LIVRE XII
deux républiques de Bologne et de Florence. En cas de mort de son père,, il avait tout préparé pour rester maître du conclave et porter à la papauté une de ses créatures. a Aut César, aut nihil, » répétait-il plus fréquemment que jamais dans son insatiable ambition.
Une maladie qu’il n’avait pas prévue, à la mort de son père, lui fit perdre (17 août) le bénéfice de toutes ses précautions. Heureux de pouvoir se maintenir dans le Vatican et dans le Borgo, il vit tous ses ennemis rentrer dans Rome, et les seigneurs des environs recouvrer leurs châteaux, excepté dans la Romagne; le conclave lui échappa, et élut, pour avoir le temps de se reconnaître, malgré la présence de l’armée française retenue à dessein par l’ambition du cardinal d’Amboise, un vieillard aux portes du tombeau, le vertueux Pie III, qui laissa aller les choses. Quand l’armée française fut partie par les frontières du royaume de Naples, les cardinaux purent faire un choix sérieux dans la personne de Julien de la Rovère, sous le nom de Jules II (31 octobre).
Iule* XI; conquête de Wapleo par Ferdinand le Catholique; ligue de Cambrai; guerre de l'Indépendance (llOS-1113).
L’exaltation de Jules II, signalé dès sa jeunesse par son humeur belliqueuse, ses talents politiques et son ambition, était comme l’avénement d’une nouvelle puissance au moment où la papauté se trouvait restaurée dans la péninsule. Le nouveau pape cependant, assez maître de lui pour contenir son ardeur et pour cacher ses desseins, ne parut d’abord occupé que de reprendre sur César Borgia les territoires dont celui-ci voulait maintenant dépouiller l’Église romaine, et il garda une stricte neutralité entre les Français et les Espagnols. Il recueillit les débris de l’armée française battue complètement sur les bords du Grarigliano, mais sans se montrer hostile à Ferdinand; il 1 favorisa, autant qu’il était en lui, la conclusion d’une trêve, puis de traités qui, donnant au moins la paix à la péninsule, assuraient à Louis XII l’investiture impériale
du Milanais, et accordaient les droits des deux maisons de France et d’Aragon sur le royaume de Naples par une promesse de mariage entre une fille de Louis XII et un des petits-fils de Ferdinand.
La paix dura quatre ans (1504-1508). Jules II en sut le mieux profiter; il obtint la reddition des forteresses de César Borgia, qui se livra entre les mains de Ferdinand le Catholique, et fut retenu par lui dans une étroite prison. Il engagea le dernier des Montefeltri à reconnaître pour son successeur Gui d’Ubaldo de la Rovère, chassa Paul Baglione de Pérouse en pénétrant tout seul dans la ville, et, avec l’aide même des Vénitiens et des Français qui s’en repentirent promptement, s’empara sur Jean Bentivoglie de la ville de Bologne, où il fit élever sa statue par Michel-Ange. Désireux surtout de contenir les Français et les Espagnols les uns par les autres, il empêcha Ferdinand le Catholique de marcher en personne contre la Lombardie et suscita contre Louis XII la révolte de Gênes que le roi fut obligé d’emporter d’assaut et de contenir par la construction du fort de la Lanterne.
Jusque-là la politique du nouveau pape était avantageuse à l’Italie, quand Jules II, par une imprudente ambition, entre dans un complot des puissances contre Venise. L’habile politique de cette aristocratique cité, qui mettait à profit toutes les occasions pour augmenter son territoire en Italie, lui avait fait beaucoup d’ennemis; chacun de ses voisins croyait avoir à lui adresser des réclamations, à exercer sur elle quelques reprises. Jules II avait vu avec colère les Vénitiens s’emparer sur Borgia des villes de Rimini, Faenza, Césène, et regrettait aussi celles de Gervia et de Ravenne, perdues depuis plus longtemps par le saint-siège. Maximilien, pour assurer son voyage à Rome, réclamait Vérone, Padoue, Trévise, c’est-à-dire le Frioul, le passage de toutes les armées impériales en Italie pendant le moyen âge. Ferdinand le Catholique regrettait cinq villes maritimes du royaume de Naples, abandonnées par les anciens rois à la république pour prix de ses services. Louis XII se repentait d’avoir cédé sur le Milanais