LIVRE XI
cédcnte au pouvoir de Mahomet II. Un certain Jérôme Gentile rassembla, une nuit, un grand nombre de gens armés, s’empara de toutes les portes, et appela les citoyens à la liberté ; il fut accueilli avec indifférence par ie peuple, et le conseil de la ville lui remboursa ses frais d’émeute pour lui faire abandonner l’entreprise. Gênes elle-même, la ville inconstante par excellence, recula cette fois devant un changement.
A Milan, trois jeunes gens, Jérôme Olgiati, Charles Visconti et André Lampugnani, formèrent le projet de venger les Milanais victimes dans leur honneur, leur fortune ou leur vie, de l’incontinence et de la tyrannie rapace et soupçonneuse de Galéas. Olgiati, le plus ardent et le plus riche, avait eu une sœur violemment déshonorée et mise à mort par le tyran. Après avoir été prier dans sa basilique le grand saint Ambroise, patron de la ville, de protéger une entreprise qu’ils croyaient sainte, puisqu’elle avait pour but la liberté d’un peuple et la mort d’un monstre, les trois jeunes gens attendirent Galéas, le lundi de Noël (1476), dans la cathédrale, le frappèrent de trois coups mortels, et s’élancèrent hors des portes pour appeler la foule à la liberté. Mais les gardes du duc atteignirent et tuèrent sur place Lampugnani et Visconti. Le dernier, Olgiati, leur échappa, mais le peuple recula devant lui d’épouvante; son père même lui ferma sa maison ; saisi enfin, il fut mis à la torture, condamné à être tenaillé, coupé en morceaux, et mourut en croyant appeler sur lui une gloire éternelle. Crime inutile! Le jeune Jean Galéas Sforza fut reconnu sous la régence de sa mère et de son ministre Cecco Simonetta, en dépit même de l’opposition jalouse des oncles du jeune duc, obligés de s’exiler après avoir tenté aussi de soulever le peuple.
A Florence, la riche famille des Pazzi, banquiers, voyait surtout avec jalousie l’heureuse usurpation des Médicis. Un des membres de cette maison avait été privé, par une mesure arbitraire, de l’héritage des Borromée. Tous étaient rigoureusement éloignés de l’exercice des magistratures. François Pazzi, banquier du pape à Rome, 1e
plus irascible de la famille, n’eut pas de peine à faire partager ses ressentiments à Sixte IV et à Jérôme Riario, qui ne pouvaient pardonner à Laurent d’avoir fait échouer leurs projets sur Gittà del Castello. Ferdinand de Naples, étroitement lié avec le pape, ne fut pas plus difficile à entraîner, et des troupes furent rassemblées, sous différents prétextes, par le pape et le roi, sur les frontières du territoire toscan. Tout étant préparé, l’exécution fut fixée au 26 avril 1478, jour où une messe solennelle célébrée en l’honneur du nouveau cardinal, Raphaël Riario, promettait de réunir les deux frères et de faire sortir un grand concours de monde. Deux clercs, Antoine de Volterra et Étienne Bagnoni, François Pazzi et quelques autres, s’étaient chargés d’assassiner Laurent et Julien dans la cathédrale même, au moment de l’élévation. Au signal donné alors par les cloches, l’archevêque de Pise, Salviati, devait s’emparer du palais public à la tête d’hommes armés, et Jacob Pazzi, ameuter le peuple pour achever la révolution.
Dans l’église de Santa Reparata, où se jouait l’acte principal du complot, François Pazzi ne manqua pas Julien dont il s’était chargé. Mais Antoine de Volterra, en posant la main sur l’épaule de Laurent, mit sa victime en garde. Laurent, après avoir paré la première atteinte avec son manteau, tira l’épée, mit les assassins en fuite et se réfugia dans la sacristie où ses amis se rangèrent autour de lui. Au palais de la seigneurie, le gonfalonier César Pétrucci, soupçonnant quelque chose quand Salviati se présenta, le fit arrêter, ferma les portes et prit comme dans un piège la plupart des conjurés qui avaient déjà pénétré dans le palais. Dans les rues, Jacob Pazzi, au lieu de décider le peuple à reconquérir une liberté que, dit Machiavel, on ne connaissait plus, fut accueilli à coups de pierres. A la nouvelle de l’assassinat de Julien et du péril de Laurent, la foule furieuse parcourut la ville en acclamant le blason des Médicis : Pâlie ! Pâlie ! et demanda le supplice des conspirateurs ou s’en chargea ellemême. La seigneurie fit pendre aux fenêtres mêmes du pa-