LIVRE XL
lais Salviati dans ses habits d’archevêque; le peuple mit en pièces et traîna par lambeaux dans les rues les corps des assassins de Julien et plusieurs autres conjurés qui furent arrachés de leurs maisons. Le seul résultat de cette tentative fut l’affermissement du pouvoir de Laurent à Florence et la rupture d’une paix intérieure de douze ans dans la péninsule.
Le pape et le roi de Naples poursuivirent par une guerre ouverte ce que le poignard des conspirateurs leur avait refusé. Sixte IV jeta l’interdit sur Florence; Frédéric de Montefeltro, duc d’Urbin, à la tête de troupes fournies par le saint-siège et par Ferdinand, entra dans la Toscane. Florence, trahie d’abord par le duc Hercule d’Este, qu’elle avait mis à la tête de ses troupes, s’adressa à la régente de Milan, Bonne de Savoie, et aux Vénitiens. Les Vénitiens, qui voyaient, sur l’autre rive de l’Adriatique, Groia succomber, Scutari subir de terribles assauts, et les Turcs sur les bords de l’Isonzo, gardèrent toutes leurs forces pour eux-mêmes. Afin d’occuper la régente de Milan, Ferdinand excita Prosper Adorno à soulever Gênes, et Sixte IV, donnant un funeste exemple, détermina, au nom de la religion, les Suisses du canton d’Uri à attaquer le Milanais.
Les Génois, sous le commandement San Severino, réussirent à vaincre l’armée milanaise commandée par Sforzino, au pied du fort des Deux Jumeaux , et restaurèrent dans leurs murs la liberté que la violente rivalité de Baptiste Frégoso et de Prosper Adorno ne permit pas de rendre plus durable. Mais dans la vallée du Tessin, deux cents Suisses, laissés à Giornico par dix mille confédérés, apprirent aux Italiens quels redoutables voisins ils avaient au delà des Alpes. L’Italie était revenue à ses plus mauvais jours; on se battit sur tous les points à la fois; la peste désola Venise et Florence. Les Turcs, fléau plus terrible, passèrent l’Isonzo et allumèrent, jusque sur les bords de ' la Piave, des incendies dont les Vénitiens voyaient de leurs lagunes les lueurs sinistres. Ceux-ci se décidèrent à traiter, et cédèrent Lépante, Modon et Coron, au sultan, après
une guerre de quinze ans (1479). Le pape prit alors à sa solde de nouveaux condottieri, San Severino, Sforza, et excita une révolution, à Milan même, en favorisant l’ambition de Ludovic le More contre son neveu pour enlever l’alliance de ce duché à la république son ennemie. Tout i lui réussit. Les Florentins furent défaits au Poggio Impériale ; Ludovic Sforza, surnommé le More, maître de quelques châteaux du Milanais, se fit appeler à Milan par les ennemis de Gecco Simonetta, enferma le vieux ministre et ses créatures comme coupables, disait-il, d’avoir trahi les intérêts de la maison des Sforza, et déclara Jean Galéas majeur, quoiqu’il n’eût que douze ans, pour mettre fin à la régence de la duchesse et rester maître du gouvernement (1480).
Le saint-siège, le duché de Milan, le royaume de Naples, étaient alors unis contre Florence. Laurent de Médicis, qui soupçonnait quelque mésintelligence entre le pape et le roi de Naples, s’embarqua à Livourne pour aller trouver lui-même Ferdinand. Sa présence, son insinuante habileté et aussi le lâche et impolitique abandon qu’il fit de la petite république voisine de Sienne au duc de Calabre, décidèrent le roi à la paix. Le pape n’en persistait pas moins dans ses projets, quand, le 28 juillet 1480, l’amiral de Mahomet II, Achmet Giedik, débarqua dans le royaume de Naples près d’Otrante, la prit d’assaut et y massacra 12000 chrétiens. C’était assez. Le roi de Naples rappela son fils de ia Toscane pour défendre ses Etats, et l’opiniâtre Sixte IV, devant cette horrible leçon, consentit à réconcilier Florence avec le saint-siège.
La mort de Mahomet II et la prise d’Otrante, en 1481, n’eurent pas plus tôt laissé respirer les Italiens que le pape retourna, mais par des voies nouvelles, à son projet de former à son neveu favori, Jérôme Riario, une principauté en Italie. Après avoir dépouillé la famille des Ordelaffi de la principauté de Forli et en avoir investi Jérôme Riario, il envoya celui-ci comploter avec les Vénitiens la ruine du duc de Ferrare, Hercule d’Este. Les Vénitiens voulaient alors garder le monopole du sel provenant des lagunes, quo