LIVRE XI
institua une commission de cinq membres chargés de choisir tous les deux mois le gonfalonier et les prieurs. Pierre laissa alors l’administration entre les mains de ses clients ; et Florence, entre la liberté et la servitude, ne put empêcher François Sforza de s’emparer, en 1645, de Gênes, qui n’était restée libre qu’entre la venue et la fuite de son archevêque, Paul Frégoso, entre comme un pirate dans son port et sorti de ses murs comme un brigand.
Il semblait que chacun des nouveaux personnages que la mort appelait à disposer alors des destinées de l’Italie prît à tâche de faire regretter son prédécesseur. Ferdinand de Naples, après s’être vengé de ses ennemis par l’assassinat du prince de Tarente, du condottiere Piccinino, du duc de Suessa, accablait son peuple d’impôts, et faisait marchandise de tout dans son royaume, pour satisfaire une avarice dont eût rougi son père le Magnanime. Paul II était plus soucieux de se faire admirer du peuple romain comme un nouvel Aaron dans ses ornements pontificaux que de protéger les savants, dont il dispersa même assez durement les innocentes réunions à Rome, et plus occupé de poursuivre les Malatesta dans la Romagne, et de jeter Jean Huniade sur leshussites, que de s’opposer aux progrès des Turcs. Le condottiere couronné, en mourant l’an 1466, fit place à Milan au tyran Galéas. Sorti sous un déguisement de France, où il était occupé à défendre Louis XI contre les seigneurs révoltés, époux de Bonne de Savoie, belle-sœur de ce roi, accusé de la mort de sa mère, dont l’énergique présence d’esprit lui avait conservé le pouvoir, Galéas Sforza substituait le faste à la grandeur, la tyrannie à l’autorité dans le gouvernement, l’esprit de tracasserie à la prudence dans la politique, la licence à la réserve dans la vie privée; il abusait en fils do parvenu, avec incontinence et cruauté, de la fortune et de l’autorité conquises par son père.
Seule active au milieu de cet égoïste affaissement, Venise, par sa morgue aristocratique et ses préoccupations étroitement commerciales, perdait les bénéfices de scs
l'italie princière, LE PRINGIPAT ROMAIN. 303
efforts multipliés. Au lieu de déployer toutes ses forces contre les Turcs, et de négliger des intérêts ou des injures secondaires, elle disputait le transit de quelques marchandises à Trieste, poursuivait par le fer et le feu une réparation du grand maître des chevaliers de Rhodes, et, pendant ce temps-là, laissait périr Scanderbeg, perdait l’isthme de Corinthe, fuyait devant une flotte turque dans les Dardanelles, et voyait en 1470 les Osmanlis emporter d’assaut Négrepont.
Laurent et Julien de Médlela ; le pape Mixte IV et l'état de l'Église; conspirations à nllan et à Florence; guerre de Sixte IV et de Laurent le Magnifique contre Florence, Ferrure et Venise î tîo-i l*»t .
L’avénement de Laurent de Médicis, reconnu presque sans obstacle, avec son frère Julien, comme chefs du gouvernement (1469), rompit l’uniforme succession de ces princes incapables ou méchants, dans les différents États d’Italie.
Doué d’heureuses qualités, élevé avec soin par Christophe Landino, professeur d’éloquence latine, et par le Grec Argyropyle, compagnon du platonicien Marsile Ficin et du jeune poète Ange Politien, Laurent de Médicis, savant et poète lui-même, commença dès les premiers jours à exercer le pouvoir en ami éclairé des lettres et des arts. Il rétablit l’université latine de Pise. A Florence, il fonda l’académie grecque; il lit disposer les vastes jardins du couvent de Saint-Marc pour recevoir les nouvelles acquisitions d’antiques, ajoutés à la collection de Cosme, et donna à Bertaldo, élève de Donatello, la surintendance de cet établissement qui devint bientôt, sous le nom de Muséum Florenlinum, une académie des beaux-arts. Partageant l’enthousiasme de son ami Marsile Ficin pour Platon, il institua une fête anniversaire en l’honneur du philosophe grec, et il l’inaugura lui-même en composant un dialogue en l’honneur de la nouvelle doctrine, connue sous le nom à’altei'cazione.
Mais celui qui ne trouvait de plaisir, même dans sos