‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 164 sur 338 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

de bataille, le Morgante maggiore. Charles VIII, à la tête de neuf mille hommes, partit du village de Fornoue, envoya son avant-garde, commandée par l’Italien Trivulce, sur leTaro, et conduisit lui-même le gros de son armée. «Il semblait en ce jour, dit son historien, que ce jeune homme fut tout autre, car il avait le visage bon et de bonne couleur, la parole audacieuse et sage. » Attaqués en tête et en queue, les Français firent intrépidement face partout, et, avec une impétuosité inconnue en Italie, jetèrent à terre, en une heure, trois mille hommes, et dispersèrent le reste a.ec perte de deux cents hommes seulement. Charles VIII, au centre, soutint pendant quelque temps tout l’effort de la bataille. C’était le premier de ces combats que les Italiens, frappés de la furia francese , devaient encore appeler, par un souvenir de leurs poètes, les batailles de géants.

La victoire de Fornoue (6 juillet 1495) n’eut, il est vrai, pas plus de résultat que si elle eût été remportée sur le traître Ganelon de la légende. Hors d’état de délivrer le duc d’Orléans dans Novare, et pressé de repasser les Alpes, Charles VIII, ne voulant même pas accepter le secours de vingt mille Suisses qui descendaient déjà de leurs montagnes, fit avec Ludovic le More un traité par lequel il lui restituait Novare, et recevait son hommage pour la ville de Gênes. Au midi, le lendemain même de la bataille de Fornoue, le roi détrôné par Charles VIII, Ferdinand, rentra dans la ville de Naples, accueilli avec les acclamations qui avaient salué naguère le conquérant. Soutenu des secours de Venise et des troupes de Ferdinand le Catholique, il ne lui fallut pas longtemps pour chasser les Français des deux châteaux de Naples, et resserrer, dans Atella, Gilbert de Montpensier, qui mourut de la peste, et à Groppoli, le sire d’Aubigny, qui eut au moins l’honneur de ramener en France ses deux mille lances (1496); l’avénement de Frédéric, le prince le plus aimé r’.e& Napolitains, après la mort de Ferdinand, dans la même a^nee, parut affermir cette prompte restauration.

L’Italie cependant n’en fut pas quitte à si bon compte; la marche triomphale d’un conquérant avait rompu l’ancien

équilibre maintenu avec tant de peine entre les États italiens; de nouveaux germes de haine et de division mettaient aux prises les souverains entre eux, et les sujets avec les souverains. Ludovic le More contenait avec peine ses sujets, le pape ses vassaux. Ce fut en Toscane surtout qu’on vit les deux vieux principes aux prises.

Seule alliée des Français dans lesquels elle persistait à voir les anciens protecteurs du parti guelfe, seule république démocratique en présence de tant de souverains Italiens, Florence ameuta encore contre elle tous ses voisins en voulant reprendre Pise. Le moine tribun qui faisait un public auto-da-fé des joyaux et des poèmes, qui, du haut de sa chaire, organisait parmi les jeunes gens, car les vieillards étaient durs comme pierre , une milice congréganiste pour faire la police des mœurs et des opinions, rendit, par l’enthousiasme, à Florence, quelques-uns de ses anciens jours de gloire. Il contint le pape, qu’il ne ménageait point dans ses invectives, repoussa Pierre de Médicis, Venise et le duc de Milan, l’empereur Maximilien lui-même, qui vint faire son entrée dans Pise en vrai prince gibelin, et y remplaça les lis de la France par les armes de l’empire.

Mais le tempérament de Florence ne pouvait s’accommoder longtemps d’une constance et d’un régime qui n’étaient pas dans ses habitudes. Les trahisons commencèrent bientôt. Alexandre VI, qui ne pardonnait point àSavonarolo ses hardiesses, profita habilement de cette circonstance; il accusa Savonarole d’hérésie pour quelques propositions hasardées dans ses improvisations, et lui interdit la prédication. Les ennemis du moine, les partisans des Médicis, les libertins, les arrabiati, reprirent courage. Florence se lassa de soutenir la guerre et d’attendre les secours de Charles VIII, toujours prédits, jamais envoyés. Savonarole se roidit contre l’attaque, déclara, sur la foi d’une révélation, qu’il était relevé de la sentence d’un juge corrompu, et continua à prêcher. Un frère de l’ordre des augustins, rivaux des dominicains, François de Rouille, offrit de prouver par l’épreuve du feu la fausseté de la mission de Savonarole. Un sectateur du dominicain accepta le défi.

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