‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 165 sur 338 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

Le surlendemain, avec l’assentiment de la seigneurie, et en présence de toute la ville assemblée, deux bûchers entre les flammes desquels les deux frères devaient passer s’élevèrent sur la place publique. Au moment de l’épreuve, les franciscains ne voulurent pas permettre au champion de Savonarole d’entrer dans les flammes avec le saint sacrement; le dominicain refusa de se risquer sans la protection de son Dieu. La discussion se prolongea au milieu de l’impatience et des cris des Florentins. Enfin, un orage survint, qui dispersa acteurs et spectateurs. Mais, le lendemain, le peuple, se croyant joué, assiégea à coups de pierres le couvent des dominicains. Au milieu du tumulte, une nouvelle balie ordonna l’arrestation et le jugement du moine, et déposa ou proscrivit ses partisans. Savonarole, condamné, fut publiquement brûlé dans cette ville qui l’avait adoré, moins pour ne s’être pas sauvé lui-même que pour n’avoir pas sauvé Florence par un miracle.

Conquête du milanais par Coula 'SIX ; Alexandre VI et César Borgla

Il était temps de suspendre le jeu; les Italiens le continuèrent. En France, Louis XII, successeur de Charles VIII, prenait alors les titres de duc de Milan et de roi de Naples. Il voulait, en effet, comme héritier des Visconti, faire valoir ses prétentions sur le Milanais. Au lieu de se réunir contre le nouvel agresseur, les Italiens lui facilitèrent encore la tâche. Venise, qui avait été l’âme de la ligue contre Charles VIII, le reconnut comme duc de Milan, et s’engagea à attaquer Ludovic le More avec six mille hommes, sur la promesse de la ville de Crémone et de la Ghiara d’Adda. Alexandre VI, jusque-là adversaire assez décidé des Français, se laissa désarmer par la cession faite à son fils César Borgia du duché de Valcntinois, avec promesse de secours pour l’aider à se faire une principauté dans la Romagne.

La lutte ne fut pas longue. Louis XII, en homme habile, mit à la tête de vingt-cinq mille gendarmes, français,

L’iTALIE DE LA RENAISSANCE. 327

suisses et gascons, un Italien, Jacques Trivulce, condottiere, guelfe exilé et ennemi juré de Ludovic le More (1499). Les guelfes, le parti de la liberté, le reçurent avec transport. Le condottiere San Severino, chargé de défendre la forte position d’Alexandrie, abandonna son armée. Effrayé, le More envoya ordre à Gajazzo, qu’il avait opposé à la république, d’aller prendre le commandement d’Alexandrie, et ouvrit ainsi à l’orient le pays aux Vénitiens, qui s’avancèrent jusqu’à Lodi. Une révolte du peuple de Milan, qui tua en pleine place publique le trésorier du duc, acheva le More. Il mit une garnison d’élite dans la citadelle de Milan, fit partir ses enfants et ses trésors sous bonne escorte pour l’Allemagne, et les alla bientôt rejoindre à Inspruck dans les Etats de l’empereur Maximilien. Une députation de Milanais vint offrir à Trivulce les clefs de la ville. Le commandant de la forteresse abandonna son poste pour une somme d’argent. Les Gascons de Louis XII renversèrent à coups de flèches une statue équestre de l’usurpateur, à laquelle Léonard do Vinci, auteur de la Sainte Cène , avait travaillé douze ans. Le roi de France vint faire son entrée triomphale à Milan, y installa un nouveau gouvernement, et y reçut les ambassadeurs des principaux États italiens, des seigneurs de Ferrare, de Mantoue, de Bologne et des Florentins, avec lesquels il prépara une alliance contre Naples.

Le mauvais choix que Louis XII fit d’abord de celui qui avait conquis le Milanais pour le gouverner faillit le lui faire perdre. Jacques Trivulce fit des mécontents en gouvernant comme un chef de parti. Le More, qui guettait les événements, revint à la tête de dix mille Suisses, et surprit Trivulce, qui fut obligé de sortir do Milan, où on était déjà las des Français. Mais Louis XII envoya à son secours la Trémouille, avec six mille fantassins français et dix mille Suisses. Les hallebardiers helvétiens qui faisaient la principale force des deux armées, allaient s’entre-égorger pour les querelles d’autrui, lorsqu’un ordre de la diète helvétique, ou peut-être l’argent de Louis XII, fit déserter l’armée du duc de Milan, près de Novaro (1500). Le More,

Page 1