‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 153 sur 338 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

heures sérieuses, que sous les fraîches ombres de Careggi ou de Caffagiolo, sacrifiait trop aisément le loisir de l’heure présente aux soucis d’une prévoyance que devait cependant lui imposer un temps gros d’embarras et de périls. Sous le coup de la prise de Négrepont, il renouvela avec le pape Paul II et les États de l’Italie, en 1471, la ligue conclue à Lodi, en 1454, pour la défense commune. Mais il oublia aussi promptement, dans la compagnie des trois poètes Pulci, ou dans les entretiens d’Ange Politien, les sévères devoirs que lui imposait cet engagement. Venise, abandonnée de l’Italie, fut obligée de rechercher l’alliance du conquérant de l’Asie, Ussun Gassan, contre les Turcs, et réduite à exercer des ravages inutiles dans la Carie, l’Ionie et l’île de Cos. Elle ne fut heureuse qu’en Chypre, où elle avait marié la fille d’un riche négociant, Catherine Cornaro, au roi Jacques de Lusignan ruiné. A la mort de celui-ci, en 1473, elle se porta comme tutrice de Catherine qu’elle avait déclarée fille de Saint-Marc, et mit garnison dans toutes les citadelles de l’île.

L’ avènement d’un nouveau pape, animé de l’ambition de faire des Etats de l’Église une puissance temporelle importante en Italie, vint troubler la tranquillité et î’équilibre que Laurent le Magnifique avait essayé de faire régner dans la péninsule à Lodi. Issu de la famille de la Eovère, Sixte IV voulait rétablir dans tout l’État de l’Église l’autorité pontificale que ses prédécesseurs avaient déjà relevée à Rome et se servit pour y réussir des ressources que sa nombreuse famille mettait à sa disposition. Dans le principat romain, il inaugurait le rôle du népotisme. Non content de prodiguer les grâces spirituelles à ses neveux : à Pierre Riario, qui mourut bientôt de ses excès, le cardinalat de Saint-Sixte, l’archevêché do Florence et le patriarcat de Constantinople; à Julien de la Rovère, un grand nombre de bénéfices dans les États romains; il créa duc d’Imola Jérôme Riario, préfet do Rome Léonard de la Rovère, et chargea le cardinal-soldat Julien de la Rovère de reconquérir Spolète, Todi

el Gittà di Gastello. Il maria ses deux neveux laïques aux iiiles du duc d’Urbin et du roi de Naples. Si l’on ne pouvait blâmer le pape de vouloir ramener à l’unité de pouvoir les États de l’Église, cette création de petits princes nécessairement éphémères, cette ardeur guerroyante, en Italie, d’un pape qui refusait d’envoyer sa flotte contre les Turcs, devaient exciter l’étonnement et la crainte. Les deux villes de Venise, de Florence, et le duc de Milan, effrayés de l’union étroite de Sixte IV, de Ferdinand et du nouveau duc d’Urbin, condottiere renommé, formèrent une ligue particulière (1474) ; et la confédération de Lodi, qu’on avait deux fois jurée, et que les progrès des Turcs rendaient tous les jours plus nécessaires, fut rompue. Rien d’étonnant que les peuples italiens, trahis par la faiblesse ou l’égoïsme de leurs souverains, regrettassent le sacrifice de leur liberté qui allait peut-être entraîner la perte de leur indépendance. Leurs regrets et leur mécontentement ne s’exprimèrent cependant que par des conspirations ou des assassinats isolés qui restèrent sans résultat, et prouvèrent trop clairement que les gouvernés étaient tombés aussi bas que les gouvernants. Dans l’espace de deux ans, cinq tentatives de cette sorte eurent lieu.

L’an 1476, à Ferrare, Nicolas, fils du marquis Lionel, tenta de remplacer son oncle, Hercule Ier, qui avait reçu le duché des mains de son frère Borso. Il entra en effet dans la ville avec quelques exilés et des soldats fournis par le duc de Mantoue et par Galéas. Mais le peuple ne voulut mêmepas changer de maître; Nicolas, surpris par son oncle bientôt de retour, fut décapité avec vingt-cinq de ses compagnons.

A Gênes, le peuple était fort mécontent de la domination de Galéas, qui violait toutes les conditions auxquelles François Sforza avait été accepté comme seigneur, et ne prenait aucun soin de la prospérité de la ville. Il n’avait ni protesté contre la prise de possession de Famagouste, en Chypre, par les Vénitiens, ni tenté de sauver la célèbre colonie génoise de la mer Noire, Caffa, tombée l’année pré-

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