‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 151 sur 338 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

et confia sa défense à Jean de Calabre, fils du roi René d’Anjou.

• La mort d’Alphonse (1458) amena une guerre sérieuse. Ce prince avait fait reconnaître pour son successeur Ferdinand, enfant illégitime, par un parlement composé de seigneurs, prélats et députés des villes du royaume. Calixte III réveilla les espérances de Jean de Calabre, dont l’ambition était déjà excitée par les conseils et les rancunes des Génois. Le célèbre Æneas Sylvius Piccolomini, ancien secrétaire du concile de Constance, de l’empire et de la papauté, connu dans toute l’Europe par son érudition, son éloquence et son habileté, devenu pape en 1458, sous le nom de Pie II, tenta vainement d’arrêter les hostilités; il reconnut Ferdinand par un traité qui assurait au saintsiège la possession de Bénévent et le payement d’un tribut annuel. Le nouveau roi travailla contre lui-même ; il mécontenta par ses exactions et ses cruautés les barons napolitains, qui invitèrent Jean de Calabre à passer dans le midi de l’Italie.

Le fils de René, arrivé avec les vaisseaux et l’argent des Génois, reçu avec enthousiasme par les seigneurs de la Campanie et des Abruzzes, s’empara d’abord des principales villes de la Pouille, et défit Ferdinand dans une première bataille à Sarno (1460), près de Nola. L’Italie tout entière fut agitée par l’attente d’un grand changement. Venise, qui avait eu plusieurs fois à combattre les vaisseaux d’Alphonse dans l’Adriatique, Florence même, étaient prêtes à embrasser le parti des Angevins. Slorza cependant fit 1 appel à la vieille amitié de Cosme, obtint la neutralité des deux républiques et envoya ses deux frères au secours de Ferdinand. Pie II, de son côté, désireux avant tout d’éviter une révolution, se déclara ouvertement pour l’Aragonais et lui envoya Montefeltro avec une armée. Piccinino, condottiere au service de Jean de Calabre, battit d’abord ses adversaires près de San Fabiano ; mais une sédition, excitée à Gênes par le duc de Milan, fit perdre cette ville aux Angevins. Le contre coup se fit ressentir au midi où Ferdinand, secouru par le héros albanais, Scanderbeg,

vainquit complètement à Troia (1462) Jean de Calabre, qui ne put que prolonger deux ans encore une lutte inutile.

Le pape Pie II essaya alors d’entraîner l’Italie avec la chrétienté dans une croisade qu’il rêvait depuis le jour de son exaltation. Venise, attaquée dans sa possession de Morée, effrayée de voir flotter, de l’autre côté de l’Adriatique, l’étendard du croissant, venait de recommencer la guerre contre les Turcs, soutenue par le Hongrois Mathias Gorvin et par l’Albanais Scanderbeg. Pie II, dont les émissaires parcouraient toute l’Europe, offrit le commandement de la croisade au duc de Bourgogne, annonça qu’il se mettrait lui-même à la tête de la sainte expédition et fixa le rendez-vous à Ancône pour l’année 1464. Le sénat de Venise força son vieux doge Mocenigo à s’embarquer avec dix galères pour aller prendre le pontife. Mais le duc de Bourgogne ne parut point. Pie II à Ancône ne trouva qu’une multitude en désordre, affamée et sans armes, qui s’en retourna en voyant que le pontife n'avait à lui offrir que des indulgences; lui-même, saisi de découragement, n’ayant à entreprendre avec Mocenigo qu’wne guerre de vieillards , mourut de douleur. Le temps de la renaissance n’était pas favorable à la croisade. Il ne fallait point parler d’une guerre offensive à l’Italie désunie par l’ambition de ses princes.

Cette mort et celle de Cosme de Médicis, qui arriva la même année, portèrent un nouveau coup à l’union de l’Italie. Paul II, élu à la condition de poursuivre la guerre contre les Turcs, abjura promptement ce qu’il avait signé et laissa Venise seule aux prises avec eux. A Florence, après la mort de Cosme, le Poggio ou la Montagne, ainsi appelé de la colline où s’élevait le château de Lucca Pitti, c’està-dire le parti des républicains, tenta de reprendre le dessus. Mais le chef de la Plaine [il Piano), Pierre, fils de Cosme, corrompit Lucca Pitti, qui venait d’enfouir sa fortune dans les magnificences de ce palais inachevé destiné à être plus tard le séjour des souverains de la Toscane. Une balie créée violemment exila tous ses ennemis, et

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