’Italie, de l’Europe même, en s’emparant de Constantinople, qui ne fut secourue que par deux mille Génois intéressés à son salut à cause de leur faubourg de Péra.

Sous l’impression de la chute de ce rempart de la chrétienté, royauté, tyrannies et républiques en Italie, signèrent la paix et l’alliance do Lodi (1454). Alphonse V, Sforza, Cosme et Nicolas V, s’efforcèrent même, tant qu’ils vécurent, de maintenir l’union, ou n’y firent que de légères infractions. Mais, cette même année, Venise, séparant ses intérêts de ceux de l’Italie et de la chrétienté, conclut un traité de bon voisinage avec Mahomet II, pour conserver à Constantinople, comme sous les empereurs grecs, un bayle chargé de surveiller ses intérêts dans le Levant. Alphonse aussi continua à combattre Gênes, malgré l’intervention du successeur de Nicolas V, Calixte III, qui voulait qu’on songeât seulement à sonner chaque matin la cloche des Turcs dans toute la chrétienté. Gênes se vit obligée de reconnaître le roi de France Charles VII pour son seigneur,

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